La moindre plume

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lundi 10 décembre 2007

Je ne t'aime pas, mon amour Le Pardon et l'Excuse



Il était temps.

Tout s'est passé comme prévu. Ou presque. Je suis heureux de l'avoir fait. Et je ne suis pas mécontent du résultat.

Cela faisait plusieurs semaines que cela me semblait inéluctable. Cela allait de soi et il convenait de le faire. Le déclic a sans doute été une pièce de théâtre que j'avais vu fin octobre et à laquelle je me suis complètement identifié. Ce fut une inspiration ; peut-être devrais-je dire un premier signe car la pièce ne faisait qu'apporter des embryons de réponses à des interrogations qui me taraudaient depuis un ou deux jours. Pourtant, avant de m'y atteler, il fallait quelques pré-requis.

D'abord, il fallait que du temps passe. Suffisamment. Ce temps nécessaire, ce n'est pas pour que la Raison puisse avoir un recul indispensable à son exercice ; parce que j'ai envie de dire que, dès l'origine, la Raison sait séparer le bon grain de l'ivraie et n'a pas trop de difficultés à faire une analyse. Non, le temps est nécessaire pour calmer la souffrance et la passion. La souffrance qui fait suite à la douleur (qui - elle - est légitime), la souffrance qu'on entretient par égocentrisme ("Oh que je souffre, oh que je suis malheureux, oh que ça fait mal ! "). Et la passion qui soulève le coeur et donne envie de vomir, qui emporte la Raison sur des flots obscurs et insondables et dans des abîmes vertigineux, la passion des sentiments d'hier dont on doit faire le deuil et qui doivent cesser d'exister. Souffrance et passion, deux termes pour dire la même chose, finalement ; le pathos grec, ce dont on souffre, ce qui est subi. Bref, ce qui n'est pas maîtrisé et qui nous maîtrise. Ô combien le temps est nécessaire pour lentement apaiser ces langues de flammes qui lacèrent le coeur de part en part, pour lentement dissoudre ces liens sanglants et acérés qui à la fois emprisonnent et déchiquètent la chair et nos entrailles !

Ensuite, il convenait d'avoir suffisamment travaillé sur soi et fait la part des choses : isoler les parts de responsabilités, les jeux d'égo, détailler les rapports de trahison mais aussi ceux de fierté blessée. Et regarder l'oeil clair et haut placé les erreurs des uns et des autres ; relativiser celles des uns, prendre conscience de celles des autres, les miennes principalement, que je ne pouvais voir tant que la boule au ventre me coupait le souffle.

Puis, je voulais être sûr de moi, de la sincérité de la démarche. Certes, cela touchait un peu au solennel et au symbolique mais j'avais besoin de le verbaliser. J'ai toujours été comme ça ; j'aime que les choses soient dites et prononcées. Mon amour immodéré de la vérité, sans doute. J'aime que le vrai soit dit ; dans les affaires humaines comme en matière de spiritualité, d'ailleurs, ce qui revient peu ou prou à la même chose. Soulever les voiles d'Isis pour connaître le Secret des dieux ou écarter les doutes de l'existence bien matérielle, cela touche aux mêmes ressorts : on revient toujours à l'égo, finalement, qu'on apprend à dépoussiérer et à déchirer pour révéler la meilleure partie de soi. Or, cette démarche se devait d'être sincère ; il ne s'agissait pas de se dire : "Ok, je vais faire ça et ça" et, finalement, quelle que soit l'issue de l'échange, revenir sur sa parole ultérieurement avec des pensées mauvaises et destructrices. Trois semaines après le premier déclic, cela semblait entendu : les ressentiments avaient disparu. Il fallait que, lorsque les choses seraient dites, elles soient irrévocables ; à la mesure du solennel exprimé, le coeur et l'esprit devaient battre à l'unisson, alignés respectivement sur le verbe. Ne pas dire des paroles en l'air mais dire sincèrement le ressenti et la pensée. Le plus simplement possible.

Enfin, il s'agissait de saisir le moment idéal. C'est à mon retour de Jordanie que cela s'est décidé. Je ne me voyais pas le faire avant car je sentais que c'était encore trop tôt. J'avais le voyage à préparer et plein d'autres choses à gérer. Et j'avais aussi encore la peur de le revoir. Et puis, suite à mon escapade au Moyen-Orient, des signes ont montré le coin de leur nez. Un mail reçu par mon meilleur ami d'enfance, que j'avais perdu de vue quand j'avais 8 ou 9 ans. Puis celui d'une amie de collège qui voulait savoir ce que j'étais devenu. Un message laconique d'un ex, ensuite, qui voulait reprendre contact pour me pardonner et que je puisse aussi lui présenter des excuses ; celui d'un autre garçon que j'avais fréquenté et qui voulait me revoir après de nombreux mois passés sans se rencontrer. En deux ou trois jours à peine, les différentes pièces du puzzle s'étaient imbriquées les unes dans les autres : le passé venait innocemment réclamer son dû. Et tout cela avec le sourire.

Il était temps.

J'ai envoyé un SMS à P., mon ex petit-ami. Je lui ai demandé si on pouvait se voir pour prendre un café. Il a accepté et nous nous sommes donnés rendez-vous quelques jous après.

Le jour J, nous avons d'abord échangé quelques banalités d'usage. Savoir comment l'un et l'autre allait. J'ai compris pourquoi j'avais tant apprécié ce garçon. Et j'ai aussi vu les raisons pour lesquelles on n'aurait jamais pu être heureux ensemble ; des conceptions opposées du couple, des considérations tellement différentes sur ce qu'on appelle communément les choses de la vie. Choses communes et si essentielles dans le vivre ensemble. Dire que cela m'a sauté aux yeux serait mentir : disons que, comme prévu, j'ai eu la confirmation de ce dont je m'étais rendu compte de mon propre chef. Cela m'a rassuré et conforté dans ma décision.

J'ai un peu hésité et reporté l'instant solennel en entretenant la discussion (j'imagine que P. se demandait pourquoi je l'avais recontacté ; il m'a plus tard avoué qu'il avait été surpris). Et puis j'ai fini par me lancer. Le Pardon et l'Excuse.

Je lui ai dit en riant que l'instant solennel commençait. Que d'abord je voulais le pardonner. Que peu importait sa part de responsabilité, même si je considérais qu'il en avait une, consciemment ou inconsciemment. Dans tous les cas, ma souffrance était réelle ; seulement, peu importait s'il en était en partie responsable ou pas dans l'absolu : l'important est qu'à mes yeux, il l'avait été. Et je voulais donc le libérer de cela. Lui préciser que je n'avais plus de ressentiment envers lui et que je ne souffrais plus. Que je le laissais partir, en quelque sorte. Que le pardonner, c'était non pas dire : "Je me suis trompé, j'ai souffert pour rien" mais bien "J'ai souffert d'une douleur qui était légitime, sauf que je t'en libère, que cela ne te concerne pas ou plus, et que cela ne concerne que moi."

Et puis, ensuite, je lui ai dit que je lui présentais mes excuses. Pour avoir été dur avec lui au téléphone. Et que même si ma souffrance avait pris le pas sur moi, j'avais dit des choses terribles et méchantes ; pour qu'il souffre autant que moi je souffrais à cet instant. Et que ce n'était pas une bonne façon de réagir. Je lui ai aussi présenté mes excuses pour toutes les pensées de haine que j'avais eu envers lui.

Enfin, l'instant solennel avait cessé ; il avait accepté mes excuses. J'étais libéré ; libéré de lui mais, surtout, libéré de moi.

Je lui ai appris que je sortais avec un garçon depuis deux mois. Il m'a appris en retour qu'il sortait avec Dan. J'ai eu une sueur froide dans un premier temps et puis nous avons parlé de sa relation avec lui ; et je me suis rendu compte finalement que cela m'était passé. Que j'acceptais la chose. Que tout allait bien. Et je comprenais enfin pourquoi Dan ne m'avait pas recontacté depuis son dernier coup de fil salvateur du début du mois de septembre ; peut-être avait-il peur de ma réaction ou peut-être se sentait-il mal à l'aise vis-à-vis de moi.

Seulement, je me rendais compte que tout cela n'avait plus aucune importance : c'était leur histoire, pas la mienne, cela ne me concernait plus. J'en prenais conscience à un tel point que, discutant de leur relation, je me suis retrouvé à donner des sortes de conseils à P. dans sa relation avec Dan ! Sans doute parce que conseiller P. sur cette relation, cela revenait à tenter de maîtriser cette situation qui m'était imposée et que je redoutais tant auparavant. Que P. m'en parle en quelques mots et que je puisse ainsi la commenter avec l'oeil bienveillant de "l'ami" qui donne des conseils, c'était me permettre de saisir les choses de mes mains et empêcher qu'elles ne me maîtrisent ; c'était aussi m'assurer que cela ne m'importait plus et que j'en étais détaché.

Nous avons fini par déjeûner ensemble lorsque j'ai constaté que je n'avais pas envie de quitter P. ainsi ; il a accepté bien volontiers et tout s'est passé le mieux du monde.

Ceci dit, je crois que je ne fréquenterai plus P. dans l'avenir : ce que nous avons échangé - tout ce que nous avons échangé - est derrière nous, et c'est très bien ainsi. Et même si je lui ai susurré un "à bientôt" au moment de nous quitter, cela ne sera sans doute qu'au travers d'une invitation commune à une soirée ou d'un aléas des coïncidences. Un "à bientôt" qui sonnait peut-être comme un "adieu" courtois et apaisé, dans un sourire sincère et dénudé. Mais qui sait : peut-être un jour par le futur nous retrouverons-nous autour d'une table, Dan et P., mon copain et moi, au détour d'une soirée parisienne, faite de quelques verres et de beaucoup d'éclats de rire ?

Quoiqu'il en soit, beaucoup d'émotions m'ont assailli cette journée-là, il y a 10 jours, déjà.

Alors au soir de cette journée, mon copain m'a rejoint pour passer la nuit avec moi. J'avais besoin de cela. Quand il est arrivé, il a vu que j'avais l'air perdu. C'est la première chose qu'il m'a dite. J'ai voulu commencer une explication mais j'en étais incapable ; alors, à la place, j'ai poussé un long soupir comme pour lâcher toute la pression du jour et je me suis abandonné dans ses bras. Et j'ai pleuré intérieurement. J'ai pleuré de soulagement ; enfin, j'étais libéré.

vendredi 2 novembre 2007

Je ne t'aime pas, mon amour Prise de conscience



C'est à cet instant précis que nous aurions dû rompre.

Retour en arrière, mai 2007. Une journée en Normandie.

Des amis qui proposent et accompagnent, un road movie matinal de Paris jusqu'à Honfleur, quelques gouttes de pluie, du soleil surtout, et la mer, la mer non-méditerranéenne, la mer qui côtoie, là-bas, la Perfide Albion, la Manche comme ils l'appellent. Le vent souffle un peu et puis s'efface, le soleil sur nos visages, des éclats de rire, une journée chez les vivants, les pieds trempés dans l'eau.

Mais un événement m'avait fait oublier. Oublier l'instant précis où nous aurions dû rompre, P. et moi.

Je m'en suis rappelé hier. Je ne sais pas pourquoi, il n'y avait aucune raison. Mon esprit a vagabondé, j'ai reconstruit mes souvenirs. Ah ! ces caramels au beurre salé achetés dans ce magasin d'Honfleur, Dieu qu'ils étaient bons. Et cette marche sur le sable, Mathias, Célia, P. et moi, sur cette plage à marée basse, c'est donc ça la marée, je ne la connaissais pas, elle n'existe pas sur la Côte d'Azur, la mer s'y prélasse allongée sur les rives sans trop de remous, loin des aléas de ces océans normands qui bougent en folle cavalcade, et que je cours d'un côté, et que je me retire de l'autre, et voilà que je tire à nouveau la couverture, cette fois-ci ce sera sur cette rive, moi l'océan je poursuis la lune, quête désespérée, dans un sens et dans l'autre, inlassablement, comme un métronome perpétuel.

Marée basse. Sur le sable, des algues. Des coquillages. Des crustacés. Des couteaux. La cruauté de la Nature. Pure et simple, celle de l'ordre des choses, inconsciente (ou supra-consciente ?) découlant d'un Hasard (ou d'une Nécessité ?). Et puis celle des hommes, aussi. Celle de l'amusement. Celle de la gratuité.

Parsemant la plage, des mollusques rabattus à terre par la course folle des vagues sur le sable. A marée basse, des couteaux cuisent au soleil, les mollusques quittent leurs coquilles alors qu'ils ne le font peut-être jamais sous l'eau. Vite, sortir des coquilles habituellement protectrices qui sont désormais des prisons, quitter et partir, extériorisation insensée, quitter la coquille pour retrouver la mer, "Où es-tu ma Bien Aimée, pourquoi nous as-tu quittés, toi qui nous apportes la vie, toi qui nous a échoué ici ? Où es-tu, toi qui nous protégeais dans ta douce tiédeur sous-marine de ton frère le Soleil qui nous brûle ici-bas ? Est-ce cela notre destinée, à nous coquillages, tentant de quitter notre corps ? Tout cela pour finir comme nourriture pour les oiseaux et les crabes qui, bientôt, nous rejoindront ? Est-ce cela que tu as voulu nous donner, Ô ma Bien-Aimée, un sens à notre vie, pour que nous endormant doucement sous l'astre du jour, dans ce cimetière des coquillages, nous servions ces créatures qui sont au-dessus de nous dans la chaîne alimentaire ? Mourir pour donner vie, mourir pour servir ? Que tu me manques, ma Bien-Aimée, que tu me manques depuis que tu m'as quitté... Laisse-moi te rejoindre, je t'en prie ! Si je me hisse vers toi, hors de ma coquille, peut-être reviendras-tu m'emporter ? ... ". Et ces coquillages, ces couteaux particulièrement, qui se jettent hors de leurs coquilles, se hissant dans le sable, brûlés par le soleil, dans un acte désespéré, sublime, qui littéralement sortent d'eux-mêmes - une sortie de soi - expression la plus absolue de l'instinct de préservation animal, pour rejoindre cette mer si éloignée d'eux ! Que la Nature semble cruelle - mais semble seulement - lorsqu'elle applique ses lois pour préserver l'ensemble et la vie de tous !

Et puis il y a l'autre cruauté. Celle des hommes. Gratuite. Sans aucun sens. Absurde. Qui n'a qu'un but : l'amusement, le plaisir égoïste.

Mathias écrase des coquillages. Par inadvertance d'abord. Par amusement, ensuite. P. fait de même. Bêtement, je m'émeus du sort de ces coquillages. Je m'émeus de ces animaux dont la conscience si limitée reste une forme de vie comme une autre. Et je vois ces ricanements. Ceux timides de Mathias qui répondent à ceux de P. dans un premier temps. Mais surtout P. qui s'esclaffe, une lueur sadique brûlante dans ses yeux, lorsqu'il joue avec ces coquillages. Le bruit d'écrasement qui se répète, il ne cherche pas à marcher à côté, il cherche à les mettre à mort. Parce que c'est drôle. Surtout lorsque ces "Crac !" des coquilles qui explosent en mille morceaux s'accompagnent de "Spouirch !" des mollusques qu'il éventre, sous le poids de ses chaussures, comme un enfant stupide. Oui, surtout P. qui y prend plaisir. Qui s'amuse à éclater la chair de ces animaux sans défense, avec un rire de dément. Mes protestations agacées l'encourage davantage. P. prend plaisir à me défier. P. me regarde avec un sourire machiavélique en prenant plaisir à achever ces animaux. Par une gratuité qui ne vise pas à abréger des souffrances, mais à en occasionner pour le plaisir de donner la mort. Un égocentrisme monstrueux qui me glace le sang. P. se fiche que cela me fende le coeur. P. se fiche de mes protestations offusquées et s'amuse à tuer pour le plaisir que cela lui procure. P. est un enfant qui joue avec des animaux morts. Et qui joue avec mes nerfs en savourant un double plaisir en me défiant de ses petits actes anodins d'un massacre inutile.

A cet instant précis, une pensée me traverse l'esprit : je ne peux manifestement pas sortir, ni avoir de sentiments, pour un garçon qui est capable de cela.

La pensée est claire et directe, à la juste mesure de la signification que je mets à cet instant dans cet acte absurde que d'aucuns auront vite fait d'écarter d'un revers de main. Je ne peux manifestement pas sortir, construire un couple, quelque chose, avec un garçon qui peut prendre du plaisir de cette manière et qui - au-delà de cet acte - n'est pas en mesure de changer son comportement lorsqu'il constate plus que mon agacement mais carrément ma tristesse, ma compassion de douleur, par l'empathie que je ressens vis-à-vis de ces créatures sans défense. Mon sentiment vis-à-vis de ces coquillages est démesuré et anecdotique, ému que j'avais été de leur sort dans un instant rêveur. Le côté ingénu de ce sentiment pourrait prêter à sourire. Mais l'empathie ne se commande pas. Et - surtout - in fine, ce sentiment passager n'avait pas d'importance. Ce qui était important, c'était ma pensée d'alors, vis-à-vis de P. Une pensée nette, limpide comme de l'eau de roche, sensée, une répulsion immédiate, prégnante, une déception réelle quant à ce garçon que je croyais aimer jusqu'à présent.

Cette pensée ne me quittera plus de la journée, j'y repenserai sans cesse en silence, ne pouvant m'empêcher d'y songer à chaque fois que mes yeux se poseraient sur lui.

C'est à la fin de cette journée que j'aurais dû rompre avec P. Avant qu'il ne le fasse, deux mois plus tard - une heureuse décision, avec le recul. Parce que, définitivement, sans aucune hésitation, je pouvais affirmer lors de cette escapade normande que lui et moi n'étions pas faits l'un pour l'autre. Incompatibles. Des valeurs trop différentes, voire opposées. Les événements récents, peu glorieux, qui m'ont poussé dans l'abîme, ont fini par venir corroborer ce sentiment diffus de cette journée-là, un sentiment qui demeurait toutefois accompagné d'une pensée claire qui aurait dû être irrévocable : inévitable rupture. Comme quoi, cela peut tenir à peu de choses...

Sauf que : un événement en fin de journée m'avait embrumé l'esprit.

Notre amie Célia qui glisse sur des rochers, de la mousse mouillée, des éraflures effrayantes, sanguinolentes, et P. à mes côtés. Mes pensées vont vers lui, le voilà qui tourne de l'oeil, je le sais, le sang, il ne supporte pas cela. Je m'acquitte que notre amie Célia va bien, et je soutiens P., au cas où il se sentirait mal. Oui, il a vu les marques rouges, oui, comme prévu, il a du mal à respirer. Je le soutiens, je suis là pour lui, respire, P., respire, tu te sentiras mieux, concentre toi sur mon regard, tout va bien, concentre toi sur moi, tout va bien, tu restes avec moi, tout va bien. Il tient le coup, je le prends par la main, je le prends par l'épaule, on marche ensemble, sur le bitume, les pieds nus car plein d'un sable qui devra sécher avant de remonter en voiture, une main à sa taille, l'autre qui tient mes chaussures. Je suis son soutien dans cet instant où il se sent mal, dans cet instant où il défaillis, dans cet instant où il vacille. L'affaire des coquillages n'était plus qu'un lointain écho car voilà que je ne pensais qu'à lui et à son bien-être alors qu'il m'exposait béante sa faiblesse.

C'est ce jour-là qu'il aurait fallu rompre. Parce que tout était déjà joué. Je m'en suis rendu compte hier.

Et je me demande même si P. ne l'a pas réalisé lui-même ce jour-là, lui aussi.

Le regard au devant, j'avance doucement ; P., lui, est un fantôme laissé en arrière, le murmure d'un coquillage oublié sur une plage.

(à suivre : Le Pardon et l'Excuse)

jeudi 6 septembre 2007

Je ne t'aime pas, mon amour Dépression nerveuse



Du point de vue de la psychiatrie organicisite, la dépression est un trouble de l'humeur pouvant résulter de l'interaction d'un ensemble de facteurs:

  • biologiques (déséquilibre dans la chimie des neurotransmetteurs du cerveau),

  • psychologiques (intrapsychiques)

  • sociaux (ex : divorce, chômage,etc...).

Dans cette perspective, il s'agit d'un trouble psychiatrique, comportant souvent des risques, pouvant parfois mener au suicide.

Du point de vue épidémiologique, les chercheurs estiment que cette maladie est sous diagnostiquée, sous-estimée et sous-traitée. Elle se manifeste la plupart du temps par une conjonction et/ou une addition de symptômes comme :
  • Troubles du sommeil ;

  • Manque d'énergie, de motivation ;

  • L'humeur triste ;

  • Irritabilité ;

  • Mal de vivre,

  • Etc.

(source : Wikipédia)

Hier soir, la télé de mon père est tombée en panne. Nous sommes donc allés dans un supermarché Carrefour de banlieue niçoise pour aller en acheter une (une 37 cm pour l'instant, qu'on installera dans la cuisine à Noël, lorsque mes parents auront assez d'argent pour se payer un 16/9ème de 102 cm).

Ma douce mère voulait qu'on en profite pour prendre de l'eau et du lait en packs, donc on a pris un caddy. Et c'est moi qui maniais le caddy. Grossière erreur : j'ai crû que j'allais massacrer les gens et faire des meurtres. Je ne supporte pas les hypermarchés avec des caddies !

Mon père a compris que j'étais définitivement sur les nerfs lorsque j'ai littéralement défoncé le caddy qu'un imbécile avait laissé choir à l'horizontal, dans une allée, empêchant toute circulation des autres caddies. Ni une, ni deux, j'ai foncé avec mon caddy dans le sien pour l'écarter violemment sur le côté. Et lorsque mon père a objecté que je devais me calmer, le regard noir que je lui ai lancé a été suffisant pour calmer sa réclamation.

Oui, aujourd'hui, y avait pas intérêt qu'on me fasse chier ou j'allais étrangler quelqu'un !

Ma mère me l'a donc fait remarquer, ce soir. Que j'étais sur les nerfs, en ce moment. "C'est ton régime, ça, non ?" a-t-elle souligné. J'ai acquiescé mais n'ai toujours pas osé lui dire que ma rupture avec P. en était très certainement à l'origine. Ni l'angoisse de ne pas avoir de nouvelles de la part de Dan pour le moment.

Ce matin, en me réveillant, je me suis jeté sur mon téléphone portable pour constater son silence. Et puis, une sombre idée m'est venue à l'esprit : et s'il était arrivé quelque chose à Dan ? Sait-on jamais ?

Alors j'ai dépêché un ami commun à P. et à moi pour jouer le messager. Ce rôle n'est pas vraiment agréable mais, a priori, lorsque j'aurai des nouvelles de Dan et que j'aurai récupéré le double des clefs de mon appartement auprès de P., le problème ne se posera plus et je n'aurai plus à communiquer avec lui.

Mon ami a eu P. au téléphone. Apparemment, Dan est très occupé, en ce moment avec son boulot, toute la semaine (bossant de 7h à 20h et se couchant à 21h), et ce n'est guère étonnant que je n'ai pas de ses nouvelles. Selon P., Dan s'apprêterait à me contacter prochainement, m'envoyant un mail ou me passant un coup de téléphone.

Encore une fois, je dois patienter en me rongeant les sangs. Cela m'a rassuré dans un premier temps et j'ai été euphorique en début d'après-midi (qui a dit : "cyclothymie" ?). Et puis, j'ai commencé à psychoter à nouveau : m'envoyer un mail ? Cela ne ressemble guère à Dan. S'il veut m'envoyer un mail, c'est qu'il a quelque chose d'important à dire. Le mail, pour Dan, dans ses relations amicales, cela a toujours été très solennel. Je me souviens d'une "rupture" avec un de ses ex qu'il avait consommé par mail, lui souhaitant "une mort longue et douloureuse" (fin de citation).

Du coup, qu'est-ce que cela veut dire ? Dan s'apprête-il à me dire :
  • "Oui, P. vient finalement à Toulouse mais il n'y a rien entre nous, j'espère que tu t'es calmé depuis l'autre jour",
  • "Non, P. ne vient pas à Toulouse mais je t'en veux pour ça",
  • "Oui, P. vient à Toulouse, le reste ne te regarde pas et je ne veux plus de contact avec toi",
  • "Oui, P. vient à Toulouse, j'ai des sentiments pour lui, on va essayer quelque chose et je ne veux plus de contact avec toi",
  • "Oui, P. vient à Toulouse, j'ai des sentiments pour lui, tu devras faire avec si tu veux encore de mon amitié".

En clair : retour à la case départ. Parce que, finalement, si Dan ne me recontacte pas malgré son boulot, je n'arrive pas à m'empêcher de penser qu'il doit se dire quelque part : "Notre discussion va être prise de tête et prendre du temps.".

Comprendre donc que ce qu'il a à me dire aura sûrement du mal à passer avec moi. D'où la nécessité d'autre chose qu'un simple coup de fil pour me rassurer malgré mes nombreux messages désespérés.

Ce qui compte le plus pour moi, dans cette histoire, est l'amitié de Dan. Mais j'avoue que s'il a des sentiments pour P. et qu'il compte effectivement les vivre, cela me retournera définitivement le coeur. J'avoue aussi que ce qui me soulagerait le plus serait qu'il me dise que P. ne vienne pas le voir.

Ne reste plus qu'à attendre, encore une fois. Et à me ronger les sangs en attendant.

Il me suffit de me coucher tôt ce soir pour me préparer à l'opération de demain. Sauf que, comme je suis sur les nerfs, je sens que je vais avoir du mal à m'endormir.

Je n'en ai jamais pris mais j'aurais dû me faire prescrire du Lexomyl par mon médecin...

PS : Merci, Orpheus. Ton billet m'a fait chaud au coeur et est de très bon conseil. Par la situation présente, je pêche simplement par l'erreur que j'ai commise début juillet : j'aurais dû rompre immédiatement tout contact et ne pas présenter P. à Dan, surtout le lendemain de ma rupture (même si j'avais prévu leur rencontre). C'est là une erreur que je tâcherai de ne pas commettre à nouveau, dans une relation ultérieure.

mardi 4 septembre 2007

Je ne t'aime pas, mon amour Fin d'un amour, fin d'un ami ?



Angoisse. Terrible angoisse. Il ne m'a toujours pas rappelé. Est-ce que notre amitié est finie ? Est-ce que je suis allé trop loin ?

Retour en arrière.

Il y a à peine plus d'une semaine, dimanche, j'appelle mon ex, P., au téléphone. Il m'avait téléphoné pour mon anniversaire mais j'avais prétexté ne pas pouvoir répondre, être au boulot, et lui avais dit que je le rappellerais plus tard. Je l'ai fait deux jours après, samedi, peu de temps avant un rendez-vous chez le coiffeur, histoire d'avoir un alibi pour écourter la conversation.

Conventions d'usage, alors la vie ça va, merci de m'avoir souhaité mon anniversaire, oui j'ai fait une soirée avec des amis, oui tout va bien, je te laisse, j'ai rendez-vous chez le coiffeur.

Dans mon esprit se profile l'idée que je ne pourrai pas avoir une relation amicale avec P. Ce n'est pas possible. Je lui en veux encore pour ce qu'il m'a fait, je lui en veux encore de m'avoir trahi, je lui en veux encore de m'avoir dit "Je t'aime" et "Fais moi confiance", juste avant de m'interdire de lui dire "Je t'aime" et de revenir sur sa confiance. Je lui en veux aussi d'avoir décidé, un mois après notre rupture, par téléphone, par couardise, de "ne plus coucher ensemble" alors que nous continuions de le faire. Nouvelle sensation de trahison, nouvel énervement, mais décision saine, sans doute. "Restons amis".

Je lui promets de le rappeler le lendemain. Le dimanche. Pour qu'on discute un peu plus.

A cet instant, j'ai bel et bien en tête l'idée qu'il vaudrait mieux que nous ne nous fréquentions pas plus que cela. Une relation courtoise, oui, une relation de sympathie, peut-être, une relation amicale, cela me semblerait déjà plus difficile.

Je ne m'imagine pas une seule seconde développer une relation d'amitié avec lui. Pas comme avec Dan, mon ami toulousain. Dan, c'est un ami depuis quelques années. L'essentiel de notre relation est téléphonique mais nous nous apprécions énormément. Nous nous sommes vus quelques fois, je l'ai hébergé à Paris, il m'a hébergé à Toulouse. Il est homo, comme moi, et célibataire. Pourtant, jamais il ne me serait venu à l'idée de sortir avec lui. Non pas qu'il soit laid, loin de là, mais plutôt que notre amitié m'apparaît telle que l'amour n'y a pas sa place. Je lui fais complètement confiance ; cette confiance est d'ailleurs réciproque.

Je ne parle pas de Dan par hasard.

Dimanche dernier, disais-je, j'ai eu P. au téléphone. Conventions d'usage, je me sens mal à l'aise avec lui, je ne sais pas vraiment quoi lui dire, j'essaye de meubler la conversation. Qu'elle est lointaine l'époque de cette complicité où nous restions des heures au téléphone sans voir le temps s'écouler ! Désormais, les secondes me semblent s'étirer comme de longues minutes, et l'angoisse du silence se fait retentir.

"Quand reviens-tu sur Paris ?", me demande-t-il. Je ne sais pas. Aux alentours du 10 septembre, je pense. "Ce serait bien que l'on puisse se voir à ton retour. Au moins pour une soirée. Entre le 10 et le 12." J'hésite et lui réponds qu'on verra. "Oui, tu verras bien, enfin, ça serait bien qu'on se voit", ajoute-il, en balbutiant, se rendant compte d'un malaise de ma part.

Et là, il assène la phrase assassine :

"En fait, je vais descendre 10 jours dans le Sud, chez Dan. Je voulais t'en parler avant de prendre les billets."

Dépressurisation. Re-pressurisation. Angoisse. Enervement. Colère. Douche froide. En quelques secondes seulement.

"Tu fais ce que tu veux, tu es un grand garçon", répondès-je, faussement indifférent.

"Ah, heu... mais heu, je demandais pas ta permission, hein ! Je voulais juste t'en parler...", se rattrappe-t-il.

Oui, c'est ça. Tu ne demandais pas ma permission mais tu voulais m'en parler avant de prendre les billets. Ben tiens.

J'écourte la conversation, je raccroche. A peine raccroché, je compose le numéro de téléphone de Dan. Portable, téléphone fixe, SMS, rien n'y fait. Son téléphone reste irrémédiablement silencieux. Mon univers s'écroule.

Je ne sais pas encore le pourquoi du comment mais une boule de souffrance vient me déchirer le ventre. Je suis soudain pris de nausées. Je cours aux toilettes, tente de vomir dans la cuvette, n'y arrive pas. Normal : ces nausées sont celles du coeur, pas celles du ventre. C'est le coeur qui vomit ses tripes en ce moment ; pas mon estomac.

Dan et P. se connaissent depuis un mois environ. Quelques jours après ma rupture avec P., je l'ai présenté à Dan qui était de passage à Paris. Ils ont sympathisé, j'ai donné l'adresse MSN de P. à Dan en rechignant un peu, puis ils se sont donné leurs numéros de téléphone. Bien qu'ayant piqué quelques crises de jalousie à Dan sur ce sujet, celui-ci écartait toujours mes griefs d'un revers de main : "Arrête un peu, Phil : P. n'est qu'un copain, rien de plus. Cela ne va pas plus loin.", "Oui, mais je sens que lui va tomber amoureux de toi !", que je clamais. Et lui de rire en m'affirmant en douter fortement. Je finissais par dire : "C'est simple, si tu sors avec lui, je te tue", avec le plus grand sérieux du monde.

La naïveté de Dan est parfois affligeante.

Le dimanche est passé. La journée du lundi, éprouvante au boulot, est habitée d'une angoisse grandissante. Je ne pense qu'à cela. Je ne pense qu'à cette venue de P. à Toulouse pour passer quelques jours chez Dan. Je me sens poignardé au coeur, et le silence de Dan au téléphone tourne quelques fois de plus le couteau dans la plaie.

Je finis par l'avoir le soir. Il ne voyait pas où était le mal. Il pensait que j'avais passé à autre chose. C'est P. qui a demandé à Dan de s'incruster à Toulouse, pas Dan qui l'a proposé. Dan a accepté de l'héberger ; il l'a déjà fait avec des amis : j'en suis la preuve vivante. C'est en toute amitié que ceci se passe. Mais moi je ne vois pas cela d'un très bon oeil. Je me sens trahi. Dan est désolé mais ne sait pas quoi dire. Il ne peut quand même pas annuler alors qu'il ne s'agit que d'une relation amicale ? "Je suis désolé, peut-être que je n'aurais pas dû sympathiser avec lui ; mais maintenant, c'est trop tard, non ?", m'indique-t-il. Je ne peux qu'acquiescer et je suis mortifié.

Mortifié d'avoir présenté P. à Dan et Dan à P. Mortifié de ne pas avoir écouté mon intuition lorsque je rechignais de donner l'adresse MSN de P. à Dan lorsque ce dernier me l'avait demandé. Mortifié d'avoir fait confiance à P. une fois de plus, et encore une fois de trop, dans cette histoire. Pourquoi n'ai-je pas écouté mon intuition ?

Je rappelle P. dans la foulée. Je lui dis ce que j'ai sur le coeur. Non, je ne vois pas cette venue à Toulouse d'un très bon oeil. Oui, je considère que c'est une intrusion dans ma vie privée. Oui, Dan est un ami, et je n'aime pas cet intermède toulousain fut-il amical. Cela ne se fait pas. Pas quand on est un ex. Pas après une rupture douloureuse.

Et P. de m'avouer alors - un nouveau poignard est planté dans le dos :

"Tu sais, Dan me plaît vraiment beaucoup. Et si je veux descendre à Toulouse, c'est pour voir s'il est possible de faire quelque chose et de vivre quelque chose avec lui."

Explosion de colère. J'accable P. de tout mon ressentiment enfoui.

Traître. Être abjecte. Et tu voulais qu'on soit amis. Ma confiance a été trahie une fois de plus. Aucun respect pour les sentiments des autres. Il existe des milliers de mecs sur la Terre et il faut que tu dragues, comme par hasard, mon meilleur ami. Tu as besoin d'une psychanalyse. Quand tu auras assez de couilles pour avouer à ta psy que tu es homo, elle acceptera de commencer ta psychanalyse et ça te fera du bien. Cela devient plus que nécessaire, c'est indispensable. Il faut que tu te fasses soigner. Tu es malade, P., malade. Tu fonctionnes dans tes relations amoureuses et sentimentales comme un adolescent qui teste des relations interdites. Pour se faire plaisir en se faisant frissonner. Dans ton plaisir égoïste sans respect pour ce que ressentent les autres. Tu ne me respectes pas. Tu ne respectes pas les barrières sociales. Tu te fous de tout. Tu as voulu m'avertir pour ces billets de trains, mais tu m'affirmes que même si je n'étais pas d'accord, tu les aurais pris quand même. Tu tentes de donner une transparence honnête à tes actes en les déclamant. Mais la véritable honnêteté n'est pas dans le verbe, elle est dans l'action. Et tes actions s'exposent ainsi au plein jour dans leur opacité toute malsaine. Je t'exècre.

Et lui d'avouer qu'il sait tout cela. Qu'il avait conscience que cela me ferait souffrir. Mais que "j'aime beaucoup Dan et que je rencontre suffisamment peu d'homos dans ma vie pour ne pas tenter le coup dès que j'en ai l'occasion" (fin de citation).

P. est un adolescent égocentrique qui se joue et se fout des sentiments des autres.

Je l'exècre. Je le hais. D'un amour profond et sincère, je suis passé par une vague phase d'indifférence nostalgique avant de sombrer dans la haine la plus féconde.

Quelques violences plus tard qu'il écoute religieusement sans raccrocher et en jouant la carte du "Oui, tu as raison, je suis un monstre, j'en ai conscience", je finis par raccrocher le téléphone. J'ai à cet instant le secret espoir qu'une fois abandonné, il s'est mis à pleurer de honte autant que moi j'ai pleuré de rage.

Je rappelle Dan dans la foulée. Lui résume la conversation avec P. en environ 30 secondes et lui assène que P. a des sentiments pour lui. Et que s'il sort avec P., je ne veux plus jamais entendre parler de lui. Chantage affectif sous le coup de la colère.

Dan ne réagit pas très bien. Il me répond que je dois d'abord me calmer avant qu'on puisse discuter. Qu'il ne supporte pas le chantage affectif. Qu'il aurait préféré ne pas savoir que P. a des sentiments pour lui. Que ce n'est pas correct de ma part de lui raconter notre conversation car cela nous concerne nous et pas lui. Je lui réponds en colère que j'en ai marre des faux semblants, que j'en ai marre des choses qui ne sont pas dites, que je veux la Vérité, que je veux qu'elle s'incarne, qu'elle s'exprime, quitte à ce que sa lame tranchante vienne couper les veines et les têtes. A cet instant, je sens qu'il est sur le point de raccrocher, j'éclate en sanglots, lui demande de m'excuser, qu'il a raison, que je n'aurais pas dû, que je dois me calmer.

Il m'explique, doucement, qu'il n'avait pas conscience des sentiments de P. Qu'il ne sait pas, du coup, ce qu'il va décider, pour la venue de P. à Toulouse. S'il faut annuler sa venue ou pas. Qu'il en discutera avec lui. Qu'il va falloir qu'il prenne une décision. Qu'il a besoin d'y réfléchir, qu'il n'avait pas envisagé cela. Qu'il me tiendra au courant, de toute façon, même si ce n'est pas de façon quotidienne. Il n'apprécie pas ma réaction mais il dit qu'il la comprend ; que lui voulait dans tout cela un peu de simplicité, que moi je voulais un peu de transparence, et que manifestement ni lui ni moi ne sommes satisfaits. Il tente de m'appaiser, j'aime beaucoup Dan, c'est un ami.

Les jours passent. Le mercredi se profile. L'angoisse est toujours aussi présente et, avec elle, son terreau de prédilection - la fatigue nerveuse (due au boulot où je fais des horaires décalés et ne parviens à trouver le sommeil). Je réfléchis à tous les moyens pour faire souffrir P. Je réclame ma vengeance.

En attendant, j'envoie un SMS à Dan que je n'ai pas eu depuis le lundi soir.
Salut. Lorsque tu auras des nouvelles, je te demande de ne pas m'en faire part avant dimanche. En fait, je voudrais finir mon boulot avec des horaires à la con où je dors 3 heures par nuit. Parce que, depuis samedi dernier, j'ai les nerfs à vif et j'ai tendance à très vite péter les plombs. Et puis, samedi, c'est le mariage de ma copine Tatiana, que je voudrais passer dans les meilleures conditions. Merci d'avance, bisous, Phil.
Les jours passent, je discute de la situation avec différent(e)s ami(e)s, je prends des opinions, tente de justifier ma réaction sans doute démesurée, sens toujours ponctuellement cette angoisse me soulever le coeur.

Je découvre alors la véritable signification du proverbe pascalien : "Le coeur a ses raisons que la Raison ignore". Je pensais que cela signifiait que, lorsque le coeur entrait en jeu, ses raisons devenait prioritaires et effaçaient toute la réflexion de la Raison. En clair, que le coeur rendait la Raison aveugle. Je comprends alors que c'est bien pire que cela : il est tout à fait possible d'avoir intellectuellement un raisonnement sensé, d'en comprendre la portée, d'avoir des conclusions logiques particulières mais - EN MEME TEMPS - de voir les raisons du coeur irrationnelles s'imposer d'elles-mêmes face à ces conclusions intellectuelles froidement établies. En clair, comme si le Coeur disait : "Oui, j'ai bien entendu ce que dit la Raison mais cela ne me concerne pas, voici ce que j'ai à dire, et tu vas souffrir pour ça."

Là réside sans doute la petitesse des hommes et le comble de la condition humaine. Souffrir doublement. D'abord en souffrant, puis en se rendant compte que l'on souffre pour de mauvaises raisons. Et d'être impuissant face à cela.

Les jours passent, j'élabore de nouvelles façons de me venger de P. :
  • lui réclamer son test de dépistage effectué en mai, que je n'ai jamais vu ; je lui faisais confiance, jusqu'à présent. Désormais, je pense le lui demander, pour le rabaisser. En justifiant : "Je te faisais confiance, jusqu'à maintenant ; désormais, je voudrais voir ce test. Puisque tu as trahi ma confiance, peut-être l'as tu trahi ici aussi ?"

  • l'appeler pour qu'on se voit, lui réclamer le double des clés de mon appartement que je lui ai laissé au cas où, ne dire que cela "Les clefs de mon appart", les récupérer, tourner les talons et ne rien dire d'autre pour le laisser dans l'expectative ;

  • lui donner le carnet de l'éphémère où je marquais que je l'aimais, non sans avoir ommis d'y ajouter une dernière entrée où les "Je t'aime" sont devenus des "Je te hais", ainsi exposés dans toute la simplicité de ces mots assassins.

  • me rendre à des soirées d'amis communs où il se trouvera, faire comme si de rien n'était, mais y aller avec un t-shirt imprimé avec une photo de son visage et un texte en-dessous indiquant : "Mon ex m'a trahi" ou "Ce garçon est abjecte, traître, inconscient, malade (aucune mention inutile)".

Le mariage de ma copine Tatiana pour lequel je suis témoin se profile. C'est une réussite. Je m'amuse, m'éclate, tout se passe bien. Je suis ému, j'ai passé un merveilleux moment - enfin un mariage où je ne me suis pas fait chier - et je me retrouve le dimanche.

J'ai réfléchi, j'en ai encore parlé à d'autres personnes, je me sens relaxé et un peu plus apaisé. Une angoisse me prend : on est dimanche, Dan va me recontacter pour me tenir au courant. J'attends son coup de fil, il ne vient pas, je tente de l'appeler le soir, en vain.

Je me dis qu'il est de sortie. Je réessaye le lendemain, lundi, dans la journée. Sur son portable. Il est au boulot mais, parfois, il répond. Pas cette fois. J'insiste un peu, finis par laisser un message sur le répondeur :
Je prends des nouvelles, le mariage était génial, j'ai très envie de partager ça avec toi, et puis il faudra que tu me parles un peu de ce que tu sais car je voudrais savoir un peu comment réagir.
En vain. Je le rappelle le soir chez lui, son téléphone fixe sonne occupé. Je le rappelle sur le portable, il ne répond pas. Une demi-heure plus tard, je rappelle sur le fixe, il sonne cette fois dans le vide. Et le portable ne répond toujours pas.

Je lui envoie un SMS, vers minuit :
Tu es sans doute de sortie, mais tu aurais pu me rappeler, ne serait-ce que pour me dire que tu me rappellerais un autre soir ; tu sais que je tourne un peu en rond en ce moment, bisous, Phil PS : appelle-moi ;-)
A tout cela s'ajoute le fait que je risque de me faire opérer jeudi. Des yeux. Chirurgie au laser pour me débarrasser de mes lunettes. J'ai appris ça dans l'après-midi, une angoisse terrible me prend alors que je m'y prépare depuis plusieurs années. J'aimerais tant parler à Dan.

Je me réveille en sursaut ce matin. Je me jette sur mon téléphone. Dan n'a pas essayé de me recontacter. Je renvoie un SMS, inquiet :
Salut, Dan. J'aimerais bien t'avoir au tel (oui, j'insiste, tu connais ma pugnacité). Je me fais opérer jeudi et je suis en train de me décomposer d'appréhension. Ce soir, je vois mes grands-parents donc je ne sais pas si je pourrai parler au tel. Et mercredi soir, je vais me coucher tôt pour l'opération du lendemain, justement. Donc, si tu as quelques minutes à m'accorder aujourd'hui, ça me ferait du bien de te parler. A plus tard, j'espère. Bise, Phil.
Et je n'ai toujours aucune nouvelle.

L'angoisse me prend. Je me rends compte que toute cette histoire avec P. importe de moins en moins. Il m'a trahi, c'est une chose. Peut-être Dan m'a-t-il trahi aussi, je ne sais même plus si ce terme veut encore dire quelque chose. Mais une chose est claire : je ne veux pas perdre l'amitié de Dan. Elle est trop précieuse à mes yeux. Elle est trop importante, pour moi. Oui, je suis prêt à faire les sacrifices nécessaires. Non, je ne veux pas le perdre. Je me rends compte que c'est tout ce qui compte.

L'angoisse de la perte de cette amitié devient plus forte. Plus forte que tout sentiment de possessivité, de jalousie ou de fierté. De ces sentiments-là qui m'ont sans doute fait réagir ainsi une semaine auparavant, vis-à-vis de P. et de son utime trahison en me plantant un poignard dans le dos.

Angoisse. Terrible angoisse. Il ne m'a toujours pas rappelé. Est-ce que notre amitié est finie ? Est-ce que je suis allé trop loin ?

Dan... Rappelle-moi... Je ne veux pas te perdre...

dimanche 29 juillet 2007

Je ne t'aime pas, mon amour Des maux d'amour



Il n'est pas forcément évident de parler d'une relation lorsqu'elle commence à peine. Il n'est pas forcément évident non plus d'en parler lorsqu'elle vient de s'achever. Mais je crois qu'il est encore moins évident d'en parler lorsqu'on ne sait pas si elle commence, si elle s'achève ou si elle se poursuit.

Revenons en arrière.

Tout est une histoire de mots. En amour peut-être bien plus qu'ailleurs. Car comme le disait Christian Bobin, "peut-être ne tombe-t-on amoureux que pour enfin commencer à parler" (ah que j'aurais aimé être l'auteur de cette phrase). Je pensais en avoir mesuré tout le sens, je me suis rendu compte ces derniers mois que je m'étais trompé.

Ma relation avec P. s'entamait à peine. Nous nous sommes vus, nous nous sommes appréhendés. Nous avons appris à apprivoiser nos corps, à découvrir nos plaisirs, à flirter avec nos défauts si invisibles de prime abord. Et puis, tout s'est précipité. Des mots de sa part, "je t'aime", venant jeter un froid dans mon esprit, et puis les mêmes mots de ma part, "je t'aime", pour me réchauffer le cœur.

Je t'aime. J'ai envie de faire l'amour avec toi. Je veux être avec toi. Quand tu n'es pas là, tu me manques. Quand je viens de baiser avec toi et que je n'ai plus de désir sexuel pour toi, je te sens près de moi, j'aime ta chaleur qui me réchauffe, j'aime ton odeur qui m'enivre, j'aime ton souffle sur ma nuque quand tu te blottis contre moi au creux de la nuit. Je t'aime.

Quelques projets de sorties, ici ou là, lui qui parle d'emménager ensemble, peut-être, un jour, qui sait, non il ne veut pas d'enfants, moi j'en voudrais bien, mais qui sait, peut-être, un jour, et nous partirons en vacances ensemble, et cela sera bien, et je voudrais te faire découvrir les lieux où j'ai grandis, ces rues pleines de souvenirs et de fantômes, ma mère t'appréciera, tu verras, me disait-il.

Fin mai. Nous sommes ensemble. Il m'aime. Je l'aime. Nous nous le disons. Jamais en même temps. Toujours tour à tour.

Et puis, une décision à prendre. On me propose de travailler tout le mois de juin à Nice. J'hésite. Je lui demande ce qu'il en pense. S'il pense que cela va être difficile pour lui. Si, honnêtement, il pense que c'est une bonne chose pour notre relation qui commence à peine, depuis quelques semaines concrètement, depuis quelques mois dans l'absolu. Il me dit qu'il en sera triste mais qu'il faut que je parte parce que c'est de l'argent, et que je reviendrai en juillet, et que même s'il travaillera on se verra, et que je redescendrai en août, mais que ce n'est pas grave, on se verra.

Je pars à Nice début juin. Je l'ai au téléphone tous les jours, comme à notre habitude depuis notre rencontre, à la fin janvier. Nous ne parlons pas beaucoup mais je suis fatigué du boulot car je me lève tôt et me couche tard. Une semaine passe.

Une étrangeté se fait jour. Il ne veut plus que je lui dise les mots. "Je t'aime". Il commence une psychothérapie. Cela le désarçonne, on dirait. Je ne sais pas ce qu'il a en tête. "Ne me dis plus je t'aime", m'assène-t-il. Je lui réponds que, lorsque je le dis, je le pense et que ce ne sont pas des paroles en l'air. Mais lui ne les dit plus. Et me dit que cela l'étouffe. Qu'il faudra qu'on en discute à mon retour. Qu'il ne veut pas en parler au téléphone. Qu'il est mal à l'aise quand il m'entend dire ces mots. Je lui demande s'il veut qu'on rompe. Mon cœur bat très fort, je ne comprends pas très bien. Il me répond que non. Qu'il est bien avec moi et ne veut pas rompre. Mais que "je t'aime" sont des mots qu'on dit trop souvent à la légère.

Alors, je me retiens. Tous les jours, pendant un mois, je ravale ma salive lorsque je veux lui dire. Tous les jours, toutes les heures, j'y pense, sans cesse. Cela me frustre. Lorsque j'aime - et je découvre que peut-être avant lui je n'ai jamais aimé - je veux dire ces mots. Parce qu'ils expriment dans leur simplicité banale une vérité profonde. Dans l'instant, un mot simple qui vient exprimer du vrai. Pur et simple. Sans arrière pensée. Sans détour. Directement. Dans le plus simple appareil. "Je t'aime". Des mots de foudre qui ébranlent les montagnes par le bruit assourdissant qu'ils font quand je les prononce.

J'attends quelques jours pour les lui dire alors que ce feu soudain couvé me brûle la poitrine. Il ne veut toujours pas les entendre. "Ne dis pas ça, Phil.". D'ailleurs, il ne les dit plus lui-même.

Je hurle intérieurement. Je hurle comme un écorché vif qu'on aurait rendu muet. Je me dis que je veux rompre avec lui. Rompre par amour. Parce que tout cet amour qui veut sortir de moi ne peut pas lui être donné. Parce qu'il ne veut pas de cet amour. Je veux rompre avec lui par amour.

Mais je ne le fais pas. Je me dis que ce n'est pas une solution. Alors je me tais en sons. Et je prends ma plume. J'y pense un matin dans un bus, en allant au boulot. Il ne veut pas entendre ces mots ? Soit : je les coucherai sur le papier. Dans un petit carnet. Un carnet de l'éphémère. Chaque fois que je voudrai les lui dire, je l'écrirai dans ce carnet. Peut-être lui donnerais-je un jour, me dis-je. Peut-être pas. En attendant, c'est la meilleure solution.
Je t'aime - 28/06/07 - 7h40
Dans le bus qui me mène au boulot.
J'imagine cette idée de carnet pour tordre le coup à ma frustration.

Et je rentre à Paris. Et l'on finit par se voir. Pour une dé-pendaison de crémaillère qui préfacera un déménagement qu'on fera d'ailleurs ensemble.

J'essaye de lui montrer que je ne suis pas content, même si je suis content de le voir. Etre malheureux d'être heureux de le voir, en somme. Il finit par dormir chez moi. On couche ensemble. Je saisis mon carnet dont quelques pages sont déjà garnies et j'écris.
Je t'aime - 01/07/07 - 7h30
Dans mon lit.
Je me réveille, te regarde dormir, je souris et me rendors.

L'angoisse grandit, je le sens s'éloigner.
Je t'aime - 01/07/07 - 10h30
Dans mon lit.
Je viens de faire un rêve où je te perdais - ça m'a réveillé. J'ai envie de te prendre dans mes bras mais tu dors encore ; tant pis.

Les jours passent, je pense à lui, sa présence me manque. J'ai envie de pleurer. Et cette angoisse grandissante sur son éloignement. Et toujours son refus que je lui dise les mots. Je tiens bon et continue d'écrire.
Je t'aime - 04/07/07 - 22h10
Allongé sur le plancher, chez M.
J'ai bu un verre de Muscat de trop ; je pense à toi, je vais te voir demain après-midi à ta sortie de chez le psy - j'espère que tu te sentiras bien… Et le plafond de M. ressemble à de la meringue. Et cela me fait penser que je n'ai jamais demandé si tu aimais la tarte au citron meringuée. L'amour au quotidien, cela tient vraiment à peu de choses.

Le 5 juillet se précipite. Il vient me voir. Il reste habillé. Je le vois hésitant. L'angoisse irrationnelle est à son comble, je ne supporte plus cette situation, il ouvre la bouche. Il balbutie quelques mots, se rétracte, j'insiste pour qu'il parle, qu'il me dise ce qu'il a en tête, toujours ces mots qui reviennent.

Cette fois, ils font mal. Voilà donc pourquoi il ne me les disait plus.

Je souris, partagé entre la tristesse et le soulagement, enfin ce qui devait être dit a été dit, nous couchons ensemble juste après.
Je t'aime - 05/07/07 - 23h30
Chez moi.
Nous avons rompu cet après-midi. Je dois dire que je m'y attendais. Peut-être que nous serons tous les deux amis dans les semaines à venir. Au début, après la rupture, j'étais soulagé ; là, je m'inquiète. Je sens une boule au ventre à laquelle je n'avais pas été confronté auparavant ; je crois que je t'aime encore. Est-ce que je vais arriver à gérer cette nouvelle relation avec toi. ? Pourquoi me manques-tu autant ? Et surtout : que va-t-il advenir de ce carnet ?

Le carnet devient silencieux pendant quelques jours. Nous nous revoyons à plusieurs reprises : nous ne sommes plus des "amoureux", désormais, disent les mots. Nous sommes des "amis", de ce qu'en dit le dictionnaire.

Et à chaque fois que nous nous voyons, nous couchons ensemble. En "amis".
Je t'aime - 11/07/07 - 18h20
Chez moi.
Ce soit, je te vois. Tu auras du retard à cause de ta psy. Cela va faire une semaine que nous avons rompu. J'ai pensé plusieurs fois à te dire " je t'aime ", cette semaine. Mais je voulais être sûr avant de l'écrire à nouveau sur ce carnet. Oui, je crois bien que je t'aime. Différemment, désormais. Mais je t'aime. Tu me manques. Surtout lorsque je te vois.

Le carnet retombe dans le silence. Nous nous voyons encore quelques fois. A plusieurs reprises. A nouveau, nous couchons ensemble. Tu me manques. Je ne sais plus si je t'aime. Je l'ai oublié. Ces mots m'ont échappé. Je n'arrive plus à les dire parce que tu m'en as empêché pendant trop longtemps. Et maintenant, je ne sais plus les prononcer. Et je ne sais plus s'ils veulent dire quelque chose.

Ces mots ont été pressés comme des citrons et ils n'ont plus de jus. Ils sont vides. Vides de leurs sentiments. Mais où est donc passé ce jus si acide qui agrémentait mon quotidien d'un peu de joie ?

Entre nous, les mots "amour", "ensemble" et "couple" n'existent plus. Peut-être qu'ils te faisaient trop peur. Cela fait peur, un mot, parfois. Alors, ils ont été remplacés par "affection", "sexe" et "amitié". Et pourtant, dans les faits, qu'est-ce qui a vraiment changé ? Cette "liberté" de pouvoir rencontrer quelqu'un d'autre ? Cette liberté que tu réclamais tant et dont je ne t'ai pourtant jamais privé ?

Et voilà qu'à nouveau, hier, tu te reposes des questions. Moi parti, tu profites de mon absence pour fixer des choses de ton côté. Pour prendre une nouvelle liberté vis-à-vis de moi, pour ronger la mienne encore une fois, un peu plus.

Voilà que, à mon retour en septembre, tu ne voudras plus que l'on couche ensemble. "Pour t'aider à passer à autre chose", m'as-tu dit. Alors que tu as encore du désir pour moi, avoues-tu. Et que moi j'en ai pour toi.

"Ah, c'est donc pour ça qu'on ne couche plus régulièrement avec un ex, normalement ?", dis-je à une amie au téléphone.

Ô mon non-amour... Crois-tu que je t'ai attendu ? Pour qui me prends-tu ? Est-ce que j'aurais dû te parler de ces garçons rencontrés avant mon départ de Paris ? De ces garçons avec qui j'ai voulu coucher et dont je ne me suis pas privé ? Crois-tu que je sois si dépendant que cela de toi ? Pour qui me prends-tu ? Quels sont ces mots qui te hantent et dont tu as si peur ? Qu'est-ce que tu veux, exactement ?
Je t'aime - 26/07/07 - 2h00
Dans mon lit, à Nice.
J'ai du mal à trouver le sommeil. Je repense à ce dernier garçon que j'ai rencontré à Paris avant de partir. J'ai couché avec lui la veille de mon départ. Il a tout pour plaire : il est beau, drôle, il a 20 ans, est passionné de politique et il baise bien. Oui mais voilà, il a un gros défaut : il n'est pas toi. Tu me manques.
Et j'ai hâte de te revoir en septembre.

Non, je ne t'aime plus. Car ce mot "amour" n'a plus le droit d'être dans ma bouche. Tu l'en as arraché lorsque tu m'as fait découvrir ce sentiment qui allait avec. Tu me demandais que je te fasse confiance malgré mes réticences. Et voilà que tu trompes ma confiance à peine ai-je accepté de te la donner. Et que tu rognes ma liberté en réclamant la tienne. Loué soit l'égo tant de fois retrouvé ?

"Je t'aime". Les mots magiques. Tu as été le premier à les dire. Tu serais le premier à les taire.

Ne reste que le silence.

vendredi 18 mai 2007

Je ne t'aime pas, mon amour Amour toujours ?



Est-ce que je suis amoureux ?

Je n'arrête pas de me poser la question… Pourquoi les sentiments changent selon les jours, selon les heures, selon les instants ?

Il est de retour en France. Le voici, ce garçon. Il est de retour en France ; hier, en tout cas. Il est de retour mais il est reparti. Le voilà déjà au loin, pour un peu plus de 10 jours, accompagnant sa maman en Chine et au Tibet.

Je ne l'ai vu que pendant 48 heures. 48 longues heures à le dorloter, à l'enlacer, à l'embrasser. Faire l'amour avec lui, aussi. Découvrir ses imperfections que je ne connaissais pas alors que je l'aimais déjà.

La première chose qui m'est venue à l'esprit, lorsque je l'ai vu, sur le pas de ma porte, était surprenante. Même si elle était prévisible ; seulement, je ne voulais pas la prévoir. J'ai pensé : " Oh, il n'est pas aussi beau que ce que j'avais escompté ". Etrange pensée qui est venue se glisser dans mon cœur comme une graine sombre d'insatisfaction perpétuelle.

Je ne savais pas comment lui dire bonjour. Lui serrer la main, c'était hors de question. Le prendre dans mes bras, nous en avions très envie tous les deux, mais n'était-ce pas un peu étrange pour un premier contact ? Bon, eh bien, l'embrasser, alors ? Mais comment ? Sur la joue, comme un vieil ami ? Sur la bouche, comme un vieil amant ?

Je n'ai pas su comment le faire. Alors je lui ai fait deux bises. A chaque commissure de ses lèvres. Et puis, nous nous sommes très vite pris dans nos bras, nous avons croisé nos lèvres et nous nous sommes retrouvés apaisés.

Voilà, nous y étions. Découvrir nos corps et leurs imperfections. Découvrir nos défauts respectifs. Apprivoiser nos enveloppes charnelles. Et voir si nous pouvions retrouver celui qui se cachait derrière. Le garçon qu'on avait envie de voir. Celui qu'on connaissait chacun depuis plus de trois mois. Dans la virtualité si réelle qui manquait tant de concrétude.

Concrètement, physiquement, il me plaisait moins que ce que j'espérais. Etrange découverte alors que je m'inquiétais plutôt du fait de savoir si - moi - j'allais lui plaire. Peut-être a-t-il pensé la même chose que moi, d'ailleurs. Oui, sans doute. " Alors, c'était - ça - le garçon dont je rêvais depuis trois mois ? ".

Depuis, il est reparti. Depuis, il me manque. Mais pas tout le temps. Et pas autant que je m'attendais ; pas autant que je l'aurais espéré.

Il faut dire qu'au terme des premières 24 heures, quelque chose s'est précipité. Nous sommes sortis au-dehors. A minuit. Acheter du tabac pour lui. Nous promener sur les quais de la Seine. Sous la pluie. Main dans la main. A nous embrasser publiquement au milieu des ombres dansantes. Choquant ici et là quelques regards de passants tardifs.

Et l'instant est arrivé. C'était sous la pluie, ma main dans la sienne, alors que nous essayions d'aller voir du côté de la Gare d'Austerlitz si un tabac était ouvert. A un moment donné, dans cette gare vide, je l'ai regardé et j'ai senti une chaleur m'embuer les yeux. Un sourire irrépressible m'a déformé le visage et j'ai su que j'étais amoureux de lui.

Seulement… pour combien de temps ?

Car voici qu'il est à nouveau reparti. En voyage avec sa mère. Il reviendra dans un peu moins d'une semaine, pour que je le reprenne dans mes bras.

Et à mesure que les jours passent (cela fait 10 jours qu'il m'a quitté), les 48 heures que nous avons vécues ensemble me semblent illusoires. Effet d'optique de l'éphémère qui - à peine né - finit par mourir ; j'ai l'impression de ne pas l'avoir rencontré, j'ai l'impression de ne jamais l'avoir connu. Etrange sensation que de se sentir vide, comme si j'étais de nouveau célibataire.

Nous n'avons pas eu assez de temps, sans doute. Mais aussi pas assez d'éléments concrets. Vivre ensemble dans un studio - aussi spacieux soit-il - pendant 48 heures, c'est donner un sens irréel à cet échange. Se retirer dans ce cocon précieux et suave, c'est comme se retirer du monde. Et lorsque ce monde revient réclamer ses droits, on se trouve démuni. Comme si rien de ce qui s'était passé n'avait eu lieu. Comme si ce que j'avais échangé avec lui avait disparu. Ou plutôt n'avait jamais existé.

C'est lorsque j'ai été confronté au monde, dans cette gare, que j'ai su que je l'aimais. Je me demande si cela ne me serait pas nécessaire : le besoin d'un autre monde que le monde à deux pour faire exister le couple au-delà de ce qui unit les deux âmes. Nécessaire que l'on sorte ensemble. Que l'on voit nos amis. Dans une soirée. Dans un resto. Dans un ciné. Ou que sais-je encore. Comme pour donner une concrétude à cet amour dans le monde des hommes.

Pour vivre heureux, vivons cachés ? Oh que non ! Plutôt l'inverse, même !

Je ne veux plus de mensonge, je ne veux plus d'illusion. Je veux la vérité. Je veux qu'elle s'exprime et qu'elle s'incarne ici-bas. Et je la veux pour mon " couple ", même si dire ce mot me met mal à l'aise. Sus au faux-semblant ! Mort à ma vie privée, surtout privée de tout ! Sera-t-il capable de me suivre dans cela ou est-il trop tôt ?

Il est reparti. Il me manque. Mais pas tout le temps. Et pas autant que je m'attendais ; pas autant que je l'aurais espéré.

J'ai fait un rêve, il y a trois jours. Un rêve horrible. J'ai rêvé que je rencontrais un autre garçon. Un brun aux yeux bleus (différent de mon copain, donc). Mignon et sexy. Qui voulait coucher avec moi. Avec qui je voulais coucher. Qui m'affirmait vouloir quitter son copain pour moi. Et moi, j'hésitais. J'en avais envie. Terriblement envie. Mais faire cela à mon copain me brisait le cœur. Cela m'a réveillé en sursaut et m'a mis mal à l'aise. J'avais l'impression d'avoir trompé mon copain. Parce que je ne l'aimerais pas autant que je le pensais. Ou que je l'avais affirmé. Depuis, j'hésite à lui dire " Je t'aime " par SMS, quand nous échangeons à plusieurs milliers de kilomètres, entre la France et le Tibet.

La graine sombre de l'insatisfaction perpétuelle a montré une première pouce. Il me faut la brûler ; il ne faut pas que je l'arrose, il ne faut pas que je l'entretienne.

Alors, comme dans Eyes Wide Shut, " Le plus important, maintenant, c'est de baiser au plus vite ". Pour retrouver l'unité. Pour reconstituer cette union qui, en 48 heures, s'est tissée et qui - déjà - semble si fragile dans mon coeur.

Ô mon amoureux, reviens moi vite. Que je puisse jouir de toi. Que je puisse jouir avec toi. Ravive en moi la flamme qui me fera t'aimer plus que je ne t'aime aujourd'hui.

Je crois que je vais lui demander de m'enculer. Pour jouir au coeur de mon corps. Pour que je sache que je suis lié à lui.

vendredi 23 mars 2007

Je ne t'aime pas, mon amour Amour, sexe et prostitution - Acte 3 (fin)


Podcast

Et c'est à cet instant précis que je l'ai "presque" rencontré. Ce garçon. Ce garçon qui m'a fait changer mon point de vue sur les choses. Ce garçon qui m'a fait changer ce nouveau train de vie qui était le mien depuis peu. Ce garçon qui m'a emporté le cœur en moins de temps qu'il n'a fallu pour dire "ouf".

Pourtant, ce n'était pas évident. L'existence prend parfois des directions insoupçonnées. Faudrait-il, pour pleinement en profiter, adopter la posture du penseur et rester ouvert dans l'étonnement philosophique à la Jeanne Hersch ?

Le vendredi qui suivit les événements avec Paul-Henry, j'avais programmé plusieurs plans culs avec la précision du manager calculé et très bien organisé :

"- Non, vendredi soir, ça va pas être possible, darling. Non, non, j'ai déjà un dîner - baise avec un actif, vendredi en 8. Par contre, samedi en 2, c'est bon… Hein ? Comment ça, ce que ça veut dire ? … … Samedi 14h00, darling ! Samedi en 2, oui, voilà, c'est ça ! … Ah non, non, pas de "on s'appelle" qui tienne. C'est samedi en 2 ou c'est dans un mois : je pars en province un mois, darling… … Voilà, on dit samedi 14h00, je savais que tu serais convaincu. Prévois le gel et les King Size profilés, darling. Tchuss !".

Un consumérisme sexuel dont la froideur calculatrice n'avait d'égal que la chaleur furibonde que j'avais au cul.

Reprenons : après un épisode de prostitution virtuelle pour raviver mon ego de séduction, après un épisode d'orgasme anal pour redéfinir ma sexualité - un actif qui redevient versatile, c'est merveilleux - et, accessoirement, pour m'indiquer la différence entre le sexe et les sentiments, tout prenait la voie du consumérisme sexuel du pédé parisien caricatural, le "profitons-en tant qu'il est encore temps", le "j'ai des besoins et j'entends bien les combler", le "coucher sans sentiments, c'est mon credo", le "emballez c'est pesé, un one shot à toute heure et les mouflons seront bien gardé", bref, le "je baise donc je suis".

Délicate façon de se rassurer sur son identité de jeune adulte, en suivant un mode de consommation sexuelle propre à une communauté particulière, où la seule différenciation vis-à-vis des autres tient peut-être dans la compétition au niveau de la performance, en espérant être estampillé "meilleur baiseur 2007" ou "maître ès bite-en-bois" auprès de ses congénères.

Et pourtant, le garçon est arrivé. Celui qui m'a fait annuler tous mes plans culs. Celui qui m'a fait changer de mode de vie et de regard sur le monde. Et qui m'a appris ce qu'est l'am… hum, ce "sentiment autre".

Etrange situation car, tout comme les événements récents, tout s'est déroulé dans la virtualité.

Hop, ça me permet de faire un petit aparté.

Ce qu'il faut comprendre, sur la virtualité, c'est que - par définition et contrairement à la réalité - la virtualité n'est pas "réelle". Elle n'a pas la concrétude de la réalité. Heu, deux secondes : est-ce la concrétude qui définit la réalité ? Non, on dirait que ce n'est pas une bonne manière de la définir parce qu'il existe des "choses" de la réalité qui ne sont pourtant pas concrètes : les pensées, les sentiments, les images sont bien réels. Alors, peut-être est-ce ce qui est "vrai" qui définit le réel. Mais cela n'est pas pertinent non plus : les mensonges, les fantasmes et les mirages sont autant "réels" que le reste et ils sont pourtant "faux". Donc, le réel ne peut être défini ni par sa dimension de vérité, ni par sa dimension de concrétude.

Alors comment faire la différence entre la virtualité et la réalité ? La virtualité ferait-elle partie du réel ? C'est possible.

En fait, peut-être que toute la question ne tient pas tant à cerner la différence entre la réalité et la virtualité d'une chose, d'un objet ou d'un événement, que d'identifier si les effets de cette chose, cet objet ou cet événement de la virtualité, sont "réels" dans ce qui - a priori - ne relève pas de la virtualité.

Un exemple (pas anodin) : la prostitution virtuelle. Elle n'a rien de réel et, pourtant, elle génère des fantasmes bien réels, sources de plaisirs bien réels. Elle suscite une imagination bien réelle source elle aussi de plaisir bien réel, et elle invite à des modifications de l'individu dans l'image bien réel qu'il se fait de lui-même dans la réalité… bien réelle. Par exemple en redorant son blason, en "rengaillardissant" son ego, en lui donnant une valeur appréciée de l'image qu'il se fait de lui-même. Dans ce cas, cette prostitution est bien virtuelle par rapport à ce qu'est la prostitution réelle mais les effets de cette prostitution virtuelle sont - eux - bien réels.

Un autre exemple (pas anodin non plus) : le sentiment embryonnaire de "confiance amoureuse" généré par un orgasme sexuel. Ici, le rapport entre réalité et virtualité est plus complexe et même inversé dans un premier temps. Disons qu'un rapport sexuel bien réel est à l'origine d'un orgasme sexuel bien réel. Et que cet orgasme sexuel bien réel génère (parce que l'individu n'est pas expérimenté / cœur d'artichaud / etc.) l'illusion de sentiments bien réels qui vont au-delà d'un plan cul. Ces sentiments sont bel et bien expérimentés par l'individu - et sont donc réels dans leur ressenti - mais étant donné qu'ils s'estompent très rapidement (en moins de 3 jours), on peut penser que l'amour qu'ils sont supposés représenter est - lui - du domaine du virtuel. Par contre, cet amour virtuel va avoir des effets bien réels puisque l'individu va changer d'appréciation sur ce qu'est l'amour et sur ce qui n'en est pas.

Quelque part, donc, la virtualité a priori peut avoir des effets qui - eux - sont dans tous les cas bel et bien réels.

Où est-ce que je veux en venir ?

Au garçon, précisément.

Je l'ai "presque" rencontré. "Presque" seulement. Mon cœur voudrait dire : "Je l'ai rencontré". Je ne le peux pas. Parce que cela serait faux, parce que ce n'est pas concret.

Dans les faits, tout a commencé par une amie commune. Elle avait parlé de moi à ce garçon depuis plusieurs mois, elle m'avait parlé de lui depuis plusieurs mois aussi. Elle lui avait envoyé des photos de moi, elle m'avait envoyé de photos de lui. Bien que français et parisien, il faisait une année d'études au Québec et rentrerait à Paris début mai, définitivement.

Or, ce vendredi-là, tout est allé très vite. J'ai parlé de ce garçon sur MSN à mon amie parce que - for de mon expérience de prostitué virtuel et de serial fucker multiple - j'avais confiance en moi. Elle m'a appris qu'il était sur MSN à l'instant où elle me parlait. Alors elle me l'a présenté virtuellement. Ce garçon s'énervait sur Eric Remes : cela tombait bien, j'avais ce genre de réflexions en tête après l'expérience bien malheureuse de la "bareback thing" ; c'était frais de quelques jours.

Très vite, nous avons écarté notre amie commune de la discussion, celle-ci partant se coucher. Quelques heures de discussions sur MSN plus tard, démontrant nos cultures communes - un amour pour Hervé Guibert, ici pour ses ouvrages, là pour ses photographies - nous nous sommes retrouvés à confier nos angoisses respectives, puis très vite nos phobies et nos névroses. Les soirées se sont succédées, les journées ont passé, les heures quotidiennes de discussion n'ont finalement pas faibli d'un iota au bout d'une dizaine de jours.

Alors, le passage à la voix s'est accompli. Les échanges épistolaires sont devenus vocaux, Free m'aidant plus que tout (grâce à l'illimité sur les fixes canadiens) à ne devoir rien à personne, surtout pas à mon opérateur téléphonique. Au fil de deux semaines, nous nous connaissions dans les moindres détails tout en nous étonnant encore des réactions de l'autre ; sentant l'étrange intuition poindre que quelque chose était en train d'émerger entre nous. Déjà, au bout de quelques jours, nous avions confié chacun à l'autre des secrets sur nos vies respectives que nous n'avions jamais confiés à quiconque. Au bout de quelques semaines à peine, par ces deux heures au minimum au quotidien passées avec l'autre au téléphone, quelque chose de bien plus fort était en train de se manifester.

C'est là que ce sentiment nouveau s'est montré. Ce sentiment que je n'avais jamais ressenti.

Tout est parti de photos que ce garçon m'avait envoyé. Nombreuses, diverses et variées. J'avais fait de même.

En voyant son visage en détails, en voyant son corps en particulier, quelque chose m'avait intrigué. D'abord, j'avais eu du mal à relier ces images au garçon que je connaissais si bien depuis si peu de temps. Ensuite, une fois la relation intégrée que cette voix suave, douce et délicate que je connaissais prenait corps dans ces formes que je voyais en photos, je me fis la réflexion… qu'il ne m'excitait pas. Et je me mis à m'inquiéter.

Etait-ce un effet de la virtualité ? Est-ce que ce garçon ne me plaisait pas physiquement et je ne faisais que fantasmer sur sa voix ? Etait-ce le fameux piège de la virtualité et des projections mentales qu'on élabore sur la plume que l'on lit / la voix que l'on entend ? Je regardai les photos de plus près.

Non, pourtant, manifestement, ce garçon était mignon. Mieux, il était même séduisant, sur certaines des photos qu'il m'avait envoyées. Alors que se passait-il ? Pourquoi ne ressentais-je pas le désir sexuel qui, d'habitude, se manifeste en pareille situation ? Pourquoi, à chaque fois que je regardais ces photos je m'imaginais… le prendre dans mes bras ? L'entendre parler ? L'écouter respirer ? Le regarder dormir ? Que se passait-il ? Quel était ce sentiment nouveau qui commençait à poindre ? Hé, mais est-ce que… cela serait… l'A…… ?

Sensation étrange que de se rendre compte que l'on n'a jamais aimé. Jusqu'à présent. Avant cela.

Sensation étrange que de se coucher en pensant à quelqu'un, de rêver de quelqu'un et de se lever en pensant à lui.

Sensation étrange que de découvrir quelque chose qui ressemble tant à ce que d'aucuns appellent l' "âme-mourre" mais qui n'est pas ce que tout le monde en dit, ni ce que toute la société voudrait qu'il soit, en nous matraquant de culpabilité lorsque s'étonne de le ressentir ; image surfaite et définition presque dictée par une société entière et qui n'a rien à voir avec ce que l'on ressent, avec cette "révolution à deux" que l'on voit se dessiner dans son corps, son cœur et son esprit tout entier.

Sensation étrange que de découvrir que le corps de l'autre n'a plus aucune importance. Que peu importent ses imperfections ou ses défauts apparents. Que le désir sexuel - s'il peut-être présent - n'est plus le premier qui vient à l'esprit mais devient subordonné à un tout autre désir. Que le sexe, lui-même, n'est plus qu'un à côté dans un rapport qui peut être charnel mais qui ne l'est pas exclusivement. Que la relation devient soudain autre chose qu'un simple désir de l'autre.

Avec Paul-Henry, j'avais cru un instant - un instant seulement - que le sexe pouvait provoquer un "sentiment autre". Avec P., je découvrais que ce "sentiment autre" non pas provoquait le sexe mais lui donnait une valeur d'à côté. De concrétude annexe. De loisir superflu - bien qu'indispensable. Le sexe - son absence de par la virtualité des échanges, son absence de par la relativité des désirs - prenait une place toute nouvelle dans mon esprit.

Nos corps devenaient désormais nos instruments pour exprimer autre chose. Ils ne seraient plus le cœur de nos échanges, le cœur de notre relation. Ils seraient, mieux encore, le réceptacle concret d'un "sentiment autre" que le désir. Un désir qui côtoierait ce "sentiment autre". Un "sentiment autre" qu'il nous était interdit de prononcer, P. et moi, pour le moment.

* * *

Début mai. J'attends début mai avec impatience. Et P. avec moi. Le moment ultime où ce "sentiment autre" pourra peut-être devenir concret et incarné. Ce n'est pas de virtualité dont il s'agit : aujourd'hui, notre échange que d'aucuns qualifieraient de virtuel n'a de virtuel que le nom. Ce qui le différencie de la réalité, ce n'est que la concrétude de nos échanges - et encore.

Trois piliers me semblent indispensables à l'établissement d'une relation véritable avec un autre, que cela soit deux hommes, deux femmes ou un homme et une femme. La sincérité, la confiance et l'intimité. Pour P. et moi, les deux premiers ont été installés. Quant au troisième - l'intimité - disons qu'il ne manque que sa concrétude pour qu'il soit définitivement érigé.

Sur notre avenir proche, lors de son retour au mois de mai, nous ne parlons plus d'hypothèses car nous savons que nous sortirons ensemble. Où cela nous mènera, nous l'ignorons. Mais ce n'est pas ce qui compte : il y a dans le fait de nous rencontrer, dans ce temps d'adaptation qu'il nous sera nécessaire pour appréhender le corps de l'autre - je devrais dire l'apprivoiser - quelque chose qui touche à l'évidence.

Bizarre de se laisser aller à dire "on" pour - et avec - un garçon dont on n'a jamais vu les yeux mais dont on connaît déjà le regard.

Bizarre de s'interdire de prononcer un mot dont on croyait connaître la définition mais qu'on récitait jusqu'à présent dans le sommeil de la langue.

"Très peu de vraies paroles s'échangent chaque jour. Vraiment très peu. Peut-être ne tombe-t-on amoureux que pour enfin commencer à parler." (Christian Bobin, Le Très Bas)

dimanche 25 février 2007

Je ne t'aime pas, mon amour Amour, sexe et prostitution - Acte 2


Podcast

Retrouver ses marques. Redéfinir ses priorités. Refixer ses objectifs.

Ces expérimentations virtuelles - qui se sont brutalement rompues sur un retour douloureux à la réalité du monde - conservaient un goût d'inachevé.

Et surtout, j'avais très envie de baiser.

J'en parlais avec un ami il y a quelques semaines à peine. Je me rends compte que, périodiquement, je fonctionne par phases. Le plus gros du temps, je suis dans une phase d'ascèse sexuelle : point de sexualité débridée mais une espèce de tranquillité vis-à-vis de la question, des envies fugaces certes mais rien d'impérieux, et puis une certaine quiétude à ce sujet.

Soudain, un point de rupture se manifeste, par une rencontre, un événement (ou une montée d'hormones). Et là, c'est l'explosion : je baise, je baise et je rebaise encore. Et ensuite… J'en parlerai plus tard.

Cela faisait quelques mois que je fréquentais virtuellement et sporadiquement un garçon sur le net. Quelques mails échangés, rien de bien sérieux, et je lui avais promis de l'inviter prendre un verre à l'occasion. Mais je ne l'avais pas fait tout de suite. Pour plusieurs raisons. D'abord parce que j'avais du mal à fixer mes objectifs (qu'est-ce que je veux exactement en rencontrant un garçon ?), et puis parce que j'avais beaucoup d'occupations, d'inquiétudes et de turpitudes autour de mes travaux d'universitaire en herbe. Mais la véritable raison était toute autre : ce que je savais de lui me fascinait, quelque part. Je savais qu'il baisait souvent et - de ce que j'en savais - il baisait plutôt bien. Or, je me refusais à ça. Je me refusais de le rencontrer parce que je savais que j'avais la chair faible. Appelez ça de la peur de la tentation si vous voulez, mais il s'agissait plutôt d'une espèce de refus de corrompre une sorte d'idéal moral. Je ne voulais pas coucher pour coucher comme j'avais l'habitude de le faire quelques années auparavant : c'était pour moi une forme de régression morale, sociale et intellectuelle. Je m'étais donc imposé une contrainte. Et le problème était que, d'un autre côté, je ne savais pas si je voulais un petit-ami, une relation suivie ou que sais-je encore. Bref, je ne voulais pas rencontrer ce garçon parce que je supputais qu'à la moindre rencontre, nous aurions fini par coucher ensemble, et que ce n'était pas ce que je "voulais" (bien que c'était ce que je "désirais").

Un samedi soir. J'ai averti ce mec que je sortirai prendre un verre avec des amis dans son quartier et que, s'il le voulait, plus tard, je le recontacterai pour le rencontrer. Je me suis un peu préparé autant que faire se peut (gommages, crèmes, terra cota, j'en passe et des meilleures - "cosmétique et autres billevesées", en somme), j'avais dégoté un sous-vêtement comme il fallait (sauf que je m'étais planté en enfilant un boxer qui était synthétique moulant façon pétasse au lieu d'un bon vieux classique en coton, mais peu importe) et j'étais sorti.

Parce que, expérimentant le pouvoir sexuel que je pouvais exercer sur des mecs dans la virtualité d'un Second Life, je m'étais dit que je n'étais pas si mal (malgré quelques kilos en trop dont il faudra que je me défasse un jour ou l'autre) et capable de cela. J'étais rassuré sur mon pouvoir de séduction et je voulais tenter quelque chose. Je voulais savoir si je pouvais séduire.

Et j'avais très envie de baiser. Très.

Je suis donc sorti prendre un verre avec un ami (hétéro) du côté d'Odéon, nous nous sommes quittés un brin précipitamment (je ne rentre pas dans les détails), j'envoie un SMS au fameux mec - appelons-le Paul-Henri - et lui demande ce qu'il fait. La réponse ne se fait pas attendre : il regarde un spectacle de Muriel Robin avec un pote, chez lui. Il me propose de venir les rejoindre ; moi, Muriel Robin, c'est ma copine et ma chérie, je n'hésite pas un seul instant.

"Ok", me dis-je. "Le temps de déposer deux ou trois trucs chez moi et je vais passer voir ce spectacle avec lui. Il est presque 23h, il me propose de prendre un verre avec un pote à lui, il ne veut donc pas coucher avec moi, bon tant pis, ça sera quand même l'occasion de faire sa connaissance et ça pourrait peut-être même être sympa".

J'arrive sur place. Une petite chambre de type résidence universitaire, clean et à l'état neuf. Banalités d'usage, Paul-Henri est mignon, je me fais la réflexion que son pote a un petit cul d'enfer, et je me retrouve installé sur un sofa avec un verre de vodka orange dans une main, une clope dans l'autre, devant la télévision.

Tout s'est passé très vite.

J'apprends que le pote de Paul-Henri est plus ou moins maqué avec un mec, Paul-Henri est plutôt mignon et il a un sourire adorable. Verres de vodka orange à répétition - ça y est, je suis complètement bourré, faut dire que je n'ai rien mangé de la soirée - Paul-Henri me demande de rouler un joint, je m'exécute, ça faisait longtemps, malgré mon intention de ne plus en fumer depuis plusieurs mois, je tire quelques lattes dessus - ça y est, je suis complètement pété - les heures passent devant Muriel Robin et Florence Foresti, j'éclate de rire, la tête me tourne, j'ai envie de vomir. Ne jamais fumer du hasch après autant de temps d'abstinence et surtout quand on a autant d'alcool dans le ventre.

Je fais trois allers-retours aux toilettes, j'ai l'habitude, un doigt au fond de la gorge et je me sentirai mieux, ça ne manque pas, je conserve à peu près ma dignité. Sauf quand Paul-Henry, la troisième fois, me demande si tout va bien par la porte des toilettes, je suis démasqué, je réponds difficilement qu'il n'a pas à s'inquiéter, la tête au-dessus de la cuvette, surréaliste moment de défonce comme cela ne m'était pas arrivé depuis longtemps. Mais je m'en fous, parce que je suis bourré et que ma dignité est déjà partie dans la cuvette avec la chasse d'eau tirée. Je me rince la bouche au lavabo, un peu de dentifrice dans la bouche au cas où, je rince à nouveau, et je retourne dans le salon. C'est bon, ça y est, ça va mieux, j'ai éliminé l'excès d'alcool, j'ai soif, je boirais bien un grand verre d'eau, il est 3h00 du matin, trop tard pour les métros, je dis que je vais m'en aller et rentrer à pied, Paul-Henri refuse - peut-être inquiet vis-à-vis de mon état alcoolico-haschichien - m'indique qu'il a un matelas gonflable, j'hésite, j'ai un peu honte de le foutre dans cette situation alors qu'on ne se connaît pas, mais le temps de méditer là-dessus, le matelas est sorti et gonflé au pied avec un souffleur par son pote, callé juste à côté du lit.

A cet instant, petit moment de flottement. Il y a deux possibilités. Soit je dors sur le lit avec Paul-Henri, soit je dors, seul, sur le matelas gonflable. Dans ma tête, je dormirai sur le matelas gonflable, ça sera parfait. Le temps de réagir - les neurones baignant dans de l'alcool fumé au cannabis - je vois Paul-Henri et son pote discuter en aparté, je n'entends pas, je ne vois pas, je ne fais que supputer et deviner, on dirait qu'ils tombent d'accord sur quelque chose. Le pote de Paul-Henri s'installe sur le matelas gonflable, je dormirai donc avec Paul-Henri, dans son lit. Coup arrangé ?

Paul-Henri se déshabille et se met en boxer, j'hésite pour ma part, je suis trop bourré, je n'ai rien envie de faire, je me mets en boxer mais je garde ma chemise pour m'allonger, bonne nuit.

Quelques minutes plus tard, alors que son pote est allongé sur le matelas gonflable juste à côté de nous dans cet espace un peu exigu, Paul-Henri et moi sommes nus, en train de nous tripoter. Il est actif, je le suis aussi, je sens que ça ne va pas être simple.

Nous nous branlons mutuellement, il me suce, je le suce, il me lance : "Ah ouais, quand tu disais que tu avais une grosse bite, tu ne mentais pas ; à côté, moi, je suis monté comme un adolescent", ça me fait rire, il essaye de m'enculer un brin sans capote, je me mets à penser qu'il ne faut pas, on ne sait jamais, mais j'ai confiance, l'alcool me donne confiance et puis c'est un gars bien, j'en suis sûr. Je me laisse faire, mais ça fait trop mal, j'ai le cul serré, je cherche un peu de gel dans la poche arrière de mon pantalon parterre, il semble ne pas vouloir qu'on s'en serve, je ne comprends pas ce qu'il veut dire, il veut utiliser de la salive c'est ça ?, j'abdique et pose le gel à côté de moi, il essaye de m'enculer à nouveau, mais ça fait trop mal, on arrête - il veut que je le prenne, j'ai du mal à bander, l'alcool m'enivre trop, il faut qu'on dorme, ce n'est pas raisonnable.

Il est allongé sur le dos, je m'assois sur lui, il veut me sucer, j'aime bien ça, je commence à me branler sur son visage, je lui dis que je m'apprête à jouir, il engloutit ma queue à ce moment précis, je gicle dans sa bouche, il avale, j'adore ça. C'est mon tour, je le suce allègrement, il se branle pendant que je joue avec mes lèvres et ma langue sur son gland, il s'apprête lui aussi à jouir, j'engouffre sa queue dans ma bouche, je garde son jus chaud au fond de la gorge, j'en recrache un peu dans ma main pour me lubrifier ma queue, j'avale le reste et je me branle en l'embrassant, je jouis quelques minutes plus tard pour la seconde fois. Caresses, tendresse, baisers, nous nous endormons.

Le lendemain, presque midi, réveil difficile, j'ai la gueule de bois, ça faisait longtemps. J'embrasse Paul-Henri, je joue sur son corps avec mes doigts, on se branle un peu, son pote dort toujours à côté de nous sur le matelas gonflable. Il ne faut pas que je tarde à me préparer, j'ai rendez-vous avec mon directeur de thèse dans l'après-midi pour une galette des rois. Je n'ai pas envie de le laisser, j'ai envie de rebaiser avec lui. Mais pour l'heure, j'ai soif, je meurs de soif, déshydraté par l'alcool de la veille. Le coin cuisine est de l'autre côté du lit, et entre moi et lui se trouve le matelas gonflable avec le pote de Paul-Henri encore tout allongé. Je n'ai pas envie de le réveiller mais je n'en peux plus, je meurs de soif. J'ai mon érection matinale, je suis totalement nu et je pose mes pieds sur le matelas gonflable en restant assis sur le lit. Je me prends la tête entre les mains - ouh la gueule de bois - je me pose la question de savoir où sont mes lunettes de vue, je suis myope, j'y vois que dalle et j'ai mal à la tête.

Il ne faut pas que je réveille le pote, non, il ne le faut pas. Je plisse un peu les yeux pour affiner ma vue et essaye de voir où est sa tête pour ne pas lui marcher dessus et accéder à l'évier pour me servir un verre d'eau… quand je me rends compte qu'il ne dort pas. Qu'il est réveillé. Qu'il me regarde. Assis devant lui, nu, à 20 cm de lui, ma bite en érection.

Moment de solitude. Je réagis comme si je venais de perdre mon pantalon dans un bus bondé : je lui fais un grand sourire et pousse timidement un "bonjour" qui se veut décontracté. Cela a dû fonctionné puisque, quelques jours plus tard, parlant de tout cela avec Paul-Henri, celui-ci m'avouera que son pote lui avai confié la subtilité matinale : "Il n'est pas pudique, il s'est levé à poil, j'ai tout vu, il m'a juste souri en disant bonjour". J'aurais au moins gardé un brin de dignité.

Son pote se casse pour un rendez-vous, je reste seul avec Paul-Henri, j'hésite à prendre une douche parce que je vais peut-être être en retard chez mon prof, mais il précise "De toute façon, tu passeras à la casserole". Je ris comme une bécasse, on prend une douche ensemble, quelques caresses, j'ai froid, je me jette sous la couette avec lui. Un peu de salive dans sa main et sur sa queue, cette fois l'excuse de l'alcool ne tient plus mais j'ai bizarrement confiance en lui, et il m'encule allègrement sans préservatif. Point de douleur cette fois-ci, je redécouvre une passivité que je ne connaissais plus depuis longtemps, il me fait jouir, j'ai un orgasme anal pour l'une des premières fois de ma vie (me rappelant du moins ceux que j'avais expérimenté quelques années auparavant), j'en redemande, je ne sais pas comment il fait, si sa bite - pas trop grosse et fine - est particulièrement attitrée pour les cul-serrés comme le mien, mais ça fonctionne à merveille. Il finit par s'interrompre, "Faut que j'arrête ou je vais finir par jouir", un fantasme passager et récurrent me vient à l'esprit : "Ben… jouis", que je lui réponds, ne sachant pas si je dois lui demander de jouir sur moi ou en moi. Barebacking à fond, sans filet de sécurité. Mais nous n'allons pas jusque là et nous nous interrompons.

Je me rhabille, je vais être en retard, mais je m'en fous, je suis euphorique, il y a des priorités dans la vie. Il me dit de repasser en fin de journée, de l'appeler quand j'ai terminé. Une nouvelle bonne nuit de baise en perspective.

Dans le métro, je ne sais pas très bien quoi penser. Je suis très heureux de l'expérience, j'ai envie de le revoir, j'ai envie qu'il me prenne, encore et encore, j'ai envie de jouir à nouveau, j'ai très envie de lui.

Chez mon prof, des copines que je n'avais pas vues depuis longtemps et retrouvées chez mon directeur de thèse me proposent de manger un bout avec elles. Alors je rappelle Paul-Henri et lui propose qu'on se revoit un autre jour de la semaine, "je suis dispo toute la semaine a priori ", me lance-t-il en ajoutant, " je t'appelle demain après-midi, lundi".

Un super bon coup de baise en perspective. Et je pensais que tout allait s'arrêter là. Au sens que, certes, nous nous reverrions pour du cul et ce serait bien tout.

Pourtant, insidieusement, un putain de sentiment commence à s'instiller en moi. Alors que j'étais parti sur l'idée d'un plan cul amical pouvant se renouveler prochainement, malgré moi, quelque chose est en train de se précipiter. La putain de règle du cœur d'artichaut se remet à s'appliquer implacablement. Résultat : je me couche en pensant à Paul-Henri, je rêve de Paul-Henri et je me lève en pensant à Paul-Henri.

Merde. Merde de merde. Merde de putain de merde.

- Tu nous fais quoi, là, Phil ? C'est un plan cul, putain, c'est un plan cul ! Il a un copain, tu le sais bien ! Bon, certes, il a dit que ça n'allait pas très fort avec lui, mais il ne cherche pas plus, alors tu es en train de penser à quoi, là ? Qu'est-ce qu'il se passe ? Je croyais que tu ne voulais sortir avec personne, mon p'tit Phil, alors qu'est-ce que tu es entrain de faire ?
- Ta gueule, la conscience ! Tu crois peut-être que c'est prémédité ?! Tu crois que je le fais exprès, de ressentir quelque chose pour lui qui va au-delà du sexe ?
- Teuh, teuh, teuh, comme d'habitude, tu tombes dans le panneau et tu confonds sexe et sentiment. Tu vas encore te ramasser à la petite cuillère, Phil, tu vas encore être déçu !
- Mais… Mais j'en sais rien, moi ? Je veux dire : les caresses, les bisous, il voulait que je revienne le voir le soir même, et puis il doit me rappeler aujourd'hui, il est dispo toute la semaine, et on a baisé sans capotes alors qu'on baise toujours avec capotes tous les deux, ça veut dire quoi, si ce n'est un… Un truc embryonnaire de quelque chose, hein ?
- Non mais arrête de fantasmer, Phil. Paul-Henri, il baise beaucoup et avec plein de gens différents. Alors quoi ? Tu arrives et ça y est, tu vas l'épouser parce que tu as pris ton pied ? Tu ne le connais même pas !
- Ouais mais bon, on sait jamais. Et puis ta gueule, je suis en train de parler avec moi-même alors ta gueule, la conscience.

Paul-Henri ne m'appelle pas. Je reste suspendu comme figé dans le temps - il m'appelle pas, putain, il m'appelle pas, il a pas envie de me revoir, j'ai dû lui déplaire, et voilà, me suis fait des films, putain, j'en ai marre de ces pédés, j'ai envie de pleurer, putain !

J'appelle une copine pour ne pas devenir trop schizophrène et je lui raconte toute l'histoire, en insistant sur ces putains de sentiments qui montrent le bout de leur nez alors que je n'avais rien demandé à personne :
- Phil… Tu ne peux pas tomber amoureux d'un mec avec qui tu as un bon coup de baise. Tu as joui d'une nouvelle façon, il t'a donné un orgasme et tu confonds tout.
- Hé, je suis pas amoureux, hein, c'est pas ça, mais… Mais, pff, sans capotes, les caresses, les baisers, il voulait me revoir le soir-même et m'appeler le lendemain, alors quoi ?
- Arrête tes conneries, Phil. Et viens manger à la maison. S'il ne t'a toujours pas appelé d'ici 23h, tu lui passes un coup de fil et tu verras bien ce qu'il en est.
- Putain, fais chier, j'en ai marre de mon gros cœur à la con… Pfffff…
- Et rappelle-toi la règle : l'in-dif-fé-rence. Tu joues la carte de l'indifférence. Ne propose pas de le revoir ; c'est lui qui doit le faire. Montre lui juste que tu peux venir s'il en a envie. En restant indifférent, tu seras fixé : s'il tient à toi, il viendra te chercher. Et s'il ne tient pas à toi, alors il ne réagira pas. Et tu sauras ce qu'il en est.
- Bon, bon, d'accord, ok. Indifférence, indifférence.

23h, pas de nouvelles, je l'appelle. Je ne fais pas référence au fait qu'il devait m'appeler cet après-midi, je lui demande s'il fait un truc le soir-même, il dit qu'il veut se reposer pour récupérer du week-end, j'acquiesce et lui indique que, dans ce cas, je vais resté chez mes amis et que je suis occupé mais, en raccrochant, je rentre chez moi, dégoûté, pensant qu'on ne va plus jamais se revoir.

Le mardi matin, mes sentiments sont très amenuisés, je me rends compte que j'avais confondu l'extase sexuelle et les sentiments pour l'autre, cela me rassure même si j'ai très envie de jouir à nouveau avec lui. Je me dis que je ne dois rien prévoir en fonction de lui, au cas où il aurait envie de me revoir, et je ne propose rien de particulier, même si je lui demande quotidiennement - merci MSN - quelles sont ses occupations du moment. Pendant ce temps, je me dis que je dois briser ce cercle "sexualité / sentiment" et je décide de recontacter des plans cul potentiels que je garde sous le bras depuis plusieurs mois.

Le mardi soir, Paul-Henri se sent seul et me demande à 2h00 du matin de venir chez lui parce qu'il a envie de se faire enculer. J'hésite, je me dis que ce serait m'abaisser à ses envies mais je m'inquiète pour lui puisqu'il semble déprimé. J'accepte finalement mais il joue les allumeuses et finit par me dire qu'il va se coucher : quel con, je me suis fait avoir ! Est-ce qu'il était en train de me tester, ne serait-ce inconsciemment ? On ne m'y reprendra plus, je déteste ce genre de petit jeu du chat et de la souris, et je m'endors sur cette idée.

Le mercredi matin, je ne ressens presque plus rien pour Paul-Henri, ça y est, je suis sevré sentimentalement de ce bon coup de baise d'un dimanche matin, même si j'ai encore très envie de baiser. Du coup, je programme toutes mes soirées de la semaine avec des amis ou avec des amants. Sûr de moi, je décide que je baiserai quand j'en aurai envie et avec qui j'aurai envie. Remonté à bloc, je fais du rentre dedans aux différents plans cul en attente que j'ai mis de côté.

Pourtant, le mercredi soir, une petite explication s'impose sur MSN entre Paul-Henri et moi : alors que je lui demande s'il fait quelque chose ce jeudi, il m'interpelle et me demande pourquoi je veux absolument le voir dans la semaine. Un frisson de malaise me parcourt l'échine : aurais-je été démasqué pour mes sentiments des jours précédents au risque de lui faire peur ? Il rappelle qu'il est bel et bien en couple (ou du moins essaie de l'être) et s'interroge sur la raison pour laquelle un fuck buddy cherche à le voir absolument cette semaine. Prends ça dans ta gueule, Phil : tu étais donc bel et bien un fuck buddy.

Je me remémore rapidement les derniers jours : concrètement, les seules propositions de se revoir était de son fait :
- le dimanche, il voulait me voir le soir même mais j'avais changé d'avis.
- puis, il m'avait précisé qu'il était dispo toute la semaine pour qu'on puisse se revoir.
- le lundi soir, je lui avais certes proposé qu'on se voit (il avait refusé) mais c'est lui qui, le mardi soir, voulait absolument que je vienne chez lui l'enculer.
- quant au mercredi, j'avais programmé toutes mes soirées et recontacté mes plans cul potentiels.

En clair, c'est lui qui avait formulé le désir qu'on se revoit, ne serait-ce que pour un plan cul. Je lui réponds donc que je trouve sa question étrange puisque c'est précisément lui qui a demandé qu'on se revoie à plusieurs reprises, que j'ai cependant très envie de le revoir parce qu'il m'a fait jouir, que j'ai un plan cul en attente pour le jeudi mais que mieux vaut miser sur un plan cul dont on sait déjà la qualité (Paul-Henri m'avait donné plusieurs orgasmes) plutôt que sur un plan cul inconnu.

Nous avons donc une petite explication sur la question, je me fais la réflexion que je n'ai finalement aucun sentiment pour lui et que c'est tant mieux, nous abordons même le fait d'avoir baisé sans capotes, je le rassure en lui disant que je suis à jour dans mes tests mais que je pourrais faire prochainement un test à l'occasion d'une analyse de taux de glycémie pour le rassurer définitivement. Chose que je fais d'ailleurs plus de trois semaines plus tard, m'assurant de ma séronégativité, en ayant tout de même assez attendu pour vérifier ne rien avoir attrapé avec lui dans notre barebacking d'un samedi soir.

Les jours passent et, sans le vouloir, je me retrouve donc à jouer la carte de l'indifférence auprès de Paul-Henri. Conformément à la règle du "Fuis-moi, je te suis ; suis-moi, je te fuis", les résultats ne se font pas attendre. En l'espace de 7 jours, il me propose par trois fois de venir l'enculer, fantasmant sur ma grosse bite, mais je refuse à chaque fois, ne voulant pas me déplacer à pieds à 2h00 du matin (en travestissant un stketch de Muriel Robin : "Moi, à 2h00 du matin, je ne baise personne : je DORS.").

Mieux : le dimanche d'après, à 7h00 du matin, alors que je dormais, je me rends compte qu'il a tenté de m'appeler à 11 reprises (j'ai 11 coups de fil en absence sur mon portable), m'a laissé deux messages sur le répondeur et envoyé deux SMS, réclamant de vouloir se faire enculer, me reprochant de dormir et que sais-je encore. Pourtant, je le prends bien, suis même plutôt flatté et je me mets à rire. La situation est d'autant plus amusante que je ne ressens plus rien pour lui si ce n'est l'espoir de pouvoir me faire enculer à nouveau ; ou de l'enculer prochainement, dans les jours / semaines / mois à venir.

Il faut dire que, dans les jours qui ont précédé, j'ai programmé deux plans cul coup sur coup. D'abord, un danseur très bien foutu, un jeudi après-midi. Une mauvaise idée : le garçon est certes câlin et bien foutu mais - malgré mon expérience récente avec Paul-Henri - il a une bite bien trop large pour que je puisse la prendre en moi. Nous finissons par nous branler respectivement avant que je ne me décide à réparer son ordinateur en bon geek que je suis. J'ai d'ailleurs vécu avec ce mec une situation un peu traumatisante sur laquelle je vais revenir.

Par ailleurs, le samedi soir, je décide de coucher avec un troisième mec, un petit jeune passif et totalement imberbe, "fantasmant" - je cite - "sur [mes] cuisses à la Michalak" (sic.). Il en faut pour tous les goûts. Mais l'expérience n'a aucun intérêt particulier puisqu'il veut qu'on se revoit ultérieurement, n'a aucune conversation, n'est pas intéressant pour un sou et espère qu'on va sortir ensemble. Je coupe donc toute relation avec lui en me disant que je suis - enfin - devenu un vieux pédé sans cœur qui baise avec n'importe qui et finit par briser des cœurs. Merveilleuse évolution.

Revenons sur le danseur.

Ce qu'il faut en retenir tient à deux choses essentielles. La première, c'est que ce n'est pas parce qu'on a pu prendre son pied du cul quelques jours auparavant qu'on est nécessairement en mesure de prendre une grosse bite en s'affichant nouvellement et fièrement comme un "nouveau passif". Ca ne marche pas comme ça, ma bonne dame. Il faut de la préparation. Déçu par ma prestation ratée de l'après-midi, c'est donc la raison pour laquelle j'ai commandé sur internet un anal plug de retour chez moi. Il est très bien (je pourrais dire qu'il me va comme un gant mais ce serait mentir : c'est plutôt moi qui m'enfile comme un gant, si vous voyez ce que je veux dire ; bref).

La seconde chose tient à une situation à la limite du dégoûtant traumatisant ; l'une de celles - voire peut-être la pire - que j'ai pu expérimenter en matière de sexualité. Attention : âmes sensibles s'abstenir de lire les huit prochains paragraphes.

[MODE ultra-beurk activé - attention, vous êtes prévenu, c'est immonde]

Nous étions le jeudi après-midi et j'avais donc rendez-vous chez ce danseur. Je venais de prendre une douche, nettoyé "en profondeur", habits propres, gommage, crèmes hydratantes, terra cota, etc. Vient l'instant où je me retrouve dans son hall d'immeuble, l'appelant au téléphone pour qu'il me rappelle son nom de famille et que je trouve son étage. Mais au moment où je l'ai au téléphone - en bas de chez lui, donc - une chose horrible va se précipiter. Je sens à cet instant précis une vive douleur au ventre. Et une envie impérieuse d'aller aux toilettes. Impérieuse. Je me souviens soudain de ce verre de lait du matin - que j'ai découvert périmé après l'avoir malheureusement ingurgité - et je sens cette envie très prenante de faire une grosse commission qui - attention, détail scabreux - n'avait a priori rien de très… consistante.

Horreur. Malheur. Mein gott. Je suis en bas de chez lui, il sait que je suis là, je viens a priori pour baiser, et je sens que j'ai la courante. Argh. Argh de argh. Moment de solitude. Je me mets à rire nerveusement, me disant que l'existence a un putain d'humour décapant, je m'adresse secrètement à celui que d'aucuns appellent Dieu et je lui murmure intérieurement que je prends ça pour un clin d'œil rigolo de l'humour divin devant l'innocence des hommes. En attendant, je fais quoi, moi, maintenant ? Je fais demi-tour, prétextant être malade ? Je monte le voir pour lui dire : "Je suis désolé, j'ai la diarrhée : où sont tes toilettes / je peux prendre une douche / on se revoit demain ?" ? Au-delà du côté franchement pas très glamour, s'il se rendait compte de la chose, je pouvais être sûr de ne plus coucher avec lui et de ne plus jamais le revoir. Re-argh.

Je monte malgré tout, me tenant le ventre dans l'ascenseur et serrant les fesses, me disant que j'irais aux toilettes chez lui. Tant pis, à la rigueur, je présenterai la chose avec la candeur de l'enfant pris en flag, en insistant sur le côté cocasse de la situation et ça le fera peut-être rire s'il a un brin d'humour. Je ne baiserai pas aujourd'hui, c'est pas bien grave, il restera toujours Paul-Henri et le gamin samedi soir, ainsi que les autres plans cul en attente depuis quelques mois et pas encore programmés. Et je me retrouve devant lui, dans une mansarde très sympa, il est au téléphone, cela semble important, je lui fais un baiser sur la joue, je me dis que c'est nickel, que je vais pouvoir aller aux chiottes pendant qu'il téléphone et que ça tombe à merveille.

Grossière erreur : j'ouvre la seule porte disponible qui débouche sur sa salle de bains et me rends compte qu'il n'y a pas de toilettes dans sa mansarde. Merde. Putain de merde. Fais chier. Et c'est le cas de le dire. Je patiente et m'assois, et je me rends compte que le mal de ventre s'estompe : est-ce une accalmie ? Il finit par raccrocher, on papote une heure autour de son boulot, je trouve ça passionnant, on est tous les deux assis sur son lit - un matelas une place de fortune placé dans un coin de la mansarde - puis vient le moment tant attendu. Le moment où un silence se précipite, deux sourires complices échangés, il m'embrasse, je l'embrasse, on se déshabille, il est poilu, je trouve ça excitant sur son corps dessiné, je lèche et mordille ses tétons, j'aime son odeur délicate, je le suce allègrement, joue la gorge profonde au point de m'étouffer, il pousse des râles de plaisir, me suce à son tour (eh, fais gaffe à tes dents, coco) et il finit par vouloir me prendre.

Dont acte. Le matelas est exigu, il est allongé sur le dos, je m'assois sur sa queue. Je joue un peu avec son gland sur l'entrée entre mes fesses, il attrape une capote derrière lui, l'enfile, et commence à me pénétrer. Argh putain elle est ENORME ! Je commence à me remémorer l'incident lors de mon arrivée dans son hall d'immeuble et je commence à flipper, me crispant littéralement. Je lui dis que je suis actif habituellement et que j'ai un peu de mal, là. Mais il me renverse sur le dos, j'écarte les jambes et…

[Rappel et dernière chance : dédicace camusienne ; si vous buvez un café à 6h00 du matin, sautez les 3 prochains paragraphes]

Et là, un moment d'horreur se précipite. Un moment monstrueux. Il se met à vouloir me faire un anulingus. Non. Non, non, ce n'est pas possible. Non, là, c'est insoutenable. Je sers les fesses au maximum, me disant que si j'ai la courante, ça va être l'horreur, je me crispe littéralement, je ne peux rien dire, et lui s'exécute de plus en plus profondément. Je me laisse faire et finis par me laisser pénétrer par sa langue, je prie très fort pour qu'il ne se rende compte de rien, je ne sais pas exactement quel est l'état ce "ce qui est en bas", je hurle de terreur intérieurement, c'est immoooooooonde.

Mais non. Rien ne se passe. Il adore ça. Et il en redemande. Et il m'embrasse juste après. Et je me rends compte qu'il y a… Non, ce n'est pas possible, je ne peux pas écrire ça sur mon blog. … Oh, et puis, après tout… Nous sommes humains et ça fait partie des aléas de la vie, j'imagine ? Je me rends compte, disais-je, qu'il y a… une légère odeur pas très odorante. ARRRRRRGHHH. J'ai envie de partir en courant, j'ai envie de m'enfuir le plus vite possible, quitter cet endroit, ne plus jamais le revoir, plus jamais, plus aucun contact, il a dû s'en rendre compte et…

Et pourtant rien, peut-être ai-je fantasmé ce que j'ai senti, non, il n'y a plus rien, il m'embrasse, guide sa queue jusqu'à mon cul et essaye de me prendre. L'honneur est sauf pour l'instant. Reste que bite trop grosse ou crispation due à une possible courante, j'ai été incapable d'être pénétré. Impossible. C'est resté hermétiquement fermé. Nous nous sommes donc finalement respectivement branlé et j'ai passé l'heure suivante à tenter de réparer son ordinateur, en bon geek que je suis.

[/MODE ultra-beurk désactivé]

Le résultat de cette expérience malheureuse a été double. J'ai déjà parlé de l'anal plug pour favoriser une préparation en règle. Je dois donc ajouter la conclusion finale : toujours avoir sur soi une plaquette d'Imodium pour me constiper dans les dizaines de minutes qui suivent au cas où une situation similaire se précipiterait dans un plan cul futur. Autant dire que j'en ai avalé deux gélules avant de voir le gamin du samedi soir.

Et cela aurait sans doute pu continuer ainsi pour les plans cul ultérieurs que je m'apprêtais à programmer avant mon départ pour Nice pendant un mois.

Sauf que je n'avais pas prévu ce qui allait se précipiter. Tout comme je n'avais pas prévu quelques semaines auparavant que ma sexualité allait exploser en éclat, je n'avais pas imaginé que je m'apprêtais à tomber amoureux. Vraiment amoureux.

Mystère des aléas de l'existence et de la destinée des hommes. Mystère et volupté. Et que je n'avais pas besoin de coucher pour ça.

(à suivre)

vendredi 16 février 2007

Je ne t'aime pas, mon amour Amour, sexe et prostitution - Acte 1


Podcast

Il est temps de raconter tout ce qui m'est arrivé ces derniers mois de silence.

Etrange sensation que de reprendre les choses là où elles s'étaient arrêtées avec une telle impression en arrière-plan. Reprendre une vie qu'on raconte, c'est comme reprendre le cours d'une histoire qu'on (re)découvre ; c'est plonger dans ce qu'on croyait être assimilé et tenter d'en retisser les liens qui depuis ont été brisés. De ces événements passés qu'on a découvert dans l'histoire qu'on lisait et qu'on a oublié entre temps, depuis ce jour où on avait posé le bouquin ; les liens que le jour présent dresse avec ces sentiments et ces rencontres du moment passé d'une vie et qu'on a occultés depuis l'instant où on a posé la plume. Reprendre le cours d'une vie, c'est bien comme reprendre une histoire : on retourne les pages pour retrouver ce passage où on s'était attardé puis arrêté, à ce moment précis où on s'était dit "Je m'en tiens là, je reprendrai demain, je m'en tiens là, j'ai tout trouvé, dans ce sourire, dans cette page, je m'en tiens là, inutile d'aller plus loin."

Et pourtant, il faut tout reprendre en mémoire, en relisant ses souvenirs pour aider le lecteur à comprendre au mieux comment les choses en sont arrivées là. "", c'est l'instant où on a compris ; celui où l'on se dit : "ça y est, j'ai saisi, faut que je couche ça ou je vais l'oublier, ça y est, enfin, nous y sommes, à cet instant où je