La moindre plume

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jeudi 31 janvier 2008

Jouons à l'intello Le mariage gay et l'adoption par les homosexuels, au plus tard en 2038



Grande nouvelle :

  • en se fondant sur le sondage de Metro reproduit sur le site de Gayclic sur le mariage gay et l'adoption des homos, présentant 54 % de faveur (45 % de défaveur) pour le mariage et 47 % de faveur pour l'adoption (52 % de défaveur);
  • en considérant que les Français de 18 à 39 ans (sans doute à 49 ans car il semble y avoir une coquille dans le tableau) sont en majorité pour le mariage et l'adoption (respectivement 67% en moyenne et 57 % en moyenne);
  • en considérant que les Français de 50 à 60 ans et plus sont majoritairement contre le mariage et l'adoption (41,5 % de faveur en moyenne et 35,5 % de faveur en moyenne);
  • en considérant l'espérance de vie moyenne à 80 ans, à la louche, sauf canicule exceptionnelle;
... ceci devrait nous amener à (rapide calcul pour attendre que les gens qui ont de 50 à 60 ans et plus quittent la surface de la Terre, 80 - 50 = 30... donc...)...

... nous sommes sûrs que, d'ici 2038, les Français seront majoritairement pour le mariage et l'adoption des homosexuels. L'appareil législatif - qui a désormais tendance à suivre l'opinion plutôt que de l'éduquer comme à l'époque bénie de l'abolition de la peine de mort - devrait donc sortir un joli contrat de mariage aux alentours de 2042 (date des élections présidentielles si on n'a pas de démission / décès / révolution des quinquennats futurs).

Chouette alors !

Note 1 : les jeunes de 18 à 24 ans, quoique majoritairement favorables, sont en moyenne un peu moins favorables que les 25 à 34 ans sur ces questions (peut-être parce que la majorité des "jeunes" n'apprend l'existence d'un homo dans son entourage, que c'est un copain et finalement est sensibilisé à la thématique homosexuelle qu'à partir de la vingtaine, étant donné la moyenne d'âge des coming-outs).

Note 2 : il est également possible que ce chiffre de "faveur" moins élevé chez les 18-24 ans provienne d'un retour moral (religieux ?) qui se manifesterait par un retour minoritaire d'homophobie (à voir dans les futurs sondages).

Note 3 : si on considère que le sondage a été réalisé sur un échantillon de 1100 personnes et qu'on peut appliquer la modération des + ou - 3 % de rigueur dans une présentation à fourchettes (qui n'est toujours pas respectée par la Presse alors qu'elle est systématiquement recommandée par la Commission des Sondages), on se rend compte que la moyenne d'opinion favorable au mariage est de [51-57] % ([42-48] % de défaveur), et que la moyenne d'opinion favorable à l'adoption est de [44-50] % ([49-55] % de défaveur). On doit donc comprendre qu'il y a une possibilité statistique pour que la France d'aujourd'hui soit favorable en majorité au mariage gay et à l'adoption des homosexuels (possible 50 % contre possible 49 %). Encourageant !

Jouons à l'intello Qui a peur des émoticônes ?



Tout le monde a déjà entendu parler de ces petites icônes qui ponctuent régulièrement la prose sur Internet, des forums aux blogs, en passant par les chats en direct des uns et aux commentaires déposés sur les autres.

L'argument avancé pour leur utilisation - outre le fait qu'ils soient amusants et/ou qu'il soit de mode de les utiliser depuis plus de 10 ans - est que l'échange sur Internet ne permettrait pas de déterminer l'intention de l'auteur d'une phrase. On a (sans doute) tous en mémoire les prises de becs auxquelles on a pu assister et/ou participer sur des forums de discussion ou sur des blogs - prises de becs généralement scandées par quelque interlocuteur de plus ou moins mauvaise foi en quelque chose qui touche à "Si c'était pour rire / pour plaisanter / de l'ironie, tu aurais dû mettre un smiley : ;) et je me serais pas énervé !". Le tout finissant généralement par déboucher sur le fameux "point Godwin". Mais là n'est pas le débat.

Accompagnant ces smileys, on trouve généralement les "lol" et autres "mdr" ("Laughing out loud" et "Mort de rire") qui sont parfois interprétés par certains logiciels de discussion (tels MSN ou ICQ) ou interfaces de discussion différées (blogs et forums) sous la forme d'émoticônes à part entière, du :-) ou du LOL venant ponctuer une phrase par une expression d'intention donnée.

J'avoue que les "lol" et le "mdr" utilisés à tort et à travers, à chacune des phrases voire au beau milieu, ont toujours eu tendance à m'agacer. Par contre, dès mes premières excursions sur le net, en 1996 (eh ben, ça nous rajeunit pas, ma bonne dame), les smileys m'avaient séduit.

On ne compte pas le nombre d'internautes qui utilisent ces émoticônes ou ces expressions, tout comme on ne compte pas leur détracteurs, avec tout un spectre de comportements intermédiaires, de ceux qui ne parlent presque qu'à l'aide de smileys, à ceux qui les honissent en les qualifiant d'atteintes à l'intelligence du dialogue, avec au passage ceux qui aiment placer un bon gros :-D mais qui ne supportent pas le fameux "LOL".

Bien qu'il soit sans doute délicat de quantifier l'ampleur de l'utilisation de ces symboles, de même qu'il est sans doute délicat de déterminer combien d'internautes dénigrent cette utilisation, il n'en demeure pas moins que ce dénigrement se retrouve généralement parmi une certaine "élite" de l'Internet (plus ou moins auto-proclamée), se déclarant généralement faire la chasse aux fautes d'orthographe et au langage SMS (défini comme incompréhensible), tout en luttant activement contre ces horribles petites bêtes jaunes souriantes et à leurs cousins scripturaux, les LOL, MDR, PTDR et autres XPLDR.

Ainsi, il est de bon ton, lorsqu'on se targue d'être un fin esprit littéraire, de mettre ces "symboles de déclaration d'intention" à l'index, de les dénigrer, de les accuser, de les honnir, de jeter l'opprobre sur eux, bref, "les gens ne savent plus écrire, où va le monde, ma bonne dame ?!"

L'idée sous-jacente est que le sens des intentions d'un interlocuteur serait lisible directement dans le style littéraire pour peu que le récepteur (le lecteur) veuille bien faire un effort de compréhension (et/ou faire preuve de sa non-bêtise). Une signification des mots qu'on a tendance à considérer comme "acquise", "évidente", "allant de soi", et celui qui ne comprendrait pas la portée des mots ne serait qu'un imbécile fieffé, incapable de lire plus loin que l'intention décrite dans un smiley. Le quiproco ne serait donc pas le fruit d'une mécompréhension anecdotique mais d'une bêtise du lecteur et/ou de l'interlocuteur, qui ferait bien de ne pas la ramener.

Ah, "l'évidence"... Douce illusion qu'est celle qu'on est nécessairement compris entre individus lorsqu'on croit parler le même langage...

Le rejet (souvent pédant, avouons-le) des émoticônes trahit en fait l'idée que "parce que nous parlons un langage commun (le français), nous nous comprenons nécessairement". On fait fi, par ce biais, de tout ce qui est du domaine de l'expérience personnelle des différents individus en faisant appel à cette référence sacrée de la modernité - le Langage - norme par définition commune et partagée par (presque) tous, partant de l'hypothèse (terriblement bancale, si on y réfléchit deux secondes) que - parce qu'on (pense) s'exprime(r) correctement - on sera nécessairement compris.

Cette réflexion sur les émoticônes m'en inspire une autre, donc, plus large, plus générale, sur l'hypocrisie dont font preuve les spécialistes internautiens de la langue, qui s'affligent de ne pas être compris en rejetant la faute sur les lecteurs. Hypocrisie car :
  • ne prenant pas en compte qu'il existe différents degrés de mécompréhension et d'interprétation de ce qui est dit (citons quelques degrés, des plus techniques aux plus intellectuels : l'aveugle qui ne peut pas lire l'écran d'ordinateur, l'étranger qui ne parler pas le français, le français illettré, le jeune de 12 ans qui ne connaît pas le sens de certains mots, l'individu qui ne conçoit pas les subtilités du langage comme l'ironie ou le sarcasme, celui qui a mal lu une phrase, celui qui a une définition différente de certains mots ou certaines expressions, celui qui interprète ce qui est écrit en essayant d'aller au-delà des mots, etc.) ;
  • refusant de prendre en compte le fait que, peut-être, ils ne se sont pas exprimés de manière intelligible ;
  • s'offusquant du "niveau si bas" d'érudition des autres individus ("où va le monde ma bonne dame") mais en refusant de faire l'effort (coûteux, avouons-le) d'éduquer l'autre à la compréhension - coûteux parce que demendant des efforts presque physiques pour être compris par des "autres" qui n'ont peut-être pas du tout envie d'apprendre ou de comprendre, mais aussi coûteux parce qu'il est coûteux pour son propre égo d'avoir l'humilité nécessaire pour reconnaître que, définitivement, on n'est pas pédagogue pour deux sous.

Je ne développerai pas plus avant cette partie généralisante et je reviendrai sur les émoticônes.

Ces symboles décrivant une intention, ces symboles venant ponctuer une phrase en en déclarant l'intention, bref ces "signes de ponctuation" (l'expression est lâchée), seraient donc inutiles puisque l'intention serait - douce illusion - "lisible" dans le sens des mots et dans la construction des phrases.

On s'offusquera donc du :-) indiquant la sympathie, du ;-) indiquant un clin d'oeil, du :-/ indiquant un malaise, du :-| indiquant l'expectative, du fameux "lol" (parfois interprété par un LOL ) indiquant le rire communiqué, :( indiquant le fait d'être malheureux , du :-C indiquant une forte désapprobation, du ;-( inquant la tristesse ou encore du 8-O , indiquant le fait d'être très étonné.

Pourtant, tout le monde oublie que la langue française classique fournit elle aussi son ensemble de "symboles déclarant l'intention" des mots et des phrases. On les appelle simplement des... "signes de ponctuation". Et ce sont des symboles typographiques qui diffèrent simplement des smileys en ce qu'ils ne sont pas "intuitifs" (les smileys utilisent les caractères pour former un visage qui a une expression) et en ce qu'ils nécessitent un apprentissage. Ils diffèrent également dans le sens où un même signe de ponctuation pourra vouloir dire plusieurs choses, en fonction du contexte. Ce qui est finalement un contre-emploi car leur apparition visait à clarifier le sens des mots et des phrases pour déclarer l'intention de l'auteur !

Citons les points de suspension, " ... " , qui peuvent signifier "je n'en pense pas moins...", une expectative, mais tout aussi bien servir à énumérer des choses qui ne sont pas nommées, en final d'une liste non-exhaustive, remplaçant un éventuel "et cetera", " etc. ", abréviation à valeur de "signe de ponctuation", qu'on a vu par le passé préféré au fameux " & ", l'esperluette.

Que doit-on penser du point d'exclamation, " ! " , venant exprimer aussi bien le fait d'être choqué que de vouloir appuyer un exposé plein d'emphase ?

Ou bien du point d'interrogation, " ? " , qui sert aussi bien à poser une question qu'à s'interroger soi-même ?

Et je n'ai même pas parlé du simple point, " . ", qui bien loin de ne servir qu'à scander les propositions les unes par rapport aux autres, peut-être d'une cruauté sans borne lorsque - dans sa froideur inexpressive - il soulève le coeur de celui qui observe le fameux "point final" (" . ").

Pire, les signes se combinent parfois, comme le " ?! " qui souligne peut-être le fait d'être particulièrement étonné et/ou choqué par une proposition, le " !!! " pour exclamer hors des tripes toute l'emphase d'un mot ou d'une phrase, ou bien encore le " ... ? " qui trahit une expectative pleine d'interrogation..

Toute cette complexité par ces symboles ésotériques qu'on a aujourd'hui l'habitude de voir et de traduire instantanément dans notre esprit n'a finalement rien à envier à nos fameuses émoticônes...

Se pourrait-il que les émoticônes d'aujourd'hui soient-même plus précises, refusant d'être utilisées à tort et à travers (comme les points de suspension et les points d'exclamation aux multiples significations) afin d'éviter les quiprocos incessants qui firent couler tant d'encre en diffamations et en calomnie des individus les uns envers les autres depuis l'invention de l'imprimerie par Gutenberg au milieu du 15ème siècle ?

N'y a-t-il pas dans notre :-) quelque chose qui touche à la sympathie courtoise, qui classiquement pourrait se traduire par un simple " . " bien trop peu parlant tant le pauvre signe silencieux dans sa neutralité est utilisé à tort et à travers ?

N'y a-t-il pas dans notre :-/ un malaise qui se traduit habituellement par un " ... ? " inquiet et dans l'attente d'être rassuré ?

N'y a-t-il pas dans notre :-| une expectative qui se traduit parfois par les fameux points de suspension " ... " ; points de suspension qui peuvent aussi trahiri, dans leur soupir des mots, toute la candeur malheureuse de notre cher :( ?

Et que penser de notre bon vieux "lol", LOL , qui en plus d'exprimer l'intense exclamation d'un " !!! " n'hésite pas à nous préciser que, oui, il s'agit bien d'un rire, et non pas d'une exclamation d'être halluciné (comme le fait le 8-O ) ? Pire, les " !!! " peuvent aussi exprimer une colère, qu'on n'hésitera pas à exprimer par un très parlant :-C

Et le smiley le plus utilisé après le :-) , alors ? Le fameux clin d'oeil ;) qui est le plus décrié ? Qui souligne tant la complicité que l'ironie ? Le fameux clin d'oeil qui manquerait aux phrases pour lever les quiprocos aptes à faire pleuvoir les points Godwin, en veux-tu, en voilà ? Le fameux smiley qui serait une insulte à l'intelligence de celui qui sait lire et comprendre le Français ? Le fameux clin d'oeil jaune citron qui, dans son ironique sarcasme, viendrait lever toutes les ambigüités du monde, au grand dam des amoureux de la langue qui préfèrent les exprimer (ou les entretenir) par la beauté du verbe et de la parole ?

Eh bien celui-ci a également son ancêtre dans la typographie classique. Sauf que rares sont les auteurs qui ont crû bon de l'utiliser. Persuadé sans doute que leur prose s'adressait à celles et ceux qui comprenaient le sens des mots dans leur haute culture et leur grande intelligence. Et voici les quiprocos qui pleuvent et les procès d'intention qui se faufilent, pour le plus grand bonheur des adeptes de joutes verbales et des avocats à la Cour en manque d'honoraires... Car le voici, celui qu'on a accusé d'être un outrage à l'intelligence, le fort méconnu "point d'ironie" :

(!) chez certains auteurs, qui le préféraient au point d'interrogation à l'envers, j'ai l'honneur de l'écrire : ؟ ... Un peu plus gros pour bien voir : ؟ Quelle tristesse qu'il ne soit pas présent sur mon clavier, à l'inverse du bien inutile μ...

En fait, à bien y réfléchir, le système des smileys se paie le luxe d'être à la fois plus complexe, plus précis et pourtant plus intuitif que ne le sont nos chers "signes de ponctuation" de la typographie classique... J'imagine que c'est ce qu'on appelle l'évolution du langage, non ?

؟ , ;) ou (!), c'est selon l'humeur de chacun... !

samedi 30 juin 2007

Jouons à l'intello Métaphysique bloguesque



Parfois, on ne sait pas pourquoi, mais on a envie d'écrire un méta-billet.

Le méta-billet, c'est un billet qui se place au-dessus des billets habituels. Il n'est pas fait d'intime, il n'est pas fait d'anecdote. Ni de réflexions sociétales ou de tergiversations sentimentales. Le méta-billet se place au-dessus, sur le fait même d'écrire des billets sporadiques.

Le méta-billet est au billet ce que la méta-physique est à la physique : une quête silencieuse et désespérée de comprendre le sens de ce que nous observons habituellement. Ce qui se fait et qui se déroule. De la marche inéluctable des " choses " du séculier qui habituellement nous habitent.

C'est bizarre. Ces derniers temps, je n'ai pas beaucoup posté. Oh, ce n'est pas que je n'ai rien à dire : j'aurais beaucoup à dire, justement. Sur mon histoire d'amour chaotique qui commence depuis quelques mois à peine. Sur mes expériences de boulot intéressantes pour saisir le comportement des hommes. Sur mes derniers achats de geek scandaleux (un téléviseur LCD ou un iPod nano RED gravé au laser sur le site d'Apple, oui monsieur). Voir tout simplement sur les tergiversations d'avenir, les anecdotes de vie d'immeuble qui m'opposent à ma concierge, la rencontre étonnante avec mon voisin d'à côté qui a l'étrange hobby de suspendre des bocaux à poisson au plafond (je vous raconterai peut-être).

Et pourtant, pfffft ! Rien du tout. Pas un mot. Pas une ligne écrite. Rien de tout cela. Juste cette boule au ventre persistante qui m'empêche de coucher un mot sur mon blog.

C'est bizarre, tout de même. Est-ce que la quête de la méta-billetterie viendrait à se rendre compte que tout ceci ne compte plus ? Que les banalités éphémères bloguesques ne sont plus suffisantes ? Est-ce ce précipice terrifiant du néant qui - se profilant inéluctablement - faisait dire à un institut d'affaires, il y a quelques mois, que 2007 serait l'année de la fin du blog ?

Oui, j'imagine que cela doit être quelque chose comme ça, un méta-billet. Un billet qui ne dit plus son nom et qui - transcendant les lois de l'Histoire hégélienne - vient témoigner d'une remise en question toute existentielle.

Si les billets bloguesques sont l'histoire d'une vie, les méta-billets sont-ils la métaphysique du blog ? Comment voguons-nous vers l'incertain ? Et dans quelle direction ?

Bordel de bon dieu de blog de merde : mais où se trouve le Sens dans tout ça ?!!

dimanche 10 juin 2007

Jouons à l'intello To vote or not to vote ?



Pas envie de voter. Mais alors pas du tout du tout. C'est ça que j'aime pas dans les législatives de la 5ème. Si vous êtes un électeur de gauche qui vit dans une circonscription bien à droite, c'est mort. Mort de chez mort. Vous avez beau hurler, vous avez beau crier, taper des pieds, aller voter, rien n'y fait. Votre député sera de droite, un point c'est tout. Point d'unité républicaine où le Président rencontre le suffrage des individus sur l'ensemble du territoire. Ici, tout est cloisonné et presque inéluctable pour les régions "marquées" politiquement.

Je suis inscrit dans une circonscription des Alpes Maritimes. Je veux voter socialiste. Eh bien, quoique je fasse, c'est mort. Il n'y a pas d'alternative. Si le candidat UMP ne sera pas élu au premier tour, on risque de se retrouver avec un second tour où la gauche sera absente. Bref, l'horreur. Ma circonscription est à droite et c'est donc foutu, point barre.

Il y a donc ici une forme d'absurdité électorale. C'est drôle parce que cela ne m'avait pas frappé, auparavant. Mais là, c'est inéluctable : pour une circonscription marquée politiquement, il n'y a pas d'espoir. Mon vote n'aura aucune portée, absolument aucune.

Finalement, cette idée de la députation, de la représentation politique de petites entités administratives, ne colle plus avec la réalité du monde. Ni de la mobilité des individus (je suis autant parisien que niçois), ni de l'atome ultime que représente l'individu.

Comprendre que les législatives se gagnent ponctuellement sur la marge des circonscriptions indécises. Celles qui peuvent basculer à gauche ou à droite. Mais pour les autres, point de salut : le poids du vote individuel n'a alors aucune importance pour celui qui est noyé dans une mer de la couleur du bord opposé.

Vous me direz que, pour les présidentielles, c'est à peu près la même chose (une frange de la population vote à gauche, une autre à droite, et d'autres hésitent - ce sont sur ces derniers que le jeu se déroule). Pourtant, cela se repose sur les individus-citoyens et sur leur versatilité. Pas sur celle de micro-communautés administratives appelées des circonscriptions.

Dans les présidentielles, même si vous êtes entouré de vilains citoyens votant le Maaaal à côté de vous (humour), vous savez que - malgré tout - aussi infinitésimale soit-elle, votre voix compte pour élire "votre" Président. Mais pas là. Pas pour les députés. Cela ne compte pas.

Il est 17h00 passées à l'heure où j'écris ces lignes. Je ne sais pas si mon bureau ferme à 18h00 ou à 20h00 (je ne sais jamais). Je pense qu'il ferme à 20, mais je vais tout de même tabler sur du 18. Et j'ai pas envie d'aller voter. Je ne sais pas si je vais faire l'effort d'enfiler un jean et un t-shirt pour aller poser un bout de papier dans une urne en sachant - sans aucun espoir - que cela ne changera rien pour ma circonscription.

Oui, si je n'ai pas envie d'aller voter, ce n'est pas parce que cela m'ennuie de sortir (le bureau de vote est à 5 min de chez moi). Mais parce que mon vote ne servira vraiment à rien, vu la couleur politique de ma circonscription.

J'aime pas les Législatives. Ces élections puent du cul. Elles sont supposées être celles qui nous invitent à élire les représentants du peuple et je me sens pourtant - de fait - complètement écarté.

Pour dans 5 ans, je ferai autrement. Je ferai une liste de toutes les circonscriptions indécises en France. Celles qui ont de vraies chances de basculer à droite ou à gauche. Et je déménagerai. Pour pouvoir voter. Et faire changer les choses.

Et dire qu'en plus, avec notre cher Président chéri, on va encore se coltiner 5 années de cette vieille république poussive et poussiéreuse, sans même de proportionnelle... Misère que la 5ème république...

mercredi 23 mai 2007

Jouons à l'intello Fichage - Maintenant, les homosexuels ?



Un article paru dans L'Humanité, du 20 avril 2007 :

Interdit de don du sang jusqu’en... 2278 !

Discrimination . Un homme de trente-six ans s’est vu refusé un don du sang parce qu’homosexuel. Il a découvert qu’il était fiché pour près de deux siècles.

Laurent Drelon, trente-six ans, voulait faire don de ses plaquettes en soutien à l’association Laurette-Fugain. Le 16 novembre 2004, il se présente à l’hôpital Saint-Louis à Paris. Très vite, il est interpellé verbalement par le personnel soignant : « Avez-vous des relations homosexuelles ? » Choqué par la question, Laurent refuse de répondre. S’ensuit une discussion houleuse avec un médecin qui lui refuse la transfusion. Le 9 août 2006, Laurent se rend sous une tente du Don du sang, place d’Italie. Cette fois, il doit remplir un questionnaire. Le souvenir de l’hôpital Saint-Louis lui revient en mémoire. En colère, il décide de cocher la case hétérosexuel. « Je suis homosexuel, je ne suis pas malade, je n’ai pas de conduites à risque et je donne mon sang depuis l’âge de dix-huit ans, je ne voulais pas une fois de plus essuyer un refus », explique Laurent. Encore raté. Le jeune homme se voit présenter une fiche sous le code FR08 stipulant qu’il est interdit de don du sang depuis le 16 novembre 2004 jusqu’au... 31 août 2278 ! Puis se fait traiter de menteur par le médecin qui ose la petite phrase en confidence, « Allez, dites-le moi, vous n’êtes pas hétéro... »

C’en est trop pour notre homme. Le 6 février dernier, il dépose une plainte contre X au tribunal de grande instance de Paris pour discrimination à la suite d’un don de sang refusé parce qu’homosexuel. Une plainte est également déposée à la Commission nationale de l’information et des libertés (CNIL), autorité chargée de veiller à ce que l’utilisation de l’informatique ne nuise pas à la vie privée. Mal à l’aise, le président de l’Établissement français du sang, Jacques Hardy, interrogé sur France 3 Île-de-France le 13 février dernier, affirme que le fichier de Laurent Drelon avait été transmis à cette même CNIL ! Cette dernière n’a pour le moment pas répondu par écrit à Laurent. Le ministère de la Santé, loin de reconnaître une quelconque discrimination, lui a pour sa part adressé le 10 avril dernier une longue lettre s’appuyant sur des données épidémiologiques précisant « que les relations sexuelles entre hommes sont encore aujourd’hui un facteur de risque d’exposition (au virus du sida et à l’hépatite B - NDLR) de même que le multipartenariat hétérosexuel qui constitue une contre-indication au don ».

Un fichage des homosexuels comme gage de sécurité des transfusions ? Douteux.

Maud Dugrand

Douteux, c'est le moins qu'on puisse dire. Quand j'ai lu ça, j'ai eu le souffle coupé. Gloups.

Jouons à l'intello Fichage - D'abord, les enfants, en génétique...



Un article du Monde paru le 5 mai 2007, à 17h10.

Leur père est choqué. Deux frères de 8 et 11 ans pourraient se voir prélever leur ADN, par la gendarmerie, pour avoir volé deux tamagotschi et deux balles rebondissantes dans un hypermarché du Nord, raconte Le Parisien, samedi 5 mai 2007. Les échantillons seraient conservés dans le fichier national automatisé des empreintes génétiques (Fnaeg).

Des gendarmes se sont rendus cette semaine au domicile familial. "Ils venaient nous apporter une convocation pour vol dans la mesure où le magasin a porté plainte, explique le père au Parisien. Ils ont expliqué à mon fils aîné qu'il serait photographié, qu'on lui prendrait ses empreintes digitales et aussi ses empreintes génétiques, ajoutant même que mon fils ne pourra pas forcément faire le métier qu'il veut plus tard car il sera fiché !"

Comme beaucoup de Français, le père pensait que le fichage génétique était réservé aux délinquant sexuels, et aux adultes. Pour surprenant que cela puisse paraître, il n'en n'est rien, précise Le Parisien. La loi ne prévoit ainsi pas d'âge minimum, rappelle le quotidien.

ELARGISSEMENT CROISSANT DU FICHAGE DEPUIS 2003

Depuis la loi Sarkozy sur la sécurité intérieure de 2003, une centaine de délits obligent à se soumettre au prélèvement génétique. Limitée, à l'origine, aux infractions sexuelles, la législation concerne aujourd'hui les meurtres et les cambriolages, les vols simples, les tags ou les dégradations. Il concerne désormais les personnes condamnées mais aussi les simples suspects.

Depuis l'entrée en vigueur de ces dispositions, le Fnaeg explose. De 2003 à 2006, le nombre de profils enregistrés est passé de 2 807 à plus de 330 000. Bien que ce système ait permis d'élucider plus de 5 000 affaires, ceux qui s'opposent aux prélèvements dénoncent l'instauration d'un "répertoire de masse". Les refus de prélèvements génétiques pour des petits délits se multiplient, entraînant des procès.

"CE N'EST PAS DU BÉTAIL QUE L'ON DOIT MARQUER AU FER"

Le père des auteurs du larcin s'opposera au fichage génétique de ses enfants, le cas échéant, malgré les lourdes sanctions prévues pour les contrevenants : jusqu'à un an d'emprisonnement et 15 000 euros d'amende.

"Ce n'est pas du bétail que l'on doit marquer au fer, plaide-t-il dans Le Parisien. Les parents des deux chapardeurs les ont punis et sermonnés et se réjouissaient initialement du passage des gendarmes et de ses vertus pédagogiques.

"Cette situation met en lumière les dérives possibles de l'utilisation abusive du fichage génétique", réagit Josiane Bigot, magistrat et président du Réseau pour l'accès au(x) droit(s) des enfants et des jeunes, dans Le Parisien.

Le père et les deux fils étaient convoqués samedi après-midi à la gendermerie pour "audition des enfants"

(source : Le Monde du 5 mai 2007)

[Mise à jour : Précisons l'issue heureuse de ce mini-scandale, dans un billet sur le blog de Maître Eolas, très intéressant, qui vient préciser par ailleurs que le gendarme avait tort en affirmant (comme ce que suppose l'article) que le fichage génétique empêcherait les enfants d'accéder à certaines fonctions. Du moins, en l'état actuel de la Loi, évidemment... Le fichage génétique a été initié par le gouvernement Jospin pour les délinquants sexuels et finalement étendu à l'ensemble des crimes en 2001... puis à l'ensemble des délits, par la clique sarkoziste en 2003. Lisez, c'est très instructif et ça se passe ici. ]

vendredi 16 mars 2007

Jouons à l'intello Ces futures mesures qui ne me plaisent pas



Thème par thème, en me fondant sur les listes de propositions faites sur le site du Monde des trois candidats majeurs (Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et François Bayrou), les propositions de mesures que je ne supporte pas.

Précisons qu'évidemment cette démarche ne prend pas en compte les propositions soit qui me plaisent chez les trois candidats, soit celles qui me laissent indifférent. De même, ce système ne prend pas en compte l'absence de propositions sur certains sujets de société, par les trois candidats, trop soucieux d'éviter les sujets qui fâchent et qui pourraient leur faire perdre des électeurs potentiels au profit des deux autres.

François Bayrou



Education
  • Création d'un service civique obligatoire de six mois : on croyait le service obligatoire écarté avec Chirac, voilà qu'il est de nouveau à la mode.

  • Création de parcours d'excellence notamment dans les collèges : si je comprends bien ce que recouvre l'idée, c'est histoire d'être sûr de développer une bonne élite technocrate dès le plus jeune âge ?

Environnement
  • Baisse de 10 km/h de la vitesse sur les routes : et bientôt, l'obligation de rouler à la vitesse d'un homme qui marche. A ce niveau-là, remplaçons carrément toutes les voitures par des voitures à pédales : ce sera encore plus efficace pour l'environnement !

Europe
  • Création d'une communauté euro-méditerranéenne d'entraide, sans adhésion de la Turquie à l'UE. : bien que parfois justifié par une question quantitative ("On s'en sort déjà pas à 27, alors ça serait encore plus dur à 28"), je ne peux m'empêcher de voir dans ce refus une certaine conception judéo-chrétienne de l'Europe (qui se défend quand on est catholique… Oh ! Bayrou est catholique ! "Troublante" coïncidence, non ?)

Famille et logement
  • Soutien à une union civile et au droit d'adoption simple pour les homosexuels, mais opposition au mariage homosexuel et à l'adoption plénière : ni adoption plénière (deux papas ou deux mamans, c'est quelque chose de "troublant"), ni mariage homosexuel (le mariage, c'est un homme et une femme, point) => encore une fois, la catho attitude est un refrain lancinant qui vient entacher les vrais efforts sincères de pragmatisme du candidat UDF.

  • Création d'un code de la laïcité : ah, et pourquoi ? Elle est mise à mal où, la laïcité ?

Immigration et intégration
  • Création d'un ministère de l'immigration : Eh ben bravo ! François, fais moi plaisir : si tu veux copier des trucs à la droite, copie des trucs économiques, ce sera un moindre mal. Mais là, franchement, tu nous fais quoi, hé, ho ?!!

Institutions et réforme de l'Etat
  • Instauration de l'obligation de voter et prise en compte des votes blancs : les pays où l'obligation de voter est instituée (Belgique ou Australie) connaissent la même crise démocratique que les autres et l'abstention est un outil d'analyse démocratique très utile. Et quand on ne va pas voter parce qu'on en se sent pas concerné, on paye une amende et on fait de la prison comme dans ces pays-là ? Bravo, ah oui, bravo, pfffff…

  • Refus d'un statut spécial pour les institutions corses : Ok, c'est noté, tu seras privé de brocciu, d'a filetta et de figadelli…

Santé et retraite
  • Réforme du système de retraite soumise à référendum : demander au peuple de voter pour qu'il perde ses acquis sociaux, c'est se tirer une balle dans le pied. Aie au moins le courage politique que Ségolène n'a pas !

Ségolène Royal



Famille et logement
  • Simplification des procédures d'expulsion des locataires de mauvaise foi : oui, bon, certes, certains locataires abusent… Mais certains locataires sont aussi dans la mouise, certains proprios sont des gros cons, et - de toute façon - on la mesure comment, cette "mauvaise foi" ? Par le refus de payer ou par l'incapacité de payer ? Tu me déçois, Ségolène.

Institutions et réforme de l'Etat
  • Intégration d'une charte de la laïcité à la Constitution : Et allez, c'est reparti pour les laïcards… Faudra m'expliquer où cette put*** de laïcité est remise en question, encore une fois.

Justice et sécurité
  • Développement des centres éducatifs renforcés, si besoin avec encadrement militaire, et suppression des peines de prison pour les mineurs, sauf pour les atteintes graves aux personnes : hmmm, là, je t'attends au tournant, Ségolène. Supprimer la prison pour les mineurs, c'est bien. Les remplacer par des centres avec encadrement militaire, là, j'aime pas mais alors pas du tout ! Sauf s'il s'agit de missions humanitaires (là, ça prend un tout autre sens). Je t'attends au tournant, Ségolène, on t'y attend tous !

Nicolas Sarkozy



Economie
  • Création d'un contrat de travail unique, à durée indéterminée, à droits progressifs, plus souple en matière de licenciement économique : création d'un contrat de travail unique, c'est bien. Le rendre plus souple en matière de licenciement économique, c'est mal : le licenciement économique, c'est aussi : "on licencie malgré le fait qu'on ait des bénéfices pour faire face au marché qu'on interprète ex nihilo comme difficile dans 15 ans ; d'ailleurs, on va délocaliser pour ça et pour payer les actionnaires". Bah, caca…

  • Tout minimum social sera obligatoirement assorti d'un travail d'intérêt général : ouais, bravo, c'est ça. Une excellente manière de stigmatiser ceux qui sont déjà dans une misère social en les mettant à l'index comme s'ils avaient commis une faute méritant une peine de travaux d'intérêt général. Et pendant qu'ils travailleront, épuisés, ils n'auront pas la force de chercher un véritable travail. Une idée brillante pour pérenniser le développement de la misère sociale : bravo !

  • L'allocation-chômage ne pourra être inférieure au smic, mais un demandeur d'emploi ne pourra pas refuser plus de trois offres correspondant à ses compétences : donc, si ses compétences sont absentes (chômage du sous-qualifié), il sera obligé d'accepter un travail de balayeur ou de vendeur à MacDo. Et pour le chômage des jeunes surdiplomés (comme moi) multicompétents, on fait quoi ? On oblige à prendre un boulot quelconque qui n'a rien à voir avec les goûts du demandeur d'emploi ? Connerie…


Education
  • Suppression progressive de la carte scolaire, simplification de l'inscription dans le privé : oui, développons l'inscription dans le privé pour bien encourager la pérennisation de l'éducation religieuse auprès des jeunes. En encourageant les riches à trouver des écoles idylliques et les religieux à enfermer leurs enfants dans leurs confessions catholico-judéo-musulmanes. Bravo, Sarko le gros catho, bravo !

  • Création d'un service civique de six mois, qui pourrait être rendu obligatoire après expérimentation : et allez, c'est reparti pour le service obligatoire, youhou ! Comme quoi, en 95 avec Chichi, j'avais crié victoire trop vite.

Europe
  • Opposition à l'intégration de la Turquie dans l'Union européenne : ouais, l'Europe est judéo-chrétienne et c'est bien tout, on sait déjà ta position sur le sujet. J'ai envie de vomir, ooups.

Famille et logement
  • Opposition au mariage, mais favorable à une union civile pour les couples de même sexe : hop, un PaCS amélioré uniquement pour faire risette à GayLib, tout en contentant les Christine Boutin, Christian Vanneste et autres Chrétiens Crétins. Les homos ne sont pas des citoyens comme les autres : j'ai toujours aimé l'homophobie subtile des propositions de Sarkozy.

Immigration et intégration
  • Instauration de l'"immigration choisie" : Et allez, ça commence… Sarko, Facho, le peuple aura ta peau (politique) !

  • Modification du regroupement familial : un immigré ne pourra faire venir sa famille en France que s'il a un revenu provenant d'un travail et un logement décent : et on continue, ouais… Sarko, Facho, le peuple aura ta peau (politique) !

  • Obligation pour les immigrés d'apprendre à lire et à écrire le français : hop, on en rajoute une bonne couche histoire d'être sûr, Sarko, Facho, le peuple aura ta peau (politique) !

  • Réforme des lois sur la laïcité : l'Etat pourra participer à la formation et au financement des cultes : ouaaaaais, allez, va donner des sous publics à "ces hommes et ces femmes qui croient qui sont des hommes et des femmes qui espèrent", va financer les cultes de ceux qui ont une religion bien institutionnelle. Et les athées, alors ? Ils pourront construire des temples dédiés au rationalisme, à l'humanisme et à l'incroyance en Dieu ? Et quand, comme moi, on est un croyant panuniversel, on fait quoi ? J'aurai le droit de construire mon temple personnel financé par la mairie ? A quand un "Ministère des religions" ?

  • Création d'un ministère de l'immigration et de l'identité nationale : et voilà, enfin, nous y sommes, vous l'attendiez tous, le clou du spectacle ! L'immigration est un problème non pas économique, non pas social, mais bien un problème politique lié à l'identité de ce qu'est être FRANÇAIS. La France aux Français ! La Nation au Petit Homme reconnaissante ! Nicolas ou comment dire : "Je ne vote pas Le Pen mais je trouve qu'il a de bonnes idées". Rhaaaaa, Jean-Marie, sors de ce corps qui n'est pas le tiens ! Ô forces progressistes, libérez-nous de ce monstre fascisant en puissance !

Institutions et réformes de l'Etat
  • Suppression des organismes inutiles : et c'est quoi, les organismes inutiles ? La CNIL, par exemple, qui embête les intérêts financiers que tu défends, Nicolas, au travers de tes copains des différents réseaux économiques ? Ou quoi ? Quels autres organismes inutiles ? Allez, on attend la liste, Nicolas ! Beurk, tu sens pas bon.

Justice et sécurité
  • Création de peines-planchers pour les multirécidivistes : histoire de bien être sûr que vengeance soit accomplie… heu, pardon, c'est quoi, le mot, déjà ? "Justice" ? Ah non, pardon, je pensais à autre chose…

  • Création d'une note de discipline dans les écoles : retour à la bonne vieille morale des années 1950, façon réac', pour bien stigmatiser encore plus ceux et celles qui sont indisciplinés et bien leur mettre le nez dans le caca social dans lequel ils se noient presque déjà. Ouaaaaaais.

  • Placement sous tutelle des allocations familiales pour les parents qui n'assument pas leurs obligations : oui, parce que ça suffit comme ça, ma bonne dame ! "Tout ça, c'est de la faute des parents, c'est bien connu. Et ils font exprès de mal s'occuper de leurs enfants, on le sait bien, comme je vous disais hier, Madame Michu : "Tout ça, c'est de la faute aux parents". Chez ces gens-là, ça se passe comme ça… Bon, c'est vrai, ils sont au chômage, dans des quartiers qui craignent, en dépression, sans le sou, pas loin d'un avis d'expulsion, mais c'est de leur faute. Alors, histoire de bien être sûr qu'ils touchent bien le fond, on va leur supprimer - en plus - leurs allocations. Et puis, avec un peu de chance… "ils" retourneront dans leur pays ! Hahaha, vous êtes pas d'accord avec moi, Madame Michu ? Hahaha !"

  • Introduction d'un jury au tribunal correctionnel pour les affaires importantes : hop, un peu de lapidation et de vindicte populaire, ça compte aussi. Histoire d'être sûr que l'affaire d'Outreau puisse se faire dans toute la rationalité de la foule soucieuse de juger les monstres... Arghhh…

  • Réforme de l'ordonnance de 1945 sur la responsabilité pénale des mineurs : ouaip, les mineurs seront responsables de leurs actes devant la loi ! Gare aux gamins de 3 ans qui tirent les couettes dans les cours de récréation ! Madame Michu me le disait hier : le petit du 1er, vous savez ? Celui qui a 3 ans… Figurez-vous qu'avant-hier, il a plongé la tête de son copain dans le bac à sable ! Oui, oui, oui ! Un pervers délinquant en puissance, que je vous dis ! Hop, au trou, le futur délinquant !

Politique étrangère et défense
  • Développement de nouvelles armes (armes antimissiles) : ouaaaaais, façon Bush, pour bien faire la guerre à… Heu… A qui, déjà… Bah, on va faire comme le bon vieux Georgie, hein, mon Nicolas : on va prendre une liste des pays par ordre alphabétique et on ouvre une page au hasard… Le premier pays méchant qui sort, on l'attaque, hop, hop ! Avec un peu de chance, y aura du pétrole, donc ça sera coool… Eh ben alors, Nicolas ? Tu nous la joues façon néoconservatrice ou quoi ? Tu nous fais quoi, avec ta dérive militaire ? Ah, non, pardon, ce sera des armes antimissiles pour karchériser les banlieues ! Au temps pour moi…

  • Création d'un conseil de sécurité national, rattaché au président de la République, et d'une agence de sécurité civile : histoire de bien être sûr qu'on est bien dans un climat d'insécurité, et histoire - surtout - de bien préparer la futur police politique en 2012 directement sous les ordres du président… On renommera ce conseil de sécurité national le "Ministère de l'Amour", histoire de faire joli. Oui, oui, comme dans 1984. J'adooooore.

Santé et retraite
  • Alignement des honoraires des médecins généralistes sur ceux des spécialistes : histoire de bien être sûr qu'on aille plus chez le médecin si facilement, parce que sortir 22 euros quand on n'est pas bien riche, c'était trop facile, hé, ho. Moins de gens chez le médecin, c'est le trou de la sécurité sociale qui se remplit. Youpi ! Et au moins, quand les gens seront moins bien soignés et crèveront chez eux, ça fera toujours ça d'économisé. Tu es bien radical, Nicolas, je te reconnais bien là ! Bravoooo !


Verdict : Ségolène, comme prévu, tu es celle avec le moins de propositions qui m'horripilent, malgré ton gros pacte présidentiel. Félicitations, je vais voter pour toi !

dimanche 11 mars 2007

Jouons à l'intello Let's do the bareback thing ?

Pédé as folk
Podcast

Les réactions récentes dans les commentaires de mon billet précédent m'obligent à faire un petit intermède. Non pas de justification (car je n'ai a priori rien à justifier) mais plutôt d'explication. Parce que cela est un sujet important.

Dans ce billet, j'expliquais avoir eu un rapport sexuel avec un garçon (que je connaissais depuis quelques mois sur le net mais que je n'avais jamais rencontré) sans capotes. A l'origine, cet acte n'était pas prémédité : avant de me rendre chez lui, j'avais inséré dans ma poche deux capotes et une petite dose de gel lubrifiant "au cas où".

Le "au cas où" s'était manifesté, mais les capotes n'avaient pas été utilisées. Ce n'était pas prémédité, cela s'était précipité dans l'instant. Je ne crois pas que j'aurais fait une chose pareille avec un inconnu. Je ne peux pas l'affirmer mais je ne le crois pas. Parce que j'aurais eu peur pour moi. Là, dans cette situation, je n'avais pas peur : nous nous connaissions un brin sur le net, nous connaissions a priori nos vies respectives (merci les blogs), nous étions excités, nous avions une forme de confiance embryonnaire dans l'autre.

L'alcool - ce désinhibant - et le haschich - ce relaxant - nous ont certainement aidés à ressentir ce sentiment particulier de confiance. Un sentiment qui - a priori - n'était pas de l'ordre du calculé. Mais ces justifications (il s'agissait bien de justifications dans le billet que j'ai écrit) ne sont rien d'autres que des justifications : le lendemain midi, quand nous avions baisé à nouveau, l'alcool et le haschich n'étaient plus là. Mais le rapport sexuel non protégé avait malgré tout eu lieu. Parce qu'un embryon de confiance en l'autre s'était établi.

A posteriori, j'en ai un peu discuté avec ce garçon. Des raisons qui nous ont invité à avoir un rapport non protégé. Il existait une forme d'inconscience en même temps qu'une forme de confiance dans l'autre. Bien que subsistait toujours l'incertitude du statut sérologique de l'autre, il se trouvait une forme de persistance de l'idée que - "non, il n'est pas séropo, j'en suis persuadé". Une certitude bien fragile, j'en conviens, qui a très certainement invité certains à se contaminer allègrement, tombant de haut en croyant ne pas être contaminé.

Pourtant, cette pénétration sexuelle non protégée n'était pas anodine. J'ai appelé cela du barebacking par une commodité de langage parce que le garçon, lorsque nous en avions discuté après coup, m'avait dit : "En plus, j'ai avalé ton sperme et tu as avalé le mien ; bareback à fond".

Personnellement, je n'appellerais pas cela du barebacking. J'ai utilisé ce terme parce que la confusion est grande chez beaucoup (la plupart ?) des homos : baiser sans capotes serait mécaniquement un acte de barebacking. Il faut dire que chaque homo a quelque part une définition bien spécifique de ce que représente cette pratique (terrifiante, j'y reviendrai). Pour ma part, le barebacking consiste à avoir des rapports non protégés mais tant avec une dimension autodestructrice (l'intention de transmettre le VIH, l'intention d'être contaminé par le VIH) qu'avec une dimension politique, voire presque sombrement métaphysique (donner au VIH et à son vecteur principal - le sperme - une dimension initiatrice et initiatique). Mécanisme social fascinant et terrifiant, sorte de pulsion matinée d'Eros et Thanatos, la pulsion sexuelle de vie et la pulsion de mort entremêlées, dans l'intention de marquer l'autre de son identité et d'être marqué soi-même à vie, ou plutôt à mort.

Le barebacking, à mon sens, est l'incarnation poussée à l'extrême de ce que représente le VIH pour l'identité homosexuelle, si tant est qu'il y en ait une. Je suis très intéressé par des développements récents en anthropologie sur la notion de "pansexualité" (les individus seraient par essence pansexuels et activeraient à un moment de leur vie une identité sociale sexuelle spécifique : hétéro, homo, bi, transexuelle, etc., qui pourrait correspondre à une construction cognitive très ancienne dans le développement de l'enfant). Pourtant, je crois malgré tout à l'idée de communauté de destin pour les homosexuels - au moins socialement et culturellement. Et le VIH tient une place de choix dans l'identité sociale et culturelle de l'homosexuel, ce monstre social contemporain.

Les commentaires récents sur mon billet trahissent justement ce fait. Et c'est pour cela que je n'y ai pas réagi avec véhémence comme j'aurais pu le faire.

Lorsque le VIH est mentionné communément au sein de la communauté homo, le monstre sort du placard et l'abomination n'est pas loin. Le VIH est aux homosexuels ce que la pédophilie est aux hétérosexuels : un croque-mitaine qui excite l'inconscient et fait perdre la raison, qui anime les prises de positions morales et retire toute rationalité ou mesure dans la réflexion.

Il n'est plus possible de penser, il n'est plus possible de comprendre les choses avec quiétude : le VIH vient occulter toute pensée claire, il déchaîne la crispation, il réveille les instincts primaires de la peur de la mort et rappelle - dans le même temps - le marqueur identitaire de l'homosexualité dans la société contemporaine.

Le VIH - socialement et presque métaphysiquement - est un marqueur social de la communauté homosexuelle, alors qu'il concerne biologiquement tout le monde, hétéros ou homos, parents ou enfants. Il reste et demeure - parce que les homosexuels ont été parmi les premiers touchés, parce qu'il a été la marque de ce que d'aucuns appelaient à l'époque "le cancer gay", parce qu'il stigmatise les homosexuels entre eux - la marque au fer rouge d'une appartenance et jette sur le visage de ceux qui sont contaminés un masque de mort et de honte.

Le VIH est, pour l'homosexuel, cette épée de Damoclès permanente, tant de par le taux de prévalence important dans la communauté homo que de par cette espèce de terreur irrationnelle de la corruption. On parle bien de "contamination" pour ce virus ; contamination comme la stigmatisation de celui qui a été exposé à une radioactivité mortelle et destructrice, comme un empoisonnement du corps dans son ensemble, comme une corruption du cœur même de l'être.

Alors, le barebacking, cette abomination rituélique, vient s'approprier ce marqueur social et - dans un acte ritualisé et initiatique, social et métaphysique, politique et religieux - en fait un acte de foi, dans une autodestruction monstrueuse qui vise à maîtriser la destinée d'une communauté d'individus. Cet acte de foi, cette liturgie organisée, comporte toutes sortes de rituels. Comme ceux de ces hommes qui sont pénétrés successivement par plusieurs dizaines de partenaires, chacun éjaculant dans les entrailles de la victime passive, animée par le fol espoir d'être contaminé avec certitude.

Connaissez-vous la "devil's dick" ? Prenez vingt, trente, quarante ou cinquante hommes réunis dans une pièce. Que chacun déverse son sperme dans un récipient, tour à tour. Puis, que ce sperme ainsi constitué soit glissé dans un préservatif hermétiquement fermé, déposé dans un congélateur. Quelques heures plus tard, nous y sommes : retirez le préservatif et vous obtenez la "devil's dick", la "bite du démon". Objet de liturgie démoniaque affiché comme tel, godemiché maléfique qui ouvre la porte des enfers. Et ceci n'est qu'un exemple parmi tant d'autres.

La réaction de rejet vis-à-vis du barebacking est une réaction bien compréhensible puisqu'elle se fonde sur la même répulsion fascinante exercée par le VIH pour la majorité des homosexuels. Douce ironie puisque cette réaction de rejet (illustrée par le caractère véhément et moralisateur des commentaires qui ont été déposés suite à mon précédent billet) vis-à-vis du barebacking, ce rejet du barebacking - disais-je - se fonde sur la terreur irrationnelle à l'encontre du VIH tout comme le barebacking lui-même se fonde sur cette même terreur. Cette réaction de rejet est un acte salvateur ; "salvateur", tant pour le côté positif de ce terme que pour le côté quasi messianique de la volonté de sauver l'autre, ce compagnon homosexuel qui fait une erreur et que l'on veut aider - malgré lui - à se protéger de ce croque-mitaine qu'est le Sida.

Le mot "bareback" deviendrait l'étiquette honteuse et scandaleuse posée sur celui qui - pour x raison - aurait des rapports non-protégés. Ce serait ce commentaire psalmodié à voix basse derrière le dos des convives dans les backrooms ou, comme le dit un ami, dans les couloirs méprisants de Pédépolis : "Surtout, ne couche pas avec lui, il paraît qu'il baise parfois sans capote : c'est un barebacker." L'opprobre jetée sur l'autre qu'on stigmatise parce qu'on en a peur, tellement terrifié qu'on est qu'on en vient à confondre le rapport sexuel erratique non protégé avec tout ce que recouvre le sens réel du barebacking.

D'aucuns affirment que la dimension politique du barebacking - qui connaîtrait un relatif succès (limité dans les actes, statistiquement, malgré tout) - tiendrait en partie à cette lassitude vis-à-vis du discours moralisateur de la prévention contre le VIH. De décennies de matraquage infantilisant à propos de ce Démon de la Peur, de ce Diable de la Mort, de ce Monstre Insondable qu'est le virus du Sida. Je crois qu'au-delà de la lassitude, le barebacking est surtout la tentative désespérée de maîtriser ce démon, dans un acte quasi-liturgique d'un exorcisme sexuel guidé par une pulsion de mort. Un acte liturgique de type tribal. Identique à cette manière d'infliger la souffrance à celui (le jeune ?) qui passe son initiation dans certaines tribus des peuples premiers, afin de lui apprendre à être plus fort lorsqu'il expérimentera une souffrance future dans son existence. Avec toute la dimension du caractère inéluctable du "rite de passage". Le tout adapté aux mécanismes occidentaux d'une paranoïa précipitée : comme si celui qui transmettrait le VIH ou qui le recevrait dans l'acte du plaisir disait : "De toute façon, le VIH, tu finiras par le rencontrer et par être marqué par lui, définitivement parce c'est ce qui définit l'identité homosexuelle ; alors autant que cela ne se fasse pas par un hasard malheureux mais que tu maîtrises cette transmission et que tu t'en glorifies comme un héros victorieux qui a accepté, dépassé et transcendé cette mort programmée."

Cette dimension là est totalement sous-estimée dans le barebacking. Et dans la prévention actuelle. Parce qu'elle fait appel à des mécanismes de fantasmes fondés sur des tabous, celui de l'autodestruction maîtrisée, du suicide organisé socialement d'une fatalité - inéluctable par définition. "De toute façon, le VIH définit la condition de l'homosexuel" : reconnaître cette dimension-là au barebacking, ce serait un échec avoué et intégré de toute campagne de prévention et de toute tentative pour prémunir les individus de l'épidémie de cette terrible maladie ; terrible parce que terrifiante, terrifiante parce que reliée à la racine même de la définition de l'être social étiqueté homosexuel.

Alors, lorsque le témoignage pratique d'un acte qui ressemble à du barebacking (un rapport non protégé idiot et inconscient) apparaît dans la sphère publique, la cohorte des homos moralisateurs - et ce n'est pas du tout un reproche mais juste la constatation d'une réaction qui serait saine si seulement elle n'entraînait pas l'émergence d'un tabou - la cohorte des homos moralisateurs, disais-je, demande à ce que soit indiquée la nécessité du silence sur ce genre de pratique, que des précautions d'usages soient spécifiées ("Ne reproduisez pas ça chez vous, les enfants, c'est dangereux"), qu'une explication soit donnée sur le raisonnement ayant amené ce rapport non-protégé. Comme si la protection "allait de soi", comme si baiser avec une capote était - justement - la normalité sociale (et morale) du rapport sexuel. Une normalité qui devient une normativité, "parce qu'il ne peut en être autrement", "parce que cela va de soi", "parce que c'est comme ça que les choses doivent être".

Ainsi, le barebacking fait partie de l'indicible parce qu'il incarne la terreur ultime de la condition de l'homosexuel contemporain. Il est un tabou au sens premier et freudien du terme. Il est un secret initiatique enfermé dans un placard dont on a perdu la clef, jeté au cœur d'un puits sans fond pour ne pas y penser ; la terreur liturgique destructrice, assassine, meurtrière qu'on ne veut pas voir pratiquer et qu'on ne veut pas connaître, parce qu'on a peur qu'elle se répande comme une gangrène sociale, dans un climat où la prévention du VIH est réduit à l'état de bruit de fond ou de faible miaulement mis en sourdine, à une époque où les homosexuels recommencent à prendre inconsidérément des risques dans leurs pratiques sexuelles.

Il y a 10 ou 15 ans, le barebacking apparaissait. Il y a 10 ou 15 ans, le même silence était fait sur cette pratique autodestructrice : la situation n'a pas évolué, le tabou est toujours le même. On ne cherche pas à comprendre parce que cela nous renverrait à nos propres démons. On préfère fermer les yeux parce qu'on a peur d'être corrompu. Douce ironie que tant ceux qui pratiquent le bareback dans des actes désespérés que ceux qui - un peu hasardeusement - peuvent avoir un rapport non-protégé anodin soient stigmatisés comme des monstres tout comme les contaminés par le Sida le sont aux yeux de tant de monde comme marqués fatalement par une mort inéluctable et qui pourraient contaminer les autres par un simple regard ou une simple poignée de main.

Oui, le barebacking est une liturgie de la mort orchestrée ; oui, c'est un rite d'Eros et Thanatos terrifiant qui fait se rencontrer des meurtriers et des victimes. Le problème, c'est que c'est surtout la partie émergée d'un iceberg insondable qui dissimule la Terreur Ultime de la condition de l'homo contemporain. Et qu'un jour ou l'autre, il deviendra nécessaire de l'affronter en pensée pour que des discours dangereux comme ceux d'Eric Remes ne viennent pas faire des disciples de ce mal être homo-contemporain.

Et pendant ce temps, la production, la vente et la location de films pornos gay estampillés bareback explosent. Alors même que, pour la plupart et à l'exception de quelques studios spécialisés, ce ne sont que des rapports sexuels sans préservatifs étiquetés de la sorte pour attirer le chaland. Parce que le fantasme de cette mutilation physique, sociale et métaphysique est bien présent. Un fantasme fondé sur ce tabou qui fige les homos que nous sommes sur place, comme des statues de pierre pétrifiées par la Méduse de nos pires cauchemars. C'est cela le danger du tabou que nous avons posé sur le barebacking : notre silence horrifié est un gage de complicité.

Mais comme je suis faible intellectuellement, je me vois obligé de finir par ces mots : "Protégez-vous". Le barebacking n'est que le VIH faussement maîtrisé en simulacre dans un acte de mort.

mardi 2 janvier 2007

Jouons à l'intello Les voeux politiques de 2007 pour la nouvelle année

Parce que je n'ai pas trouvé d'endroit les réunissant clairement. Pour faire simple :

Voeux présidentiels de Jacques Chirac pour 2007


Voeux de Ségolène Royal pour 2007


Voeux de Nicolas Sarkozy pour 2007



Voeux de François Bayrou pour 2007



J'ai ajouté les voeux de François Bayrou : merci à Skynerv. Lorsque les voeux de François Bayrou (que j'ai cherchés infructueusement) et d'autres énergumènes comme LeBorgne seront diffusés, je les ajouterai. Je trouve que c'est un exercice intéressant parce qu'habituellement formaté et qui permet de regarder les différentes thématiques et techniques médiatiques que présentent les uns, les unes et les autres.

dimanche 10 décembre 2006

Jouons à l'intello Alain Soral expulsé de Sciences-Po pour des motifs fallacieux

Le 2 décembre 2006. On peut ne pas aimer Soral, on peut le trouver scandaleux dans ses positions, on peut le considérer border line. Franchement, être séduit par le FN et rejoindre l'équipe de campagne de Le Pen, c'est clairement hallucinant pour un mec pareil. Mais il me semble qu'on ne peut décemment pas traiter un individu de la sorte. Et qu'on ne peut décemment pas annuler une invitation la veille de l'événement pour des raisons qui semblent fallacieuses. Sciences-Po ou comment éviter de faire des vagues et rester dans le politiquement correct. Bravo, j'applaudis des deux mains.

Pour plus de détails, lisez le descriptif disponible sous la vidéo, sur Dailymotion, par celui qui l'a réalisée.



mardi 5 décembre 2006

Jouons à l'intello François Bayrou 2.0 ou le lion se réveille

François Bayrou

Oui, désolé, je parle encore de politique. Je sais, je sais, mais là, ça vaut le coup d'oeil.

François Bayrou a fait sensation ce soir en mouchant littéralement Claire Chazal lors du journal de TF1. Ce qu'il a dit sonnait juste, il l'a dit avec pertinence et il l'a fait avec éloquence. Quelque chose est en train de se passer, au sein de l'UDF, et François Bayrou semble animé d'une force incroyable qui tranche complètement avec le François Bayrou des années précédentes. Il y a comme qui dirait une sorte de force quasi métaphysique qui semble soulever son coeur et que l'on entend au travers de ses paroles. Je l'avoue sans honte : je suis scotché et médusé. Nous ne parlons plus de François Bayrou le catholique vieille version : nous parlons désormais de François Bayrou 2.0, le républicain rassembleur. Et cela donne un personnage haut en couleurs et qui fait entendre son verbe, sensé, haut et clair. J'en viens à regretter ce que j'avais pu énoncer par le passé pour sa position sur le mariage et l'adoption des homosexuels.

Même si mon suffrage est (pour l'heure) emporté par Ségolène Royal pour les raisons que j'ai déjà évoquées sur mon blog, il y a chez François quelque chose de très séduisant. Et qui, de toute façon, ne peut faire que du bien pour le pluralisme politique français qu'il défend avec beaucoup d'intelligence. Chapeau bas.

En tout cas, ces présidentielles s'annoncent peut-être comme parmi les plus intéressants qu'il nous ait été donné de vivre, nous qui sommes de la jeune génération : Sarkozy, Ségolène et Bayrou 2.0, un trio gagnant. J'attends ça avec une rare impatience.

Ah, j'oubliais le plus important : l'interview de François Bayrou par Claire Chazal est gentiment mise à disposition sur le blog de Pingui75. Encore plus intéressant, dans le même billet : la précédente interview de Bayrou par Chazal sur TF1 et surtout les explications qu'il donnait à John-Paul Lepers au sujet de son altercation à la direction de TF1. Superbe, vraiment superbe. Bravo François, je suis avec toi !

samedi 2 décembre 2006

Jouons à l'intello Ségolène Royal, Over the Rainbow ?

Segolene d'Oz

Cela faisait longtemps que je n'en avais pas parlé. Allez, je n'en dirai pas plus si ce n'est la question fondamentale : Ségolène Royal serait-elle une icône gay ? Les homosexuels fantasment-ils de voir Ségolène déguisée en Judy Garland déguisée en Dorothy - cachant son petit tailleur strict d'un tablier de fermière vendant du Chabichou - entonnant la chanson "Over the Rainbow" en compagnie de ses amis le bucheron de métal (Dominique Strauss-Kahn), l'épouvantail (Jack Lang), le lion peureux (Laurent Fabius), et son fidèle chien Toto (François Holland) ? Partant dans le pays d'Oz pourchasser la Sorcière de l'Ouest (Nicolas Sarkozy) pour s'attirer les bonnes grâce du Magicien d'Oz (l'électeur standard) ?

Segolene d'Oz
Segolene d'Oz Segolene d'Oz

Qu'est-ce que je peux fumer comme trucs illicites, moi, des fois, c'est dingue... Ceci dit, Ségolène pourrait bel et bien être une icône gay, pensent certains. Voir notamment deux billets succulents écrits sur Coming Oust et Gayment Ségo. J'adore le concept.

Extrait choisi de ce dernier : Son côté kitch attire la sympathie. Il y avait Régine chantant "Je survivrai" avec un brushing inclassable et une robe à faire peur. Il y avait Annie Cordy chantant "Cot cot coin coin" habillée en canard. Et il y a eu Ségolène en costume traditionnel et défendant le chabichou à la tribune de l'Assemblée nationale! Ce côté surprenant, sincère, cette capacité à faire des choses totalement décalées, d'apparence un brin ringardes, est le propre d'"artistes" qui ont su s'attirer la sympathie des gays.

Mouarf !

vendredi 24 novembre 2006

Jouons à l'intello Le CSA oblige le port du préservatif dans les films porno

Préservatif

Quand j'avais lu l'info hier après-midi, je m'étais dit que j'allais la relayer sur mon blog. Finalement, je m'étais rétracté.

Et puis Chapi... heu... Show No Mercy - pardon - relaye l'info aujourd'hui et ne semble pas tout à fait satisfait.

Le CSA a en effet décidé d'imposer le port de préservatifs pour toutes les vidéos porno diffusées sur les chaînes de télé conventionnées par lui (comprendre Canal +, Pink TV et XXL). De plus, un message de prévention contre le VIH sera systématiquement diffusé en entrée du film. Show No Mercy réagit sur l'obligation du port de capotes et il précise que, oui, c'est bien pour protéger les acteurs du porno, mais que si l'idée est de faire de la prévention, c'est malsain.

Je ne suis pas d'accord.

Pour ma part, adolescent, j'étais tombé sur un film porno hétéro où le réalisateur filmait avec précision comment la femme posait la capote sur le sexe de son amant. Cela durait 5 secondes mais c'est un peu par ce moyen que j'avais - ENFIN - vu quelqu'un mettre un préservatif sur une bite (et pas de manière détournée avec un faux godemichet en plastique totalement asexué - sorte de cylindre curieux, à vrai dire - comme ma prof de bio avait pu le faire en 4ème lors des maigres cours d'éducation sexuelle sans aucun intérêt (sauf un mec qui s'était... ... enfin, je vous raconterai un autre jour).

Par ailleurs, je crois qu'il ne faut pas sous-estimer le caractère influençable de la pornographie sur les adolescents et les jeunes adultes. Une partie de nos fantasmes (et de nos pratiques sexuelles) peuvent être inspirées par ce genre de cinématographie (figures et autres fantasmes).

Mais si d'aucuns voient systématiquement des acteurs (attention, je vais être vulgaire)... se faire gicler sur la rondelle et prendre leur pied lorsque les mecs qui ont giclé rentrent à nouveau, aidés de ce merveilleux lubrifiant, dans le trou du monsieur passif (fin de la vulgarité)... il y a fort à parier que c'est une pratique qui aura tendance à être répétée dans la sexualité réelle.

Alors, certes, l'adulte (jeune ou vieux) a peut-être conscience de ce que sont le Sida et le port du préservatif, mais ce genre de film (bareback ou, sans aller jusque là, "non-safe") peut l'inviter à apprécier et nourrir le fantasme de trips de cet ordre-là. M'est idée qu'il aura alors tendance très rapidement à laisser tomber le préservatif. Parfois trop rapidement. En se mettant en danger.

C'est une idée comme ça, hein. Parce que, moi non plus, je n'aime pas le comité de censure façon CSA. Reste que, là, sur cette question, il me semble que c'est une bonne mesure (qui protège les acteurs et les jeunes adultes découvrant la sexualité avec des films pornos).

Cela trahit peut-être une hypocrisie, cependant : celle qui fait que les ados découvrent la sexualité très tôt, parfois avant (bien avant ?) la majorité requise pour voir un film porno. Et que les films pornos sont, d'ailleurs, très souvent vus AVANT les fameux 18 ans.

Hypocrisie étrange, dès lors, que ce caractère pédagogique du port du préservatif alors même que ceux qui y sont les plus sensibles (au caractère pédagogique) sont ceux-là mêmes qui n'ont pas le droit de regarder un film porno : les adolescents. Et qui ont pourtant déjà une sexualité.

Amusant d'imaginer que le film porno avec préservatif obligatoire serait alors plus à même d'éduquer l'adolescent (dont les hormones s'agitent joyeusement dans le corps) que les cours poussifs et désincarnés d'une vieille prof de bio asexuée.

jeudi 16 novembre 2006

Jouons à l'intello A contre-courant

A contre-courant

C'est marrant comme j'ai l'impression parfois d'être à contre-courant. La question que je me pose, c'est si c'est par principe ("être à contre-courant pour être à contre-courant") ou si je suis en fait original.

Je m'en suis rendu compte cet après-midi en jetant un oeil à une polémique (les contradicteurs diront une pseudo-polémique) sur Wikipédia, où je suis un contributeur de la première heure autrefois régulier, aujourd'hui occasionnel. A propos de la non-pertinence de la catégorie "blogueurs", que je trouve fourre-tout et aussi pertinente que "Webmasters de sites" ou "Personnalités possédant un téléphone portable".

Cette polémique n'est pas du goût de tout le monde, elle est "absurde" et "inutile".

Je ne vais pas reprendre ici l'argumentation puisqu'elle est consultable par ailleurs. Non, ce qui est intéressant, c'est plutôt que nombreux sont les domaines où j'ai l'impression de me retrouver ainsi à contre-courant.

Par exemple, vis-à-vis de Ségolène Royal, que je soutiens comme finalement peu de blogueurs (du moins peu des blogueurs que je lis). Alors même que les "royalistes" sont considérés comme victimes "d'aveuglement de l'intelligence humaine" ou d'"inquiétants troubles de la perception" (chez Embruns). Voire qu'ils ont, pour la plupart, "une culture politique fortement limitée" (chez XIII). Bref, c'est une sensation étrange que de se trouver en porte-à-faux et attaqué malgré soi.

Finalement, je me rends compte que j'ai souvent des positionnements opposés à ce que l'on pourrait attendre, intuitivement, de l'étiquette qui m'est rattachée :
  • homosexuel, je suis généralement contre la culture de la sexualité consumériste de nombreux homos ;
  • homosexuel, j'ai longtemps été contre la sous-culture de la "fierté homosexuelle" comme moyen de revendication (je suis, depuis, devenu moins radical) ;
  • socialiste, je soutiens une candidate aux idées qui semblent parfois réactionnaires ;
  • croyant, je suis pourtant anti-clérical primaire ;
  • anti-clérical primaire et laïc, je suis pourtant pour autoriser le port du voile des jeunes filles le souhaitant à l'école ;
  • amoureux des femmes, hétéros et lesbiennes, je suis pourtant contre les féministes qui veulent couper la maternité du principe de la féminité ;
  • blogueur assidu, je reste pourtant persuadé qu'il est nécessaire de rester prudent dans l'appréhension du phénomène des blogs sur Wikipédia ;
  • de gauche, j'étais pour le Traité constitutionnel européen et je suis pour l'ouverture de l'Europe à la Turquie ;
  • etc.

Se retrouver en décallage, dans toutes ces situations, est à la longue véritablement épuisant.

En fait, à y réfléchir, tout cela tient sans doute en partie au problème de la polémique et de l'argumentation sur le net. Très rapidement, on est tenté - lorsqu'on défend son opinion - de présenter des arguments qui, s'ils ne sont pas fallacieux, sont au moins "border line" vis-à-vis de leur honnêteté. Afin d'être plus percutant. Et, de ce fait, on radicalise sa position en se détachant d'une forme de neutralité objective. C'est problématique.

Le problème équivalent est que, pour descendre les arguments de l'autre (ou lorsque un contradicteur vient répondre à votre argumentation), la tentation est encore plus grande d'attaquer personnellement l'auteur, de le décrédibiliser, de multiplier les adjectifs péjoratifs, dans une sorte d'exutoire pamphlétaire violent. Techniques éculées présentées avec brio et effroi dans "L'art d'avoir toujours raison" de Schopenhauer, un petit traité jubilatoire d'intelligence machiavélique.

Or, je suis quelqu'un de gentil. Je n'aime pas être en mauvais termes avec quelqu'un. J'aime la cordialité et l'amitié, le respect et la sympathie. Parce que j'ai un côté bisounours. Du coup, me retrouver en porte-à-faux et attaqué personnellement lorsque j'exprime une opinion à contre-courant, a tendance à me faire vaciller. Je lâche du mou pour retrouver "la bonne entente" et le "peace and love".

Au-delà de cette réaction sentimentale, il y aussi le fait que je change parfois d'avis sur ces questions-là. Sans que ce changement soit radical, il arrive qu'un événement, une expérience particulière, une rencontre ou bien quelque argument que je trouve finalement très pertinent, vienne modifier mon jugement.

La question qui se pose, c'est si le fait d'abdiquer alors ne serait pas une forme de faiblesse, trahissant mon malaise à être attaqué par l'autre.

Si on y ajoute quelque part un manque de confiance en soi qui revient de façon cyclique, on se retrouve dans la situation où - lorsqu'on descend un de mes arguments - je me trouve parfois stupide d'avoir défendu aussi radicalement une position préalablement défendue. Je change alors d'opinion, je la modère, j'en modifie les contours et je regrette de m'être exprimé précédemment comme je l'ai fait. J'ai alors envie de me faire tout petit, de m'enfuir loin du monde et d'oublier tout ce qui a été dit.

D'aucuns diront que c'est une forme d'intelligence. D'autres que c'est la preuve d'une faiblesse intellectuelle. Je me demande honnêtement quelle est la véritable teneur.

Quoiqu'il en soit, utiliser des arguments percutants et malhonnêtes, est-ce une manière de convaincre l'autre ou est-ce une manière de se persuader dans sa propre conviction ? Et pourquoi me retrouve-je souvent à contre-courant ? Est-ce volontaire ou le fruit d'un processus inconscient visant à me démarquer des autres ?

Jouons à l'intello Ségolène, DSK, Fabius : quel est le meilleur candidat ?

Primaires socialistes

Un commentaire que j'ai laissé sur le blog de XIII à propos du critère retenu par les Socialistes pour déterminer le "meilleur candidat". J'y récuse le fait que le critère de "le bon candidat sera celui qui pourra battre Sarko" soit un "bon" critère.

Petite réflexion, donc, sur la peur du candidat en face. On ne cherche pas "le candidat incarnant le mieux le projet socialiste" mais "le candidat qui pourra battre celui d'en face". Or, cette volonté de voter pour celui qui battra celui d'en face me fait penser au complexe non-assimilé des électeurs de gauche qui ont voté pour Chirac en 2002 pour battre celui d'en face, Le Pen (donc un vote non pas pour les idées de Chirac mais pour faire un rempart à Le Pen).

Ainsi, le choix du candidat du PS selon le critère "celui qui pourra battre Sarko" est une sorte de répétition ironique de la situation du 28 avril 2002 mais intégrée cette fois AVANT la campagne présidentielle, AU SEIN MEME du parti socialiste.

Et je trouve ça amusant (un rien m'amuse, des fois, c'est marrant).

Est-ce que cette remarque vaut pour les seuls partisans de Ségolène Royal ? Non. Car, si vis-à-vis des pro-Royal, la remarque est vraie, elle s'applique en réalité tout aussi bien aux pro-DSK. Je veux dire que, chez les partisans de DSK comme chez ceux de Ségolène, il y a cette volonté de trouver "le candidat pour faire rempart à Sarkozy" :
  • pour les pro-Royal, parce que Ségolène est très populaire auprès des électeurs français dans les sondages actuels par rapport à la côte de Sarkozy ;
  • pour les pro-DSK, parce que DSK est présenté comme le seul capable à débattre avec Sarkozy pour clouer son bec médiatique.

Dans les deux cas, le critère retenu est celui du "meilleur candidat pour battre Sarko" et pas celui du "meilleur candidat pour incarner au mieux le projet socialiste". Comme si les élections présidentielles ne devenaient plus qu'une guerre de coqs sans aucun enjeu politique réel. Une guerre de coqs qui a déjà commencé entre les trois "poussins" (DSK, Fabius, Ségolène) de la couveuse appelée "Parti Socialiste".

Et, dans les deux cas, pour les pro-Royal et les pro-DSK, ce critère est un mauvais critère. Cela fait encore une fois de la politique un simple jeu de pouvoir sans véritables enjeux fondamentaux, sans projets derrière qui méritent d'être défendus.

Est-ce parce que le projet socialiste n'est pas enthousiasmant ? Je me le demande. Quelque part, c'est comme si la lutte des personnalités (Sarko contre qui ?) était la seule chose importante. Comme si la seule leçon tirée par les Socialistes de l'événément du 21 avril 2002 était : "Jospin n'avait pas un charisme suffisant". Et pas "Le projet socialiste était bancal".

Pour ma part, je crois que ce sont les idées du projet socialiste qui n'avaient pas convaincu. Parce que la mutation idéologique du Parti Socialiste n'est pas accomplie (la présence d'un Fabius vient rappeler cela).

J'espère dès lors, à l'instar de Ségolène Royal, que les gesticulations des derniers débats vont pouvoir être vite oubliées pour se concentrer - ENFIN - sur l'essentiel : la mise en avant, la défense, la présentation et l'affirmation du projet socialiste CONTRE le projet de Nicolas Sarkozy.

dimanche 12 novembre 2006

Jouons à l'intello La chasse aux clochards

Un article paru dans le Nice Matin du dimanche 12 novembre 2006, que mon père m'a ramené aujourd'hui. Un jeu mortel aux Etats-Unis. Cela se passe de commentaires.

La chasse aux clochards - Nice Matin - 12 novembre 2006

samedi 11 novembre 2006

Jouons à l'intello Proposition de loi sur les pages de publicité

Assemblée Nationale

Je propose un projet de loi pour le législateur : obliger les chaînes de télévision à établir une bonne balance de son entre les émissions et les pages de publicité. Que cela soit TF1, France 2, France 3 ou M6, qui n'a jamais été frappé par la différence de niveau sonore lorsqu'un film, une série ou une émission laisse la place à la sempiternelle page de publicité ? Augmenter subrepticement le volume pour inciter à la consommation, c'est tout bonnement insupportable !

vendredi 10 novembre 2006

Jouons à l'intello Le Triangle Rose et sa suite

Triangle Rose

Je suis actuellement en train de lire un bel ouvrage sur lequel j'ai mis la main et qui est un long poème qui prend aux trippes en hymne à l'homosexualité. L'ouvrage sortira en librairie le 22 novembre, devrait avoir un minimum de retentissement lors de sa parution, et j'aurai l'occasion d'en parler d'ici là pour vous faire partager mes impressions et mes émotions.

Je ne peux me résoudre, cependant, à laisser passer une information que je viens d'y lire et qui m'interpelle.

On connaissait ces lois, en France, qui avaient été instituées pendant le régime de Vichy et qui avaient été conservées au moment de la Libération. Ce qu'on connaît moins, sans doute, c'est que l'Allemagne fit peut-être la même chose.

Une mini-explication sur le Troisième Reich, dans un index à la fin de l'ouvrage. Je cite :
"Heinrich Himmler fut le chef de la Gestapo et des Waffen-SS, et Ministre de l'Intérieur. En 1936, il créa l'Office central du Reich pour la lutte contre l'homosexualité et l'avortement. Sous la direction d'Himmler, les poursuites contre les homosexuels culminèrent entre 1937 et 1939, la police menant des raids contre les endroits de rencontre, s'emparant des carnets d'adresses des hommes arrêtés pour identifier et localiser d'autres homosexuels, et mettant en place des réseaux d'informateurs pour établir des listes de noms qui permettraient de nouvelles arrestations. On estime que 100.000 hommes ont été arrêtés, dont 50.000 officiellement définis comme homosexuels - un statut désigné par un triangle rose - furent condamnés. Au moins 15.000 de ces hommes furent envoyés dans des camps deconcentration, le reste purgeant leur peine dans des institutions pénales plus classiques. On ne sait pas combien de ces hommes moururent pendant leur emprisonnement - on peut noter que nombre d'entre eux restèrent en prison à la libération des camps. Himmler fut capturé à la fin de la guerre, mais il se suicida en mai 1945 avant de passer devant un tribunal."

Des homosexuels arrêtés par les officiers du Troisième Reich et conservés en prison après cela par l'Allemagne libérée ? Par ce régime qui perdure encore aujourd'hui ?

J'imagine les réflexions d'un dirigeant de l'époque : Bon, allez, le Troisième Reich, ça suffit, on va faire le procès de Nuremberg. Les Juifs, c'était quand même un peu exagéré. Mais les homosexuels enfermés, voilà au moins une bonne chose de faite. Pourquoi revenir sur le bon travail qu'ont effectué Himmler et ses sbires ? Si on pouvait au moins conserver quelque chose de bon et qui a été bien fait par le régime d'Hitler, ce sera déjà ça de gagné. .

Bravo, j'applaudis des deux mains.

(source de l'image : La gaya scienza)

jeudi 9 novembre 2006

Jouons à l'intello Pourquoi je voterais bien pour Ségolène

Ségolène Royal

Promis, le billet qui va suivre sera l'un des derniers avant un bon bout de temps sur la politique et la pré-campagne présidentielle. Je sais que j'ai un peu abusé ces derniers jours et je vais reprendre des activités normales comme tout bon homo qui se respecte (parler de sexe et d'homophobie, donc. Ha ha ha, humour, humour).

Ségolène Royal, c'est pour moi une expérience politique inédite. Pour la France, certes, puisque c'est une femme qui a des chances de devenir présidente de la République, mais ce n'est pas à ce sens-là que je pensais a priori. Je parlais pour moi : elle me fait ressentir - en tant que ce qu'elle représente - quelque chose de nouveau. Et je dis bien "en tant que ce qu'elle représente" et pas en "ce qu'elle est" ou en "qui elle est". C'est là qu'est la subtilité. J'aurais même envie de dire, quelque part, que ce n'est même pas par ce qu'elle pense ou peut penser qu'elle emporte ma motivation.

Dire cela est un brin provocateur, un brin étonnant, voire tout simplement les deux. Pour quelle raison Ségolène Royal peut-elle alors susciter en moi un intérêt qui me pousserait à lui donner mon suffrage ? Je me dois de prévenir ici d'emblée le lecteur. Ce que je vais dire pourra sembler sexiste. Et quelque part, cela l'est. Au sens de présenter une différence fondamentale entre les hommes et les femmes.

Mais avant d'aller plus avant, je dois d'abord préciser le point de départ.

Si je dois me définir politiquement, je dois dire que je suis de gauche. Je ne suis pas un garçon centriste même si j'aimerais l'être. Je ne suis pas non plus d'extrême et je me méfie généralement deux fois plus des gens de droite que ceux de gauche. Définir clairement ce qu'est la gauche et la droite est chose difficile car, de fait, la définition de ce que représente "être de gauche" ou "être de droite" est très subjective. Celui qui sera de gauche expliquera les raisons pour lesquelles il se situera à gauche en définissant ce que signifie la gauche pour lui et, a fortiori, ce que signifie la droite à ses yeux. Il en sera de même pour celui de droite. Et ce qui est très intéressant, c'est que les deux définitions de la droite et de la gauche ne seront pas les mêmes selon que celui qui l'explique sera de droite ou de gauche. Bref, ces deux critères sont des critères essentiellement subjectifs qui, s'ils n'ont pas forcément une réalité politique, continuent de structurer très clairement la société et la vie politique française.

Je m'égare. Je disais donc que j'étais de gauche, et clairement de gauche, pour un ensemble de principes et de positionnements qui me sont propres. Une certaine idée du progrès, la volonté d'appuyer sur le social avant d'appuyer sur la stricte loi du marché, l'ouverture intellectuelle sur les questions morales, la volonté d'écarter la religion de la pensée morale de la société, un certain humanisme engagé et d'autres subtilités comme une sorte d'utopie sur la vision de l'Homme et de la société de demain (comme le disait Victor Hugo : "L'utopie, c'est la société de demain" - oui, moi aussi j'ai vu L'Arène de France hier soir sur France 2).

Je suis néanmoins pour une gauche modérée qui n'a rien d'extrême, qui n'a rien de révolutionnaire (ou, à la limite, pour certains positionnements intellectuels), qui reconnaît les institutions, qui cherche à exercer le politique selon les règles de la République, qui se plie aux règles du capitalisme et du libéralisme (en retirant ce qu'il y a de péjoratif dans ce terme galvaudé par les "anti-libéraux"), pour une gauche qui sait qu'il est l'alternative au système socialiste communiste collectiviste. Ce qui n'exclue bien sûr pas des arrangements, des subtilités, un interventionnisme de l'Etat et/ou des associations privées pour garantir une vie sociale digne de ce nom et autres machins divers. Bref.

Intellectuellement, je ne suis pas du tout en accord avec un Laurent Fabius qui désire incarner un mouvement "à gauche toute" pour le Parti Socialiste. Je suis bien plus proche d'un Dominique Strauss-Kahn dont j'ai été longtemps, si ce n'est un supporter inconditionnel, au moins un partisan de beaucoup d'idées politiques.

Et puis se pointe Ségolène Royal. Ségolène, c'est cette fraîcheur politique venue d'une femme. Car c'est bien l'une des deux choses qui m'intéressent chez Ségolène : c'est une femme. Je ne suis sans doute pas objectif (mais qui me demande de l'être pour mon vote personnel ?). J'en discutais récemment avec ma future directrice de labo de recherche et je lui confiais d'ailleurs que, vis-à-vis de Ségolène, j'avais ce problème vis-à-vis des femmes qui n'est sans doute pas sans lien avec mon homosexualité. J'aime les femmes en ce qu'elles représentent. Sans les déifier, je me sens redevable envers elle, envers leur grandeur et envers leur essence. Ce que certains homos font avec Dalida ou avec Madonna, je le fais - moi - intellectuellement avec la figure de "La Femme" (heureusement, car rien ne me ferait abandonner Muse ou les Red Hot Chili Peppers). Si cela peut prendre chez moi cette forme politique avec Ségolène Royal, ce n'est qu'un avatar de mes considérations d'ordre métaphysiques. Je crois intimement, en mon être, en cette nécessité d'apporter à la société des hommes une note féminine absolument indispensable. Je crois à cette révolution fondamentale en marche, je crois à cette évolution créatrice et je crois en cette inéluctabilité. "La Femme est la première et la dernière initiatrice de l'Homme", me disait souvent un ami, et je crois que notre société et notre civilisation sont bien plus proches de "la fin" que du début. Alors la Femme doit retrouver cette place première - primordiale - pour accompagner un renouveau.

Je vois donc en la présence de Ségolène Royal cette nécessité incarnée au niveau politique. On pourrait me dire : "Ok, mais alors pourquoi pas MAM, Christine Tobira, Marie George Buffet, Arlette Laguillers ou Marine Le Pen, dans ce cas ?". Parce que cette féminité indispensable doit s'incarner d'une certaine manière pour être réellement efficiente selon mes considérations intellectuelles.

Bien sûr, parce que le critère féminin ne fait pas tout et parce que Ségolène est "de gauche". Ou plutôt "représente cette gauche qui m'intéresse". Mais ce n'est pas cela qui est réllement important. Cela tient à cette seconde chose dont je parlais.

Ségolène Royal est, en effet, dans un mode opératoire politique parfaitement féminin. C'est là que le sexisme que j'énonçais va se faire jour : je crois en une différence fondamentale entre les hommes et les femmes sur leur mode de fonctionnement. "Les hommes viennent de Mars et les femmes viennent de Vénus", disait l'autre best-seller, mais c'est bien plus complexe que cela. Je crois profondément au fait que la femme, dans une façon de fonctionner différente de l'Homme, raisonne bien plus à l'intuition qu'à l'intellect. Je crois à cette sincérité de l'idée qui se manifeste soudainement et à la fraîcheur qui l'accompagne. Or, contrairement aux autres femmes politiques que j'ai énoncées qui restent dans une logique d'"homme politique", Ségolène Royal fonctionne selon ce mode opératoire. Elle fonctionne sur le mode du Verbe, presque au sens divin du terme : elle verbalise, elle nomme, elle met en forme, elle manifeste, elle accouche, ce qui a été pensé par ailleurs. Cela ne signifie pas qu'elle ne pense pas, mais qu'elle ressent une idée qui lui est soumise, soit par son "âme", soit par ses conseillers, avant de la mettre en mots.

Elle n'est pas une professionnelle de la politique (elle en a l'immaturité, d'ailleurs). Elle n'a pas toute la connaissance politique et internationale qu'on réclame "habituellement" (je vais y revenir) d'un HOMME politique. Elle a des idées soudaines qu'elle verbalise sans penser à mal et avec sincérité, sans nécessairement y avoir réfléchi auparavant (comme ces fameux "jurys citoyens" ou ces "encadrements militaires / humanitaires"). Elle croit à la nécessité du rapprochement avec le peuple. Mais pas par une démagogie pyramidale à la Sarkozy : il s'agit chez elle de ce qu'on pourrait appeler une sorte de "présidentialisme effacé". Elle veut représenter le peuple et s'effacer devant lui. C'est là toute la différence. Elle ne souhaite pas appliquer ce que désire le peuple : elle désire que le peuple se serve d'elle comme d'un instrument.

Car telle est la subtilité ultime : Ségolène Royal me semble incarner ce que serait un président d'une SIXIEME République. Elle n'est pas du tout dans le mode de fonctionnement de la Cinquième République. Elle annonce la fin d'une ère, la fin d'un mode institutionnel. C'est en cela qu'elle est intéressante et très novatrice. C'est parce que dans toutes ses maladresses, dans toute son immaturité, mais aussi dans toute sa candeur, elle incarne précisément ce que pourrait être le Président d'une Sixième République. Fondée sur une souveraineté populaire plus représentée, avec un législatif plus important et plus présent.

Ainsi, ce ne sont pas ses idées personnelles qui m'intéressent, ni sa personnalité que l'on dit austère et cassante. Mais bien ce qu'elle représente à la fois en tant que femme - et le mode opératoire intuitif qui conviendrait parfaitement à une Sixième République - et en tant qu'incarnation anticipée de ce que pourrait être une Sixième République.

François Mitterand disait qu'il était le dernier des "grands présidents". Il avait sans doute raison, bien que Jacques Chirac - dans sa posture toute gaullienne - soit venu fermer la marche. Dominique Strauss-Kahn, que je respecte pour ses idées, Nicolas Sarkozy, que je ne respecte pas pour ses idées, François Bayrou, que je respecte pour ses idées et pour sa sincérité, me semblent tous hors course. DSK parce qu'il se positionne dans l'ancien mode opératoire de la Cinquième République (je voterais pour lui si je voulais un Président "à la Cinquième"). Nicolas Sarkozy parce qu'il en incarne la face sombre. Et François Bayrou parce qu'il a le défaut d'être un homme (et peut-être d'être encore un peu trop influencé moralement par son catholicisme, mais j'en ai déjà parlé, je ne vais pas revenir là-dessus).

Ségolène Royal, elle, est novatrice en cette alliance de sa féminité intuitive et cette figure d'une nouvelle sorte de Présidence. Non plus celle du Père dominateur, charismatique et a