La moindre plume

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dimanche 23 septembre 2007

Culture d'un jour Un coeur invaincu



Un docu-fiction sur l'affaire Daniel Pearl. Avec dans le premier rôle, la jolie Angelina Jolie qui interprète Marianne Pearl, la femme du journaliste américain enlevé puis assassiné par des intégristes musulmans pakistanais.

Ce qui me vient à l'esprit, après avoir vu ce film, c'est quelque chose comme : "Peut-être était-ce intéressant d'avoir fait un film sur l'affaire Daniel Pearl, mais encore eut-il fallu qu'il soit réussi".

Le film raconte tout simplement l'enquête menée par Marianne Pearl, par les agents américains et la police pakistanaise autour de l'enlèvement du journaliste. Il se résume à l'identification progressive d'un ensemble de liens existant entre différents contacts, sheiks et autres groupuscules islamistes pour remonter jusqu'aux kidnappeurs (puis assassins) du journaliste. Cette enquête oscille entre la maison de Marianne Pearl où les agents s'affairent autour de quelques ordinateurs et coupures de journaux diverses et les interventions de la police pakistanaise dans les rues de Karâchi pour trouver et traquer les différents acteurs du drame.

J'imagine que cette division en deux temps et lieux d'action a servi à donner un certain rythme au film mais le résultat desserre la cause du propos : les parties d'investigation sont longues, chiantes, froides, désincarnées et complexes (ou comment aligner en 30 secondes 4 ou 5 noms de chefs religieux islamistes les uns à la suite des autres en balançant des noms de groupuscules ésotériques supposés en liens les uns avec les autres) et les parties d'intervention de la police n'apportent rien à la compréhension de l'affaire.

Bref, il s'agit d'un film sur l'enquête de Marianne Pearl et on ne parvient pas à comprendre comment les différentes pistes ont été remontées, ni sur qui ou sur quoi elles débouchent. Sans être pédagogique pour deux sous pour celui qui n'est pas au fait des différentes forces en présence au Pakistan, le film se paie en sus le luxe d'être inintéressant au possible. Sans échapper pourtant à l'écueil de tenter des hypothèses explicatives (non élucidées) de théories du complot ou de liens possibles entre le kidnappeur de Daniel Pearl - Omar Sheikh -, Al Qaïda, le 11 septembre et l'ISI (on ne saura ni sur quoi se fondent ces hypothèses, ni si elles sont crédibles ou pas, ni si elles ont finalement été avérées). Bref, l'affiche du film indique "Maintenant le monde entier va découvrir la vérité" et tout ce qu'on découvre, c'est un fait divers à consonnance politique (qui a ému le monde et Bernard-Henri Lévy) au terme d'une enquête présentée confusément et à la limite de l'incompréhensible.

A cet écartèlement des unités de lieu et des personnages considérés (flics pakistanais / équipe américaine dans la villa) s'ajoute la prestation d'Angelina Jolie complètement à côté du personnage. Lorsque celle-ci apprend la mort de son mari, une scène bien trop voyeuriste la montre en train de hurler à la mort dans sa chambre comme une truie qu'on égorge pendant de trop longues minutes : Angelina voulait sans doute son heure de gloire dramatique ("Vite, un Oscar pour la cheminée !") dans le documentaire-fiction et n'est peut-être pas étrangère à une telle scène qui se voulait émouvante et qui sombre dans le pathétique hystérique ; il eut été sans doute plus attitré de filmer les visages crispés des agents américains entendant les pleurs de Marianne Pearl plutôt que de braquer la caméra sur sa souffrance tonitruante.

Ajoutons à cela des scènes nostalgico-amoureuses de flash backs entre Daniel et Marianne Pearl (rencontre, images du mariage, etc.) qui tombent comme un cheveu sur la soupe et qui placent le film le cul entre deux chaises entre le docu-fiction froid et sans émotion de l'investigation et ce débordement mélodramatique bien malvenu de cette (banale même si tragique) histoire d'amour.

Et je passerai sur les remarques à deux balles (du genre de cette réplique de Marianne Pearl s'adressant aux agents américains et qui suit immédiatement la scène de la truie qu'on égorge "Ce que veulent les terroristes, c'est terroriser ; moi, je ne suis pas terrorisée et vous non plus, donc nous avons gagné"). Au secours.

Le pire, dans tout ça, c'est que je suis sorti du film en culpabilisant : d'accord, ce film vient honorer la mémoire de Daniel Pearl (un journaliste trop curieux peut-être tombé dans un piège parce qu'il avait le malheur d'être juif et américain), mais considérer que ce film est définitivement mauvais, est-ce que cela revient à nier la souffrance réelle de Mme Marianne Pearl ?

samedi 8 septembre 2007

Culture d'un jour Renan Luce - Un peu de poésie dans ce monde de brutes

Une copine m'a montré ça, ce soir :



On va pas faire compliqué : j'adore. Simple, touchant, mignon, Renan a une bonne bouille, que demande le peuple ? J'espère qu'il ira loin, ce p'tit gars.

Un peu de poésie amoureuse dans ce monde de brutes sans coeur, c'est tellement appréciable...

jeudi 12 juillet 2007

Culture d'un jour Harry Potter et l'Ordre du Phenix



Allez, zou, une micro critique.

Rouge Cerise et Orpheus en parleront mieux que moi et je suis d'accord avec eux. Juste une petite précision que j'ai laissée en commentaire chez Rouge Cerise ; je me suis finalement dit que ça avait sa place ici :

Ajoutons une Dolores Ombrage particulièrement convaincante (j'ai adoré ses "Hum, hum !" suraigus en V.O.) et une [femme de Tim Burton dont le nom m'échappe] aussi exquise que brève (et néanmoins cruciale) soit son apparition.

Il est vrai qu'on a un peu du mal à suivre le véritable fil de l'histoire. J'ai l'impression que depuis l'épisode 4 (qui, d'après les lecteurs, a été honteusement et totalement tronqué dans l'histoire, une investigation policière dans le bouquin, ainsi que d'informations cruciales comme par exemple la raison pour laquelle le faible Harry a pu rivaliser avec Voldemort dans son micro-duel - il y est un question de baguettes, je préciserai si besoin, on m'en a touché mot)... j'ai l'impression que depuis l'épisode 4, disais-je, les réalisateurs n'arrivent plus à faire tenir la longueur croissante des bouquins. Pas évident du tout. Du coup, il y a des choix qui ont dû être faits.

Celui du 4 était un déballage d'effets spéciaux et d'action un peu malheureux (j'ai pas franchement aimé le 4) ; celui du 5 semble se concentrer davantage sur les turpitudes d'Harry en n'effleurant que les personnages secondaires (qui sont sans doute plus développés dans le bouquin). Je préfère ce choix.

Ainsi, le 4 comme le 5 (le 4 parce qu'il est mal construit, le 5 parce que les choix me semblent avoir été faits intelligemment) invitent à lire les livres comme des compléments, bien plus que les 1, 2 et 3.

Mon préféré reste le 3, avec un scénario et un rythme parfaitement ficelés, mais le 5 est pas mal du tout (surtout comparé au 4).

Reste une subtilité : les derniers mots de Harry à la fin du film. Lorsqu'il dit...

(ATTENTION MICRO SPOILER) : "Ce qui nous différencie d'eux, c'est que nous avons quelque chose à défendre. Quelque chose qui vaut le coup d'être défendu."(FIN DU MICRO SPOILER)

... on pourrait s'attendre à ce qu'il nomme cette chose. Et il ne le fait pas. Et du coup, la phrase tombe juste. Car même si la morale qui en émane est simple et gentille, comme cette chose est tue (mais que tout le monde s'attendait à ce qu'elle soit prononcée), cela évite de sombrer dans le ravin de la mièvrerie.

C'est con, c'est un détail mais c'est une ultime délicatesse du dialoguiste / réalisateur que j'ai beaucoup appréciée et qui m'a laissé sur une note très sympathique.

jeudi 3 mai 2007

Culture d'un jour Liste musicale de Môman



Ma môman, je l'adore, vous le savez bien. C'est ma môman à môa, elle est super chouette, elle est anarchiste, tout ça tout ça.

Là, elle part avec mon père en Corse pour une dizaine de jours. Elle ne votera pas au second tour (certes elle exècre Sarkozy mais n'aime pas assez Ségolène - misogyne qu'elle est - pour se décider à déposer un bulletin en faveur d'une personne qu'elle n'aime pas pour la première fois qu'elle vote ; elle, l'un de ses seuls chéris en politique, c'est Daniel Cohn-Bendit, alors évidemment...).

Bref. Mes parents partent en Corse (et c'est la raison pour laquelle je suis descendu dans le Sud quelques jours : pour voter pour moi et mon père qui m'a fait la procuration pour le second tour).

A cette occasion, ma môman que j'aime m'a demandé de lui faire un CD avec une liste de chansons qu'elle avait préalablement préparée. En récupérant les MP3 sur le net. A noter que - en soi - c'est donc un piratage même si, moralement, tout est clean (mes parents se sont faits voler leurs CD achetés dans le commerce lors d'une effraction de leur bagnole, il y a plus d'un an de cela).

Ce que j'aime, dans cette liste, c'est la diversité musicale. On passe de la variété au rock, en passant par du Chopin, du rap et même de la Star Ac'. Toute l'incarnation des différentes facettes de ma mère, finalement. L'éclectisme populaire sous toutes ses formes, la diversité culturelle et l'ouverture à toutes sortes de musiques. Pourvu que la mélodie stimule les oreilles et procure des émotions, et nous y sommes. Môman se cache ici et là.

Dans le désordre, histoire de brouiller les pistes :

  • Sur la route de Memphis d'Eddy Mitchell
  • SOS d'un terrien en détresse par Grégory Lemarchal (Star Ac' - le pauvre garçon)
  • A la faveur de l'automne de Tété
  • La boulette de Diam's
  • A whiter shade of pale de Procol Harum
  • Le bal des Laze de Michel Polnaref
  • Le piano (musique du film "La leçon de piano" par Michael Nyman)
  • La jeune fille et la mort (premier mouvement) de Schubert
  • Nocturne de Chopin (musique du film "Le pianiste")
  • La mémoire et la mer de Léo Ferré
  • Des armes de Noir Désir
  • Salve Regina d'I Muvrini
  • Cirrus Minor et Crying song (musique du film "More" par les Pink Floyd)
  • Africa de Rose Laurens
  • Calling you (musique du film "Bagdad Café")
  • The End des Doors
Eclectique, je vous avais prévenu. :-)

jeudi 28 décembre 2006

Culture d'un jour L'événement - The Fountain de Darren Aronofsky

The Fountain

Oui, je sais. Une critique de film, ce n'est certainement pas ce à quoi vous vous attendiez pour ce teasing scandaleux. Pourtant, tout ce que j'ai dit est vrai : j'attendais ce film depuis de nombreuses années. Depuis l'annonce de sa création, il y a 7 ans désormais. Fan de Pi de la première heure (le premier film du réalisateur), bouleversé par Requiem for a Dream pour une séance de cinéma avec deux amis dont nous nous souvenons tous trois intensément tant le film nous avait soufflés comme des fêtus de paille, The Fountain était pour moi véritablement un événement. Je me devais de le voir le jour de sa sortie - le 27 décembre - tant l'attente avait été grande.

Bien sûr, ce qui devait ariver arriva : à force de trop attendre un film, on finit par être déçu. Parce qu'on ne ressent pas ce qu'on s'attendait à ressentir. Parce qu'on se force à enjoliver malgré soi le moindre élément qui nous est présenté. Et puis, bien sûr, parce qu'on aurait voulu plus.

Tout d'abord, ce qui étonne le plus, avec Darren Aronofsky, c'est qu'il est difficile et délicat de dresser une toile commune entre ses différentes réalisations. Ne serait-ce que visuellement. Pi en noir et blanc, Requiem for a Dream dans un bleu glacial angoissant, The Fountain dans une lumière dorée irréelle. Mais aussi en terme de thèmes, d'ambiances, de jeux d'acteurs, de musiques, de façons de filmer. Un point commun, peut-être - ce qui pourrait ressembler à la "patte d'Aronofsky" - c'est cette façon de se centrer sur les personnages et de les mettre au coeur du film. On tourne avec le monde autour des personnages et on les regarde regarder le monde.

On retrouve cela dans The Fountain ; le problème est qu'on se demande si cette façon de faire était attitrée pour cette histoire d'amour mystique intertemporelle. A bien y réfléchir, on se dit que c'est effectivement le cas. Mais l'on se dit aussi que, ce faisant, on passe à côté d'autre chose.

Cette autre chose, c'est peut-être ce qui se trouvait dans le scénario / budget original du film, qui devait être avec Brad Pitt et Cate Blanchett. Annulé de par un différent artistique entre le réalisateur et Brad Pitt - ce dernier partant jouer dans l'horrible Troie - le film a finalement été remonté avec un budget autrement plus limité, la moitié du premier, le scénario réécrit pour se vouloir plus intimiste, plus resserré. Et c'est peut-être cette dimension-là - cette envergure, cette grandeur - qui manque au film et qu'on s'attendait à voir.

Il y a ainsi dans le film quelque chose qui touche au bâclé. Etant donné que le scénario du film a été réécrit, puis retourné avec des acteurs différents (Hugh Jackman et Rachel Weisz qui nous offrent une performance magnifique), on se demande si on n'a pas râté quelque chose. Et à l'opposé de cet état bâclé, on se demande si le film n'a pas tourné à l'obsession pour le réalisateur, ce dernier ne parvenant pas à prendre le recul nécessaire pour en faire le chef d'oeuvre qu'il aurait pu être.

Parce que The Fountain n'est pas un chef d'oeuvre. A vrai dire, il m'est impossible de le noter ou de lui attribuer une valeur. Sans affirmer qu'il s'agit d'un mauvais film, je ne parviens pas à dire s'il est moyen, bon ou excellent. Peut-être parce que j'en attendais trop. Peut-être parce que ce film semble être l'oeuvre du réalisateur pour lui-même. Non pas par égocentrisme. Bien au contraire. Plutôt par l'incapacité de le livrer au public. Sans doute parce que les déboires Brad-Pitto-budgétaires du film ont fait de l'oeuvre une obsession pour le réalisateur, qui devait le faire "malgré tout", "coûte que coûte".

En fait, on se demande si Darren Aronofsky arrive à déterminer ce qu'il a voulu partager avec le public. Comme si le film qu'il nous propose était une sorte de synthèse de ce qu'est le film dans son esprit. Il en ressort une oeuvre déroutante. Qui se paie le luxe d'avoir quelques longueurs alors qu'il ne fait qu'1h36. On se demande pourtant s'il pouvait en être autrement.

Le scénario est indescriptible. D'aucuns l'ont décrit comme "le combat à travers les âges d'un homme pour sauver la femme qu'il aime". En Amérique du Sud, sous les traits d'un conquistador ; de nos jours, sous les traits d'u scientifique ; dans le futur, sous les traits d'un astronaute d'un genre un peu particulier. Je ne sais d'ailleurs pas où ils ont fumé cette dernière référence (sans doute par le synopsis du précédent scénario) mais je n'avais pour ma part pas saisi le caractère futuriste de ce troisième pan de l'histoire. Je ne l'avais pas saisi ainsi, du moins. Question de niveaux de lecture, sans doute.

Avec prétention, je vais affirmer avoir compris le réalisateur. Avoir compris ce qu'il voulait expliquer. C'est que, Darren et moi, nous partageons des "valeurs" et des "connaissances" communes. Des machins mystiques, kabbalistiques et parfois même occultes qui sont dissimulés derrière des répliques ou des éléments qui sembleront anodins au spectateur classique. C'est l'une des raisons pour lesquelles j'attendais autant ce film, d'ailleurs. Parce que j'étais habitué avec Pi et Requiem for a Dream.

Je n'ai pas été déçu de ce côté-là : l'Asherah biblique, l'Arbre-de-Vie, l'Ego se réincarnant, la triple constitution de l'homme (corps, âme, esprit), l'inversion polaire des principes masculin et féminin (ne me demandez pas de détails), l'alliance de la conscience avec la totalité, l'Adam Kadmon / Homme Céleste des kabbalistes, l'apprentissage de l'âme soeur, le lotus aux 12 pétales, la symbolique de la constellation d'Orion, ... j'en passe et des meilleures. Bref, le film est effectivement un gros trip mystique qui fera dire à un critique (Alex Masson pour Score) : "Le résultat désorientera ceux qui n'ont pas potassé le B.A.-B.A de l'ayurvédisme ou le "Karma pour les nuls"". C'est un peu ça l'idée !

D'un point de vue mystique, ceux qui sont en accord avec ce qu'il a voulu expliquer sous la forme d'une métaphore d'un couple transcendant les âges (de mon point de vue : d'une Alliance de la conscience transcendant les niveaux d'existence) y trouveront leur bonheur. Je pense cependant que le film risque de perdre le grand public.

En fait, ma vraie déception est que le film n'a pas été émotionnellement l'événement que j'attendais. Même si le jeu des deux acteurs principaux est admirable. Il n'a pas été pour moi une révélation comme avait pu l'être Requiem for a Dream. C'est plus sa richesse "mystico-intellectuelle" qui m'a surpris. Du coup, je dois faire l'effort de le laisser se décanter. Comme un vin qui me semblerait devoir vieillir en moi avant d'être pleinement apprécié.

Une chose est certaine : j'ai très envie de le revoir. En V.O., cette fois (le seul cinéma où il passait en V.O. à Nice est un petit cinéma de quartier aux fauteuils inconfortables et aux écrans minuscules). Pour le voir sous un autre angle et un autre regard.

mardi 19 décembre 2006

Culture d'un jour Critiques cinéma express - Little Miss Sunshine, Paprika, Le Prestige et Nos amis les terriens

Ouais, vas-y que je te traite ça à la louche parce que, sinon, je sens que je ne vais jamais écrire ces critiques cinéma. Alors je vais faire bref, dans l'ordre chronologique de visionnage :

  • Little Miss Sunshine Little Miss Sunshine : au début, je croyais que ça s'appelait "Little Me Sunshine". Va comprendre. Bref : c'est super sympa, ils sont tous paumés, le grand-père est génial et la gamine est fantastique. Ouaip, c'est un petit film qui montre que le cinéma américain en a dans le ventre et qu'il faut arrêter de taper sur les USA comme on peut parfois (souvent) le faire parce que ce n'est pas justifié. Il y a des petits joyaux, aux Etats-Unis, comme partout dans le monde, hein, alors soyez un peu plus mesurés, les amis. C'est vrai, quoi ! Peace and Love dans le monde parce qu'il y a des choses formidables partout, oui, oui, oui ! Bref... Je défaille... Seul petit bémol : la fin, qui aurait pu être subversive, glisse subrepticement vers le trop convenu et finit malheureusement par être un poil dégoulinante de bons sentiments. Dommage !... Ah, comment on peut être "un poil dégoulinant" ? C'est une bonne question. Disons "poisseux", en fait. Vous savez ? Comme un pot de miel ou un pot de confiture : ça n'a pas dégouliné vraiment vraiment mais, quand vous le prenez en mains, vous vous en rendez compte et vous vous dîtes "Eh merde, ça pègue", comme on dit dans le sud. Ouais, voilà : la fin de "Little Miss Sunshine", elle n'est pas dégoulinante de bons sentiments : elle pègue de bons sentiments.



  • Paprika Paprika : animé japonais vu en avant-première parisienne il y a un mois et demi avec un copain. En présence de son réalisateur, dont c'était l'anniversaire d'ailleurs. Le monsieur était super chouette. On le sentait presque amoureux de sa Paprika. Il a aussi fait l'animé policier Perfect Blue. J'avais trouvé ce dernier pas mal mais sans plus, à l'époque. Paprika, lui, je l'ai trouvé fantastique. J'ai vraiment bien aimé. L'idée est bonne (une histoire de machine virtuelle qui a des influences sur la réalité). Il y a des passages assez dérangeants (j'ai toujours été dérangé par les poupées en porcelaine à moitié-vivante, croisement disco entre Chucky la poupée tueuse et les horribles machins en porcelaine qu'expose ma grand-mère dans une vitrine éclairée - faudra que je détaille ça, un jour. Il y a quelque chose qui touche à la névrose homosexuelle refoulée, je pense, ou comment déguiser ses G.I.Joe et ses figurines de Musclor avec des tutus tout droit sortis d'une gamme de Barbie pétasses. BREF, je crois que je m'égare...). Paprika, donc. Un point central  dans l'animé : la fanfare psychédélique absolument mémorable et cultissime, dont la musique d'accompagnement est hallucinante. Oui, cette fanfare va devenir un élément culte dans le monde des animés, j'en suis sûr. Il y a aussi une dimension Gibliesque pas dégueulasse du tout, surtout sur la fin.

  • Le Prestige Le Prestige : la plupart des petits camarades avec qui je suis allé voir n'a pas vraiment apprécié. Gênés par le côté surréaliste touchant à la science-fiction qui tranchait avec la prestidigitation classique du début du film. Il faut avouer que cela tombait un peu comme un cheveu sur la soupe. Ceci dit, j'ai quand même bien aimé. Parce que j'ai vu dans ce côté science-fiction (je n'en dis pas trop pour éviter le spoiler) une sorte de fable faisant directement référence au surréalisme de Magritte (le chapeau) et à Schrödinger (le chat). C'est du coup une espèce de fable sur le dépassement des hommes et leur vaine rivalité. Sur la façon dont ces grands enfants finissent par tirer à balles réelles alors que tout n'était qu'un jeu. Et sur comment l'illusion du réel finit par se perdre dans un réel bien illusoire. Finalement, ils ont tout perdu. Il ne restera d'eux que la Vacuité. Que de vanité, donc, dans le prestige ! Ouaip, c'est chiadé et j'ai bien aimé. Même si, effectivement, le chat magrittien arrive un peu comme un cheveu sur la soupe. [Edité : Ah oui, j'oubliais : il y a Tesla, le fameux scientifique rival d'Edison, dans le film, interprété par un étonnant David Bowie. Je trouve ça marrant, d'avoir intégré Tesla dans l'histoire. C'était une sorte de génie mécompris qui aurait fait un excellent "génie machiavélique du crime", s'il avait été méchant. Une sorte de croisement entre un Professeur Moriarty et Capitaine Nemo. Tesla est un personnage réel tout droit sorti d'un monde à la Jules Verne. Et j'ai bien aimé cette dimension-là du film parce que j'ai toujours adoré les histoires de machines scientifiques à la limite du réel à l'époque victorienne : ça m'a toujours fait triper. Ceux qui sont adeptes du jeu de rôles "Château Falkenstein" devraient trouver leur compte dans ce film.]

  • Nos amis les terriens Nos amis les terriens : je l'ai vu la semaine dernière en exclusivité mondiale (wouhou !) lors du festival des "Rencontres cinématographiques" de Cannes. Oui, oui : la semaine dernière, j'étais à Cannes, sur la Croisette, avec tout le grattin local, dans une grande salle de projection. Et puis je suis allé à une réception privée, après, dans un grand hôtel très connu dont je tairai le nom. Bref, c'était une projection privée (j'étais assis tout devant, dans le rang réservé à la presse parce que j'y suis allé avec une copine qui est journaliste et qui avait été invitée - du coup, j'en ai profité pour faire ma précieuse et lancer des darling à tours de bras ; même que je me suis fait mater par des mecs du showbiz super mignons, mais c'est une autre histoire).

    Bernard Werber, l'écrivain de gare que j'aime bien (et dont j'attends "Le secret des dieux" avec impatience), y présentait son film, réalisé avec l'aide de Claude Lelouch, producteur du film (oui, oui). Bon, ça tombe mal, je n'aime pas Claude Lelouch (qu'est-ce que je peux me faire chier, dans un film de Lelouch, c'est dingue...). Mais on s'en fiche, il n'était que producteur. Il était représenté par son fils à Cannes à cause d'un empêchement. Bref, bref : Bernard et le fils Lelouche ont donc parlé du film et le film nous a été projeté.

    Alors, en résumé, le film (une sorte de faux documentaire réalisé par des extra-terrestres observant des terriens) est original dans sa manière de filmer (c'est volontaire : ce sont des extra-terrestres qui filment, pas des humains !). Ensuite, c'est plutôt plaisant et il y a quelques passages totalement hilarants voire vraiment choquants (respectivement, vous verrez quand vous irez voir le film : le préservatif et l'usine de poulets). Un problème cependant : le film comporte quelques longueurs. Au-delà de la satyre sociale sympathique quoique un peu naïve, on se demande où veut en venir exactement Bernard Werber et le dénouement se fait attendre. On y retrouve cependant tous les ressorts qui ont fait le succès des bouquins de Werber (dont je suis un lecteur régulier) : c'est sympathique, ça se lit (se voit) facilement, c'est original sans être révolutionnaire, ça apporte une petite critique (un peu naïve) de la société en partie fondée sur des petites subtilités scientifiques expérimentales à la Werber et cela sonne juste dans le ton sans cependant péter plus haut que son cul. Reste à savoir si le cinéma se prête à ce genre d'exercice : un bouquin de Werber, on peut l'interrompre quand on veut (quand on a eu sa dose) et on le reprend un peu plus tard pour voir comment l'histoire avance. Avec un film, c'est plus délicat.

    Une subtilité, quand même, et pas des moindres : j'avais un mal de crâne absolument monstrueux pour cette projection. D'une part, c'était lundi dernier, le soir même où j'avais déambulé toute la journée dans les services sociaux pour déposer mon dossier de bourse. Et j'étais clairement crevé. D'autre part, ils avaient foutu une putain de climatisation à la con dans la salle de projection et j'étais frigorifié (ce qui m'a valu une superbe migraine pendant près d'1h30 suite à la projection, le temps de prendre une aspirine avec ma copine journaliste... ... dans un casino prestigieux du bord de mer cannois où on a un peu joué les stars dans la salle des machines à sous). Bref, j'étais pas vraiment en condition. Je pense très sincèrement que cela a joué pour mon appréciation (notamment sur la longueur du film). Je conseille donc d'aller voir ce film lors de sa sortie en avril 2007, parce que c'est tout de même très plaisant.


samedi 25 novembre 2006

Culture d'un jour Gravitation et autres mangas yaoi

Gravitation

Martin parle de sa découverte récente des mangas japonais relatant, en particulier, des histoires homosexuelles. Comme l'excellent Ludwig II, par exemple, illustrant le fameux roi de Bavière homosexuel qui préférait son palefrenier aux prétendantes que sa famille désespérée lui présentait.

Les mangas yaoi (comprendre "gay") existent bel et bien au Japon mais peu d'entre eux passent le filtre occidental. Cela commence, ceci dit, surtout avec l'apparition de mangas "à tendance yaoi" (c'est-à-dire qui ne sont pas ouvertement "gay" mais avec des personnages ambigus et/ou des personnages gay au milieu d'une histoire classique).

Je dis "personnages gay" mais ce serait tant aller bien vite en besogne que coller un concept occidental sur une réalité autre : il faudrait dire "garçons ayant une relation ambigue".

C'est le cas, par exemple, dans Evangelion, où le héros - Shinji - a une relation (totalement soft, hein) avec un autre pilote de robots (Kaoru, qu'il s'appelle, je crois). Cette relation l'interroge sur ce que sont les sentiments, d'ailleurs, et sur la limite entre l'amitié et l'amour (ben tiens...).

Il en est de même dans un manga appelé Please save my Earth, vraiment très sympa, avec la relation ambigue entre deux mecs (car l'un des deux est la réincarnation d'une fille qui était l'amante du mec dans sa vie antérieure). C'est vraiment pas mal, comme truc, d'ailleurs, mais ce ne sont que des personnages au milieu des autres. Une version animée existe, avec de superbes musiques, même si l'histoire n'est pas achevée (il faut donc voir du côté du manga - traduit en français - pour connaître l'aboutissement).

Il y aussi X-1999, peut-être meilleur en animé qu'en manga (j'adore cette série, je la trouve géniale). Pas d'homosexualité présente ici mais une relation ambigue entre deux mecs, qui ont la particularité de se trouver dans une série précédente, non adaptée en animé mais en manga, par le même studio Clamp : "Tokyo Babylon". Manga où l'homosexualité est - de ce qu'on m'en a dit - tout à fait présente.

Bref, là, ce ne sont que des mangas à "présence yaoi" et rien de plus. Et encore, cela relève plus de l'allusion qu'autre chose.

Pour ce qui est des mangas ouvertement yaoi, je n'en ai pas lu. Je connais plus les animés, perso. Je pense par exemple à Gravitation, un excellent animé en 13 épisodes (+ un OAV qui formule la fin de la série), où les héros sont homosexuels. C'est en période contemporaine et c'est, en gros, centré autour de la relation amoureuse entre les deux héros. Une histoire d'amour qui rappelle celle de Brian et de Justin dans la série tv Queer as Folk. Le tout sur fond de musique pop japonaise (c'est le thème de la série). Très très bon.

Même chose avec un autre animé : Kyô Kara Maoh, où le héros hétéro, plongé dans un monde de chevalerie, est obligé de se fiancer à un autre mec parce qu'il l'a involontairement offensé. Le héros n'arrête pas d'être dragué par tous les chevaliers, d'ailleurs, puisque l'homosexualité est de mise pour la noblesse dans ce monde chevaleresque. Cela se paie le luxe d'être très marrant et avec un bon scénario donc il faut pas hésiter.

On termine avec un dernier animé (qui existe en manga mais je ne l'ai pas lu) qui s'appelle Yami no Matsuei, fondé sur une histoire de démons et de deux représentants d'une société céleste d'exorcisme (des "anges") qui vont chasser un monsieur très beau et très démoniaque. Tout cela avec l'homosexualité des protagonistes au milieu. C'est très chouette mais, malheureusement, l'animé ne fait que 13 épisodes et n'achève pas l'histoire qui - elle - continue en manga.

Problème : à l'exception de Gravitation qui, me semble-t-il, a été adapté en français, les autres animés n'existent que sous-titrés par des fansubs français. Il faut donc chercher de ce côté-là, et jeter un oeil sur eMule et compagnie pour retrouver les épisodes. Ou bien sur les channels IRC des teams de fansubs qui continuent de diffuser leurs épisodes. Il me semble que Kyô Kara Maoh continue d'être diffusé au Japon d'ailleurs (à vérifier), mais le fansub français s'est arrêté. Il doit falloir sans doute chercher les VOSTA des teams de fansub américaines.

Le point commun de tous ces machins est que ce sont généralement des histoires qui n'ont absolument rien de vulgaire. Il faut dire que souvent (bien que cela ne soit pas systématique), les mangas yaoi sont dessinés et créés par des femmes. Et, paradoxalement, à destination de collégiennes et de lycéennes qui rafolent d'histoires d'amour entre garçons ! Les cas sont rares où ce sont des hommes qui sont à l'origine de ces mangas (par exemple Gravitation, dont le créateur était amoureux d'un des personnages qu'il avait lui-même créé ; la main masculine se ressent dans le manga puisqu'il y a parfois des passages assez explicites).

mercredi 22 novembre 2006

Culture d'un jour Le Miroir de l'Amour - Alan Moore et José Villarrubia

Miroir de l'Amour

Un ouvrage devrait être sorti en librairie aujourd'hui. Si je vous en parle, c'est bien sûr parce que j'y ai trouvé un intérêt.

J'ai eu la chance d'assister au vernissage, il y a 10 jours, qui a eu lieu à Paris, dans les Jardins du Palais Royal, en compagnie d'un des deux auteurs de l'ouvrage.

C'est un ouvrage un peu particulier qui a une histoire assez étonnante. Il ne s'agit pas d'un roman ou un essai, ni d'un livre de photographies. C'est un peu tout cela à la fois, construit autour d'un poème, "Le Miroir de l'Amour", qui avait fait sensation dans les années 80, au sein de la communauté homosexuelle.

L'auteur du poème est une personne bien connue : Alan Moore, ce dessinateur de bd un peu à part, à l'univers sombre et intelligent, corrosif et politique, qui a vu sa bd culte - "V pour Vendetta" - adaptée en film cette année.

En 1988, alors que l'homosexualité n'avait pas encore la visibilité médiatique qu'elle a aujourd'hui, un texte faisait son apparition, long poème éprouvant et subtile se proposant de retracer l'histoire de l'homosexualité des origines à nos jours. Ce texte formait la pierre angulaire de l'anthologie de bande dessinée AARGH !, Artistes contre l'Homophobie Répandue du Gouvernement, regroupement de créateurs de comics de premier plan qui s'engageaient pour la cause des droits des homosexuels.

A l'origine, le poème du Miroir de l'Amour se trouvait accompagné d'images d'anges dessinés. Dans cette réédition du texte qui n'a pas pris une seule ride depuis cette fin des années 80, elles ont été remplacées par des photographies, de José Villarrubia, un personnage hautement sympathique qui était présent lors du vernissage parisien.

En elles-mêmes, ces photos n'ont pas beaucoup d'intérêt outre mesure. Elles ne sont pas pleinement "artistiques", elles n'ont pas de véritable relief. Comme s'il leur manquait quelque chose. Cette chose, c'est la "part complémentaire". Cette essence qui résonne dans le texte comme des notes intemporelles, faites de violence et de beauté, de cette souffrance et de cette grâce qui ont égraîné l'homosexualité - et, au travers elle, la vie des homosexuels - d'hier et aujourd'hui, et peut-être même de demain. Alors, chaque photographie, loin d'illustrer un passage du poème, y puise en réalité tout son sens. Comme une inspiration. Comme un souffle.

Au-delà du côté pédé communautaire que ce bouquin peut représenter, c'est bien davantage qui se dégage de ce poème, ode entonnée à l'attention d'un amant par un autre amant, hymne d'humilité et de simplicité mise à nue sur le fil doré de l'Histoire qui court le long de la fresque acérée des Hommes.

Lorsque le photographe, José Villarrubia, découvre le poème, il se met en tête d'en faire un pièce, un monologue fragile d'un amant parlant au sommeil d'un autre. Etrange mise en scène que j'adorerais voir un jour, si la pièce pouvait renaître de ce présent ouvrage qui a été fait pour que le poème perdure au-delà de l'éphémère d'une représentation théatrale. "Pendant que José occupait la scène en racontant l'histoire du Miroir de l'Amour, Michael était allongé nu sur le lit, recouvert d'un parachute de soie blanche, rapporte David Drake le metteur en scène de la pièce qu'avait fait naître le poème. En silence et avec éloquence, Michael bougeait, s'étirai et se repliait sur lui-même - les mouvements d'un dormeur." En fait, conclut-il, "du texte d'Alan, je retirai une idée centrale : "Ne pleure pas, mon amour. Ce n'était qu'un rêve". Sur scène, tout pourrait n'être qu'un rêve : un monologue tiré du vaste tourbillon jungien de l'inconscient collectif, passant d'un amant à l'autre."

Trop en dire, trop en montrer, ne serait pas rendre hommage au travail des auteurs, pour qui faire cet ouvrage (enfin traduit en Français), était l'occasion d'inscrire Le Miroir de l'Amour de façon pérenne, au-delà du simple souffle déclamé qu'il pouvait inspirer. Qu'il suffise de dire qu'il s'agit d'un beau livre émouvant qui se paie le luxe d'être intelligent et instructif.

A lire et à acheter. Et à méditer, bien sûr. Extraits :

Miroir de l'Amour
La Parole vint plus tard,
et cette Parole était pouvoir,
Patriarcat :
les premiers-nés se tordirent
sur les autels
d'un dieu-père.

La Parole était loi,
et les sumériens brisèrent,
à coup de briques cuites,
les dents des femmes
qui méprisaient les hommes.

La loi,
une fois conçue,
s'appliqua à toutes choses.

Miroir de l'Amour
Une tradition unique, si l'on excepte les soldats travestis
de Corinthe.

Nous étions des créateurs.

Homère rêvait en vers
d'étreindre l'ombre d'Achille,
pendant que sur son île,
l'exquise Sapho
évoquait la myrrhe
qu'elle versait sur la tête de son amante ;
les filles allongées sur de doux tapis,
tout ce qu'elles désiraient
à leurs côtés.

Miroir de l'Amour
C'était avant le virus.

Le SIDA changea tout.

Et bien que les premiers malades
furent hétérosexuels,
comme quatre-vingt-dix pour cent
de ceux qui en sont affectés
de part le monde,
l'église et la presse le baptisèrent
"peste gay".

Et nous, si proches enfin d'être
reconnus comme des hommes à part entière,
fûmes transformés en croquemitaines médiévaux.

Ainsi, une tragédie humaine
conforta la petitesse des hommes.

Miroir de l'Amour
Des policiers affirmèrent parler
au nom de Dieu,
décrivant les malades du SIDA
vautrés dans un cloaque de leur propre fait,
pendant que le conseiller conservateur Brownhill
se souvenant d'une ancienne solution finale
offrit de "gazer les pédés".

Margaret Thatcher
loua leur franc-parler.


Miroir de l'Amour Miroir de l'Amour Miroir de l'Amour

samedi 11 novembre 2006

Culture d'un jour Sappho, Odes et fragments

Sappho

Sans mentir je voudrais être morte.
En me quittant elle pleurait

bien des larmes. Elle m'a dit :
"Ah ! Quelle épreuve cruelle est la nôtre,
Sappho, contre mon gré je t'abandonne."

Et je lui répondais :
"Va et adieu, et souviens-toi
de moi, car tu sais de quels soins nous t'avons poursuivie.

Mais moi, sinon, je veux te
rappeler..
.. aussi les beaux jours du passé :

les couronnes, souvent, de violettes
et de roses ensemble, de crocus,
dont tu ornais ton front, près de moi,

et les guirlandes odorantes, leurs fleurs entrelacées
que tu jetais
autour de ta gorge fragile,

toute l'huile parfumée,
l'onguent précieux dont
tu frottais ton corps, comme une reine.

Et sur les lits moelleux,
dans mes bras, tendrement,
tu chassais hors de toi ton désir altéré.

Aux saints rites..
jamais..
nous ne faisions défaut, nous n'étions pas absentes

pour le bosquet sacré
.. et la danse..
.. et le bruit.."

Sappho, Odes et fragments

(image : "Sappho" de Charles-August Mengin (1877))

samedi 14 octobre 2006

Culture d'un jour Exposition : Dan Flavin, une rétrospective

Dan Flavin - une rétrospective

Je suis allé voir, il y a une dizaine de jours, une exposition qui est malheureusement terminée. J'aurais pu en parler avant pour vous inciter à vous y rendre mais étant donné que c'était l'un des derniers jours où il était possible de s'y rendre, je crois que ça n'a pas grande importance.

Voici le topo qu'un ami m'a fait : "Je vais voir avec Diane une expo d'un artiste qui décore des murs avec des néons.". Celui-ci objectera, d'ailleurs, qu'il n'a jamais parlé de "décoration" mais peu importe, il est d'une mauvaise foi impénitente, et je veux bien accepter - allez, je suis un grand seigneur - qu'il m'aura présenté ça sous la forme de "un artiste qui accroche des néons au mur". [Edité : Mon ami est pas content que je présente les choses ainsi : oui, il m'avait dit ça avec humour, je l'avais bien compris ainsi, mais seulement, voilà, c'est mon blog, et j'ai parfaitement le droit d'être de mauvaise foi. Comme lui, d'ailleurs, mais bon, je n'ai rien dit. ]

Quoi qu'il en soit, quand j'ai entendu ça, j'ai eu des images qui me sont venues à l'esprit. J'ai vu des néons rose flashy et bleu fluo s'entremêlant maladroitement sur des murs comme des serpents grouillants. Et je dois dire que ça ne me tentait que moyennement.

Finalement, je me suis décidé et je les ai rejoint, non pas sans avoir une heure de retard (argh). Leurs téléphones ne semblaient pas capter dans l'endroit et je fus donc obligé de me rendre directement auprès d'eux en les rejoignant directement dans l'exposition. Je me suis donc présenté au MARCM (Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris - oui, ça ne correspond pas aux initiales) dans le XVIème arrondissement (où je n'avais encore jamais mis les pieds, soit dit en passant), juste à côte du Palais de Tokyo.

Je me suis donc présenté à un jeune hôte d'accueil qui devait avoir la trentaine et qui semblait particulièrement précieux (encore un "garçon sensible"). Je lui ai donc dit : "Voilà. Je viens vous voir parce que j'ai un problème. J'ai rendez-vous avec des amis dans une exposition dont je ne connais ni le nom de l'artiste, ni le thème. Je sais seulement - je cite - qu'il s'agit " d'un artiste qui décore des murs avec des néons " Cela vous inspire-t-il quelque chose ?". Devant le regard décontenancé du personnage (j'aurais voulu qu'il soit outré mais ça n'a pas fonctionné), j'ai crû bon de préciser : "Heu, Fin de citation, hein, moi, je n'ai rien dit" quand celui-ci m'a sympathiquement répondu qu'il voyait sans doute de quoi il s'agissait mais que ce n'était pas de la décoration et que ce n'était pas des néons mais des tubes fluorescents, et a embrayé sur quelques explications sommaires pour l'inculte qui se présentait à lui. Je me suis excusé en précisant que c'était mes amis qui étaient incultes et que, moi, je ne faisais que faire semblant de ne pas l'être. Il a rigolé un peu et m'a indiqué où acheter mon billet avec même des réductions pour les étudiants fauchés (c'est pas beau, la vie ?).

Je me suis donc rendu dans l'endroit. Et là, ouah. J'en ai pris plein les mirettes. Je ne m'attendais pas à cela du tout. C'est simple : c'était impressionnant. En jouant essentiellement sur les couleurs primaires (rouge, jaune et bleu de la peinture et rouge, vert et bleu de la lumière), Dan Flavin nous interpelle sur le jeu des lumières qui se croisent dans des formes géométriques très simples et très épurées. L'idée - que l'on perçoit très directement - est de jouer avec la lumière et ses colorations pour modifier la perception de l'espace, d'une pièce, du coin d'une pièce, d'un mur ou de plein d'autres choses.

Et ce qui est très amusant, c'est aussi que l'artiste a prévu une interactivité bien inconsciente de la part du visiteur - je serais tenté de dire du spectateur. En effet, à un moment donné, nous nous retrouvons (mes amis et moi) à traverser une sorte de couloir éclairé par des néons blancs, donnant une impression de pureté immaculée proche d'un hôpital voire de la visite d'un décor de 2001 l'Odyssée de l'Espace. Et au terme de ce couloir, nous nous retournons pour voir dans une petite pièce un mur entièrement éclairé par des tubes fluorescents verts (on en prenait alors plein les yeux et cela avait tendance, si on regardait de trop près, à exploser les yeux - ce n'est pas pour rien que les gardiens de l'expo portaient tous des grosses lunettes noirs du style "yeux de mouche").

Je joue un peu avec ce vert dans cette petite pièce surréaliste (laissant passer juste une rayure jaune d'une pièce similaire, de l'autre côté, mais avec des néons jaunes), le temps que mon amie Diane prenne une photo de moi de dos (oui, on n'avait pas le droit de prendre des photos mais on a pris le gauche, comme on dit) :

Dan Flavin

Une fois nos petits délires achevés, nous nous sommes retournés et, là, quelque chose nous a paru bizarre : la salle suivante, une grande salle, semblait d'un bleu violet tranchant violemment avec le vert de la petite salle. Une étrange sensation car le bleu m'avait semblé plus apaisé, au premier regard. En fait, l'artiste jouait avec les bâtonnets de nos petits yeux sensibles : en nous retournant pour regarder le couloir de lumière blanche, quelle n'a pas été notre surprise de constater… qu'il était complètement rose ! Voilà donc une interactivité bien inattendue (et bien sûr prévue par l'artiste).

Il en a été de même dans une très grande salle présentant une sorte de longue grille horizontale de tubes verts (un vert très puissant). Le temps de s'adapter à cette lumière, la salle a progressivement viré vers un gris très clair et quelle n'a pas été notre surprise de constater que Paris, au dehors, qu'on pouvait apercevoir par des grandes vitres, était entièrement rose : le ciel, les gens, les passants. Pink is beautiful ! Même effet étrange en sortant de cette salle pour retourner dans l'accueil où j'avais rencontré le jeune homme : tout était coloré d'un rose profond. Le temps de quelques dizaines de secondes, tout était redevenu normal et nous constations avec effroi que la salle dans laquelle nous étions auparavant affichait en effet un vert très marqué qui avait fini par nous échapper à mesure que nos yeux s'y étaient habitués.

J'ai donc été drôlement emballé par l'exposition de Dan Flavin. Certaines de ses œuvres étaient splendides d'un point de vue purement esthétique. La plupart interpellait le visiteur sur des réflexions d'ordre plus profondes à la limite du mystique (ce dont se réclamait l'artiste, apparemment). Jouer sur les couleurs primaires, c'est réflechir sur l'essence des choses et sur leur agencement. Comment une idée métaphysique prend forme pour s'incarner physiquement et définir l'espace. Comme le Verbe Lumineux qui dessine la Materia Prima, la Matière Première de toute cosmologie antique.

D'ailleurs, les formes qu'il présente et ce jeu sur les couleurs primaires n'est pas sans rappeler Mondrian et ses jeux de lignes et de carrés colorés en jaune, bleu et rouge. Je suppose que ce peintre a pu être une des inspirations de Dan Flavin à une époque (l'artiste a d'abord commencé par la peinture). En jouant sur la simplicité des lignes et des formes, tout en croisant les couleurs les plus pures, il y a dans ces tubes fluorescents un écho aux meilleures œuvres de Mondrian, qui lui aussi était un mystique (un adepte de la Théosophie, en fait) en quête de l'essence suprême des choses.

Mais par cette interactivité avec l'œil du visiteur, Dan Flavin l'interpelle aussi sur la façon dont les sens - nos sens - peuvent nous tromper sur la perception que l'on a des choses qui se présentent à nous. Et sur la nécessité de prendre du recul, de regarder les choses plusieurs fois à la lueur d'un autre événement, d'une autre idée, d'une autre lumière (tel ce couloir blanc devenant rose une fois la lumière verte imprégnée au fond de notre pupille).

Bref, c'est vraiment dommage que j'ai découvert cette exposition tardivement car j'aurais pu en parler plus tôt et inviter mes visiteurs à s'y rendre dès qu'ils en auraient l'occasion. Si vous avez l'occasion de visiter Dan Flavin et ses chimères fluorescentes un jour ou l'autre, n'hésitez pas, en tout cas. Car, non, ce n'est ni kitch, ni pop-art, et bien loin d'être de la décoration murale.

Dan Flavin - une rétrospective

vendredi 13 octobre 2006

Culture d'un jour L'homme de sa vie de Zabou Breitman

L'homme de sa vie

Alors, évidemment, quand on parle de Zabou Breitman, on ne peut s'empêcher - quand on est un peu français ou beaucoup parisien - de sortir des grands "Ouaaah, j'adore ce qu'elle fait !". A vrai dire, je mens complètement car ce n'est pas mon cas et je me méfie largement de ce genre d'allégations. Je n'ai vu aucun autre film de la dame et c'est poussé par des amis que j'ai été contraint d'y aller.

Pourquoi contraint ? Car je redoutais de voir ce film. J'en avais vu la bande-annonce ; une histoire qui semblait être celle d'un couple hétérosexuel et d'un homme homosexuel. Franchement, ça ne m'inspirait pas. Soit ça allait être un énième film se voulant traiter de l'homosexualité (et ça ne m'intéressait pas), soit ça allait être un film avec un homosexuel tentateur qui finirait avec le mec et le couple détruit (pas de pot), ou sans le mec et avec un couple finalement reconstitué. Par ailleurs, soit j'allais aimer mais en sentant que ça allait me déprimer, soit j'allais trouver ça banal et ça n'avait alors aucun intérêt.

Bref, j'étais franchement pas motivé pour aller le voir.

Il convient, à ce stade de la critique, de préciser que je ne suis pas franchement friand des films français en général et des films intellos en particulier. Je n'aime pas le côté minimaliste et/ou trop réaliste du cinéma français pour ses avatars emblématiques. Je me suis fait d'ailleurs la réflexion sur le chemin m'amenant jusqu'à la salle de projection que ce que j'aimais dans le cinéma c'était de sortir du quotidien. Que je m'attendais à ce qu'on me montre autre chose que ce quotidien que je ne connais que trop bien. Bien sûr, ceci est très subjectif et n'est qu'un critère personnel : j'aime ce qui me sort de l'ordinaire.

J'aime aussi, beaucoup, quand un scénario est élaboré. J'aime qu'on me raconte une histoire avec un suspens et une intrigue. J'aime que cette histoire soit au service de réflexions sur la condition humaine, sur les sentiments, sur le sens métaphysique ou sur les fonctionnements sociaux et politiques de notre / d'une société. C'est pourquoi, sans doute, j'aime beaucoup la science-fiction qui remplit très bien cette tâche-là.

Remarque mise à part, c'est sans doute pourquoi, également, je n'aime pas vraiment le cinéma purement d'ambiance et de contemplation. D'ailleurs, je n'aime pas non plus ni le cinéma qui n'offre qu'un scénario sans aucun autre objet que son suspens, ni celui qui ne s'attarde que sur des sentiments humains sans aucune autre forme que la tranche de vie.

Tranche de vie, le mot est lâché : c'est précisément ce qui ne me plaît pas dans le cinéma français. En fait, c'est parce que, très souvent, j'ai tendance à m'impliquer dans cette tranche de vie, de m'y identifier et je ressors généralement de tels visionnages avec un sentiment de malaise. Or, je ne cherche pas le malaise au cinéma. Ou plutôt, pour être exact, je n'apprécie pas le malaise qui n'est qu'un malaise flou et diffus (sentimental, donc) et qui ne se voit attaché à aucune interrogation sur le sens de la vie ou sur ma condition d'homme. Je n'aime pas qu'on illustre mon malaise quotidien et, si on ne peut pas s'en empêcher, j'attends qu'on tente au moins un minimum de me fournir quelques clefs pour le comprendre.

Je n'étais donc pas très bien parti pour voir le film de Zabou Breitman. Il s'agit en effet de ce que je n'aime pas précisément : une tranche de vie, dans une vision sans relief d'une famille française sans grand intérêt. Un couple d'hétérosexuels de la trentaine avec leur enfant vit (ou est en vacances ?) dans une belle et vieille maison près d'un village, en pleine campagne. Il accueille des amis et de la famille pour le temps des vacances et un élément perturbateur va se manifester, le voisin (supposé) libre et homosexuel - qui n'est pas sans rappeler "l'ange" du "Théorème" du surestimé Pasolini (j'aime pas Théorème, je me fais chier devant ce film).

On assiste tout au long du film à une longue succession de ces vacances en apparence banales, faites de pique-niques, de balades, de jogging matinaux à travers bois et autres barbecues organisés en soirée. Le héros (le mec du couple, interprété par Bernard Campan) va être troublé par le mec homosexuel (interprété par Charles Berling), pas tant par le fait qu'il soit homo que par ce que peut représenter la philosophie qui se dissimule derrière son style de vie. Il va s'établir une sorte de semblant d'amitié sublimée entre eux deux débouchant sur… quelque chose que vous verrez en allant voir ce film.

Oui, parce que ce film est malgré tout intéressant. Malgré tout parce que je dois dire que cette succession de pique-niques et autres activités m'a apparu franchement d'un lassant affligeant. J'en avais marre, je me suis vraiment fait chier pendant ce film, je l'ai trouvé long, ça m'a gonflé et ça ne m'intéressait pas.

Le thème du couple troublé du mec hétéro trentenaire pas aussi mature qu'il le pensait et avec des problèmes sexuels n'a finalement pas grand-chose d'original (normal, vous me direz : c'est ce qu'on croise dans la vie de tous les jours) et l'homosexuel n'évite pas un seul instant les banalités à la limite de la caricature (il y a même quelques scènes dans une boîte de nuit gay s'appelant le "Boy's" qui n'évitent pas l'écueil de l'artifice ressassé et n'ont donc pas grand intérêt).

En fait, à propos de ce personnage homo, on a finalement la sensation que le film a été fait pour les hétérosexuels et pas pour un public général (où peut importerait sa sexualité). Ce côté-là n'est donc pas séduisant à mon sens.

A noter également, dans les points insupportables, qu'il y a des gamins dans le film (le garçon est trop mignon, d'ailleurs et joue superbement bien) et qu'ils crient régulièrement dans les aigus. J'avoue humblement que je ne supporte pas quand un gosse surexcité pousse des cris stridents et ils ont été enregistrés sur la bande-sonore du film de telle façon que j'avais l'impression de les avoir à côté de moi, en attendant désespérément que l'un des acteurs adultes vienne leur demander de la fermer.

Je n'ai donc pas aimé cette dimension de la banalité (les tranches de vie de pique-niques, les répliques faussement piquantes des personnages, le couple avec un trentenaire moins mature qu'il ne le pensait et un homosexuel bien comme il faut correspondant parfaitement à l'image actuelle que peuvent s'en faire les hétérosexuels "ouverts"). C'est une banalité qu'on retrouve trop souvent (à mon sens) dans les films français de ce genre et c'est d'ailleurs cette banalité mise en scène qui va être la base sur laquelle se fonde l'intérêt du film.

J'ai en effet bien compris (me semble-t-il) l'intention de la réalisatrice sur la présentation de cette banalité dans laquelle va naître - parce qu'elle est une banalité - un jeu sur la remise en question de ce qu'elle est. Je ne peux pas trop en dire si ce n'est que le dénouement de ce qui ne semblait pas noué une seule seconde se réalise à la fin du film.

Parce que le problème, en effet, et malgré le fait que je me sois fait chier, c'est que je suis sorti du film scotché. Je ne peux pas dire que j'ai été convaincu mais j'ai beaucoup aimé la fin. Elle ne m'a pas semblé arriver comme un cheveu sur la soupe et venait couronner finalement la banalité - par ailleurs très chiante - qui nous avait été exposée tout le long du film. Je suis donc resté silencieux, sur mon fauteuil, à savourer le générique de fin et en me laissant imprégner de ce sentiment amer que l'on venait de m'instiller.

Je dois dire, par ailleurs, une chose très importante. Il y a, au milieu de la banalité du film, de ses personnages et de l'histoire (inexistante), des scènes absolument sublimes. A vrai dire, je les ai même comptées pendant le film, en me disant "il faudra que je les énumère sur mon blog quand je ferai la critique". Alors, faîtes attention, je vais faire un petit spoiler (ça ne vous gâchera pas grand-chose mais, au cas où, je préfère vous prévenir).

Sans trop en dire, il y a une scène qui semble se passer devant un miroir où l'on voit tous les personnages les uns à la suite des autres. Elle tombe un peu abruptement (et on se demande ce que cette scène vient faire là) mais elle est absolument splendide. Une sorte de transition par un mini-clip musical, en fait. Puis, une scène de tango sublime, un peu onirique. Vient ensuite une scène où une adolescente joue de la guitare au bord de l'eau et dont la voix (et la chanson qu'elle chante) m'a donné des frissons dans le dos tellement elle était superbe. Restent une scène étonnante avec un quartet de violons dans une espèce de cabane (et qui est géniale) et, enfin, la scène où Bernard Campan et Charles Berling se retrouvent à travers champs et forêts (c'est la scène qui est illustrée par l'affiche du film).

Finissons avec la fin, sublime et splendide, émouvante et radicale, définitive et excellente.

C'est la raison pour laquelle cette critique de film est aussi longue. Je ne sais pas comment trancher. Je serais par exemple bien incapable de mettre une note à un tel film - même si je ne me prête jamais à ce genre d'exercice. Parce que je me suis vraiment emmerdé, pendant tout le film. Et pourtant, il y a ces scènes sublimes que j'ai énumérées, une fin terriblement émouvante et une bande son vraiment excellente.

Pour des raisons complètement différentes (et en ressortant avec un sentiment très différent), je suis devant l'étrange et similaire dilemme que vis-à-vis du film Klimt de Raoul Ruiz. Avec la même réflexion que m'avait faite mon amie, à l'époque : "Je me suis jamais autant fait chier mais je crois que j'adore ce film". Ainsi, je n'adore pas "L'homme de sa vie" mais il m'est impossible de dire que je ne l'ai pas aimé.

A vrai dire, je pense que le problème vient de ma désaffection de ce genre de films et du cinéma français minimaliste et/ou réaliste habituel. Si ce n'était pas le cas, j'imagine que j'aurais crié au chef d'œuvre. Je ne le peux donc pas mais on va dire que le cœur y est.


jeudi 5 octobre 2006

Culture d'un jour Khalil Gibran - Le Prophète

Le Prophète

Le Prophète, c'est une vieille histoire pour moi. C'est le souvenir d'un ouvrage qui a compté dans mes réflexions spiritualo-mystiques et de sa suite - Le Jardin du Prophète. Bien connu de tous les adeptes spiritualistes, sorte de Petit Prince de la poésie mystique moyen-orientale, Le Prophète se présente comme un ensemble de réflexions très simples, a-religieuses et excessivement pertinentes sur la découverte dans l'humilité de son identité profonde. Il y est question d'amitié, d'amour, d'âme, de maisons, de champs et de fontaines, d'envolées et de flammes, de douceur et de vérité.

Le Prophète arrive donc dans une ville ou un village, déclame à ceux qui le réclament le fruit plein d'évidences de ses méditations simples sur le sens de la vie et révèle à qui veut l'entendre que l'équilibre se situe dans le Soi. Etrange méditation mystique que celle du Prophète qui semble être en dehors du cadre d'une religion. On sent le christianisme familial qui guide la plume de l'auteur mais on voit l'ermite qui parcourt le désert mahométan et qui pourrait s'abreuver au bord d'un oasis comme assis dans le lotus des tibétains. Une sorte de bouddhisme transcendant et en demi-teinte, dont le dénuement du vocabulaire trouve son écho dans la profondeur des mots employés.

Ne nous trompons-pas, il est question de spiritualité, même s'il n'est pas question d'une religion en particulier. C'est donc ceux qui seront intéressés par ces sujets qui trouveront un intérêt à la parole - sauf s'ils seront séduits par l'esthétique d'un verbe simple qui place de bons mots tissés des fils de l'évidence et du bon sens.

J'avais lu Le Prophète quelque part entre mes 17 et 18 ans et je l'avais oublié. Je l'ai vu renaître samedi dernier, le soir, en assistant à une théatralisation de l'ouvrage par une compagnie, à l'Eglise Saint-Jean de la Croix à Paris qui s'était métamorphosée en salle de théâtre pour l'occasion.

C'est drôle parce que je ne vais pas souvent dans les églises : je n'ai pas grand chose à y faire vu que je ne suis pas chrétien (d'aucune religion, en fait). Mais il y a dans ces lieux quelque chose qui touche à la grâce et qui m'a toujours séduit. Le silence qu'on s'impose dans la contrition, sans doute, qui frôle l'âme du mystique cinglé que je suis. Ou bien l'écho qui se perd dans le lointain des pilliers quand quelqu'un prend la parole. Autant dire que lorsque les filles qui ont déclamé le texte de Gibran se sont mises à parler, des frissons m'ont parcouru l'échine.

La mise en scène était très chouette : 5 jeunes femmes, habillées dans des bures de prêtres bleu ciel, déclamaient chacune à leur tour un des thèmes qu'aborde le Prophète dans l'ouvrage. Elles le faisaient avec conviction, elles mimaient les mots en s'adressant directement au public pour lui donner la leçon de morale du jour et, entre deux expressions, se faufilaient au travers des rangs de bancs d'église avec la lenteur gracile d'une procession religieuso-mystique.

Bref, j'ai trouvé ça très bien, très bien interprété, j'adore le texte de Gibran et ça m'a permis de passer un bon moment.

A une exception près, cependant : moi qui ne suis jamais allé à la messe de ma vie, j'ignorais combien les bancs d'église étaient inconfortables. Une horreur sans nom. Franchement, si les cathos voulaient remplir davantage les espaces réservés à leurs ouailles, ils devraient proposer des coussins pour les fesses délicates (oui, comme les miennes).

Parce que la seule position correcte sur un banc d'église est bien callé au fond, le dos droit et les deux pieds posés bien sur le sol. Autant dire "comme avec un bâton dans le cul". Alors certes, je ne saurais relever le fait que ceci doit être agréable (oui, oui, le bâton dans le cul) parce que ce serait abusé dans un post sur Khalil Gibran mais ce qui est certain, c'est que je comprends désormais mieux l'allure rigide et figée des cul-bénis.

A force d'être fourré chez le curé, ils finissent par prendre le pli du bois froid des bancs d'église. Je les soupçonne même de finir par avoir les fesses lisses ? ;-)



Culture d'un jour Desperate Housewives - saison 3

Télévision

Eh oui, ça y est, la saison 3 de Desperate Housewives vient de commencer aux Etats-Unis. Rassurez-vous, comme vous le savez, je n'ai pas l'habitude de faire des spoilers et je ne commencerai donc pas aujourd'hui. Disons que les intrigues semblent particulièrement truculantes et que ce début de saison s'annonce mieux que la saison 2 qui s'essoufflait un peu. Oui, voilà de quoi passer de bons petits moments en perspective.

Et puis, il faut dire qu'il y a des petits nouveaux qui apparaissent dans la série qui ont l'air... heu... très intéressants, vôala, vôala. Disons que, jusqu'à présent, pour tout pédé qui se respecte, il y avait Jesse Metcalfe (alias John le so famous jardinier de Gabrielle). Maintenant, il faudra aussi compter avec Josh Henderson. J'avoue, je me laisse prendre au jeu de ce qu'on me met devant les yeux. Mais j'aime bien ça. Jugez plutôt.

Josh Anderson

Josh Anderson

Josh Anderson

Bien, bien, bien. Voilà, voilà... Heu... Hum. Sinon, elle commence plutôt pas mal, cette saison 3. Ah, heu, je l'ai déjà dit ? ... Au temps pour moi...

[Edition : ce billet étant particulièrement ciblé par des centaines de spams à l'heure, je suis malheureusement obligé d'en fermer les commentaires.]

mercredi 4 octobre 2006

Culture d'un jour Coach geek potatoes

Séries TV

La rentrée universitaire, c'est simple, c'est aussi la rentrée des séries américaines aux Etats-Unis. Histoire que je n'oublie pas, je vais me servir de mon blog comme d'un pense-bête. Donc :
  • le lundi : Weeds, saison 2 et Prison Break, saison 2
  • le mardi : Nip Tuck, saison 4 et Eureka, saison 1
  • le mercredi : Lost, saison 3
  • le vendredi : Battlestar Galactica, saison 3,
  • le dimanche : Desperate Housewives saison 3,
Hum, ça ve devenir compliqué, cette histoire... Surtout si je dois noter 24 heures chrono saison 6 en janvier 2007 et The 4400 saison 4 en juillet 2007.

Ah, je sais, je vais faire plus simple : un calendrier personnalisé pour programmer la liste des épisodes de séries télé à regarder. Si c'est pas geek, ça, franchement. Enfin... "Coach geek potatoes", en fait, mais bon.

- Un calendrier personnalisé que j'ai trouvé sur Forom.com de mes séries télé à moi que je regarde. Elle est pas belle, la vie ?

dimanche 10 septembre 2006

Culture d'un jour La science des rêves

La Science des Rêves

C'est simple : j'ai a-do-ré ce film. Drôle par moments, voire hilarant parfois (oui, oui, et je ne mentionnerai pas les moments en question pour ne pas gâcher la surprise, s'il y a quelques rares personnes me lisant qui rient comme moi à gorge déployée dans de telles situations). Mais c'est un film surtout terriblement touchant et magnifiquement poétique.

Je suis sorti enchanté. Un peu triste, un peu bercé d'un sentiment doux-amer, mais véritablement enchanté.

Il s'agit d'une histoire d'amour qui touche à l'onirique et au mélange entre réalité et rêves. Mais pas les rêves tout rose bonbon ou véritablement épiques : ceux qui sont justement entre deux eaux et qui prennent des éléments du réel et du quotidien pour construire un monde à part qui rattrape les fantasmes avec un brin d'absurde.

La musique (du français, de l'anglais, de l'espagnol, il me semble ?) est géniale et tant les rôles que les acteurs sont excellents. Mention spéciale pour Gaël Garcia Bernal dont la prestation est magnifique. En plus d'être terriblement mignon, le jeune homme est touchant et sensible. On a envie de le prendre dans ses bras et de lui caresser les cheveux quand il serait assoupi. Je ne le connaissais pas et j'ai envie de le connaître ; je crois que je pourrais tomber amoureux en un instant de ce genre de doux-dingue un peu schizophrène.

Je ne veux rien dire de l'histoire car ça n'en a guère d'intérêt. C'est comme pour Eternal Sunshine of a Spotless Mind du même auteur (et que j'ai découvert il y a deux semaines à peine) : ce qu'on en dit empêche d'apprécier ce qui n'est pas prononcé. C'est une ambiance, c'est une histoire de sentiments, c'est intelligent, c'est subtile, c'est mignon, c'est le quotidien et le rêve, ce sont les lave-linges qui fréquentent les barques en papier mâché, et c'est indescriptible.

Point de mesure par rapport au précédent film comme j'ai pu le lire ici ou là : La science des rêves n'est pas Eternal Sunshine mais malgré leurs points communs qui sont simplement la main spéciale de leur auteur, ce sont deux films autonomes qui sont tous deux terriblement émouvants, terriblement simples et dénudés, mais chacun à leur manière.

J'ai adoré La science des rêves, j'ai adoré Eternal Sunshine of a Spotless Mind, ça se passe de comparaison, ça se passe de commentaires, ça se boit, ça se voit, ça s'admire et ça nourrit le coeur et l'esprit.

Bref, c'est la tête remplie d'étoiles brillantes au parfum amer que je suis sorti de la salle. Et, ça, ce n'est pas négociable.

samedi 27 mai 2006

Culture d'un jour Fin de série - Lost, Alias, Desperate Housewives

Fin de série

Et voilà, tout finit par se terminer.

Les saisons 2 de Desperate Housewives et de Lost s'achèvent aux Etats-Unis et se profilent quelques mois d'attente pour en imaginer les dénouements - ou du moins l'avancée des intrigues respectives. Quant à Alias, c'est la saison 5 qui s'achève également, et la série avec ! Enfin le dénouement avec Rambaldi ! La série 24 heures connaît aussi la fin de sa saison 5 mais comme je n'ai pas eu l'occasion de la voir, je ne pourrai évidemment rien en dire.

Quel bilan retirer de tout cela ? Eh bien surtout qu'il est souvent difficile de réaliser un season final. C'est supposé être l'art de conclure une saison entière d'épisodes particuliers et de poser les bases de ce que sera la saison prochaine.

Pour Lost, lorsque la saison 1 s'était achevée, c'était la question fondamentale qui restait posée : "Mais qu'y a-t-il au fond de cette écoutille / the hatch ?". Or, si la saison 2 en révèle tous les secrets (que je me garderai bien de développer ici), il y a cette singulière impression qu'on tire sur la corde, qu'on délaye la boisson sucrée pour faire des épisodes en plus, et la véritable trame de la saison pourrait être résumée sur 3 ou 4 épisodes. Ceci est bien dommage. C'est simple : c'est sans doute avec l'épisode 17 que les choses commencent à devenir croustillantes. Or, 16 épisodes pour en arriver là, ça fait beaucoup ! Presque chacun des épisodes suivants va ensuite avoir son intérêt mais on aurait pu mieux faire. Que voulez-vous : quand on a un filon, il faut l'exploiter au maximum !

Finalement, le final de la saison 2 est décevant. On n'apprend pas grand chose quoique l'histoire avance un peu. On sait enfin ce qu'il advient de l'écoutille mais on n'en connaît toujours pas le sens profond. A noter l'apparition d'un acteur que j'adore : celui qui joue le rôle du pasteur dans l'excellente et trop rapidement disparue série Carnivale. Mais sa prestation ne sera que de courte durée.

Ceci dit, le cliffhanger orchestré à la fin de cette saison 2 repose sur deux éléments essentiels : d'une part, que va-t-il advenir de tels et tels personnages en danger (un cliffhanger très classique archi-développé dans beaucoup de séries) et, d'autre part, l'intervention extérieure de personnages qui pourraient en apprendre plus sur la localisation de l'île. Or, le problème, pour cette dernière composante, c'est que cet élément est à mettre en relation avec un personnage secondaire réapparaissant subitement dans le dernier épisode de la saison. Il y a donc la sensation d'une pièce rapportée dans l'intrigue, un rebondissement qui n'est pas "logique" puisque ne découlant pas de l'ensemble des événements déroulés au cours de la saison. Bref, on apporte un sursaut au lieu de l'orchestrer logiquement sur la longueur et il m'apparaît - bien qu'il m'intrigue et que je veuille en savoir plus - être une sorte d'ajout artificiel.

Il n'empêche : vivement la saison 3, en espérant qu'ils feront avancer l'histoire plus rapidement. Mais l'excitation n'est plus là.

Pour Desperate Housewives, la sensation est également mitigée. La saison 2 est moins bonne que la saison 1 en ceci que le mystère de la mort de la narratrice est résolu. La seule intrigue générale est celle d'une nouvelle famille installée dans le voisinage (et qui importe peu) et on suit les histoires quasi-séparées des différentes "femmes désespérées". C'est toujours un plaisir de voir chacune de ces héroïnes vivre sa vie quotidienne dans des histoires truculentes (avec une Bree beaucoup plus fragile et humaine qu'il ne semblait a priori) mais chaque épisode se regarde comme un épisode plaisant sans que l'excitation de l'intrigue soit présente comme dans la saison 1.

Le season final de cette saison 2 est assez bien construit mais ne laisse pas un grand souvenir. Malgré l'intervention d'anciens personnages qu'on ne voyait plus, le souffle n'est pas présent. On connaît enfin l'issue de l'histoire de la nouvelle famille s'installant dans le voisinage - mais l'histoire n'est pas très intéressante. A l'exception de quelques éléments intéressants, il n'y a cependant pas de vrai cliffhanger haletant, et ceci est bien dommage (encore une fois, comme pour Lost, c'est par l'intervention providentielle d'un nouveau personnage qu'un suspens est aménagé : cela apparaît donc comme artificiel). Fait amusant, le cliffhanger repose - comme dans Lost - sur l'archi classique : "Mais que va-t-il advenir de tel personnage mis en danger ?". Bref, encore un season final pas très intéressant.

Les scénaristes ont promis de changer les choses pour la saison 3, dont les événements devraient se dérouler quelques temps après ceux de la fin de la saison 2. Nous verrons. Desperate Housewives reste donc une série plaisante que je continue de regarder avec plaisir mais l'excitation a disparu.

Enfin, parlons un peu d'Alias. Cette dernière et ultime saison - la saison 5 - a clairement renoué avec les deux premières saisons de la série. Celles avec des cliffhangers à chaque épisode, avec une intrigue générale excitante et la quête techno-scientifico-occulte de Rambaldi digne d'un Da Vinci Code avant l'heure. Les saisons 3 et 4 étaient franchement moins bonnes (quoique la deuxième partie de la saison 4 redevenait intéressante avec le retour de la thématique de Rambaldi).

Disons le clairement : la cinquième et dernière saison d'Alias est excellente. Le rythme est haletant, l'histoire est prenante, le dénouement de la quête de Rambaldi se profile à l'Horizon (jeu de mots, ha ha ha !), le tout sur seulement 17 épisodes. On restait suspendu dans le vide et le souffle retenu avec l'épisode 15 et on attendait le meilleur pour le season final en deux parties (les épisodes 16 et 17). Et là... la déception.

Le rythme établi tout au long de la saison se met à s'essouffler brutalement (le choix de mettre des flashbacks de l'enfance et des débuts de Sidney au SD6 eut été sympathique s'ils ne cassaient pas le rythme de l'épisode, déjà essouflé !). On ne comprend pas très bien la présence dramatique de certains éléments (cette histoire de missiles, franchement... c'était vraiment pour ajouter un pseudo effet dramatique inintéressant !) et la présence de deux nouveaux protagonistes au sein de l'APO n'est pas passionnante, quoique les acteurs / personnages sont bons. Il y a certes de bonnes choses (le sort de Sloane est génialement pensé, par exemple) mais le secret final de Rambaldi est finalement assez classique (donc nécessairement décevant). Quant au retour et devenir final d'Irina Derevko, la mère de Sidney, il apparaît comme bâclé (et c'est terrible quand on pense combien ce personnage est absolument génial) et l'épisode se termine de façon américano-classique (je ne veux pas en dire davantage).

Bref, la fin d'Alias est finalement trop attendue. Elle boucle bien l'histoire des personnages et de Rambaldi, ne laisse pas les fans sur leur faim, mais pêche par manque d'originalité alors que de fantastiques bouleversements avaient été établis tout au long de la saison 5.

Que c'est dur de faire un tv-show final, une vraie et bonne "fin de série" comme il faudrait ! Jusqu'à présent, toutes les "fin-fin" de séries m'ont toujours déçu. Même pour les séries les plus originales, il manque toujours ce "quelque chose" qui fait d'une fin une grand fin (cela me fait par exemple penser à la série "Disparitions", pourtant très bonne, qui a une fin archi-classique et décevante). A vrai dire, la seule et unique série dont le final m'avait semblé absolumment cultissime est la série Six Feet Under. La fin de cette série est tout simplement excellente (et m'émeut aux larmes à chaque fois que j'ai l'occasion de la revoir, c'est dire !). Mais je n'en dirai pas plus pour éviter tout spoiler inutile.

Que dire de plus ? Sans doute que poser la fin d'une saison et, ensuite, d'une série, doit être excessivement difficile. J'imagine que cela demande une certaine forme d'audace - celle de faire le pari de l'originalité - chose qui est excessivement difficile, notamment aux Etats-Unis où la pression de l'audimat est bien plus présente qu'en France. Or, satisfaire le plus grand monde implique de boucler le tout proprement, en fonction des attentes. Et pourtant, je suis persuadé qu'il est possible de donner à l'ensemble ce qu'il réclame en y mettant une forme intelligente qui dépasse la banalité évidente. Mais c'est sans nul doute un exercice très difficile que peu ont réussi.

[Edition : ce billet étant particulièrement ciblé par des centaines de spams à l'heure, sans exagération, je suis malheureusement obligé d'en fermer les commentaires.]

samedi 20 mai 2006

Culture d'un jour Silent Hill

Silent Hill

La première fois que je fréquentais l'univers de Silent Hill, c'était il y a quelques années à peine. Je n'avais jamais joué au premier opus mais j'en avais entendu parler : un jeu mémorable au scénario machiavélique et à l'ambiance terrifiante. Ce fut l'un des pionniers d'un genre de jeu vidéo novateur - le survival horror - amorcé avec le premier épisode des Resident Evil.

Silent Hill repose sur cette idée de monstres cachés dans les placards et sous les lits de nos terreurs enfantines. Mais cette saga s'adresse à un public plus âgé que les afficionados de Resident Evil. Alors que ce dernier joue la carte de la surprise et du gore, avec des vilains zombis surpuissants contre lesquels on répond armé de fusils à pompe et de lance-roquettes, Silent Hill, lui, se fonde davantage sur la terreur psychologique, le malaise généralisé, la peur terrifiante de l'esprit corrompu, de la folie à portée de mains et de ses fantasmes clair-obscurs mélangeant la chair et l'enfance.

Le dernier opus sorti a été Silent Hill 4 : The Room, sur PC et Playstation 2. Alors que les trois précédents se déroulaient directement dans la ville fantôme de Silent Hill, le quatrième épisode commence dans un petit appartement où le héros se réveille doucement. Quelle n'est pas sa surprise lorsqu'il se rend compte que ses fenêtres sont bloquées et que sa porte d'entrée est coincée par une quantité astronomique de chaînes et autres cadenas accrochés, fermés et entremêlés de l'intérieur ! Pourquoi les gens qui passent dans le couloir et qu'il peut regarder par le judas ne semblent pas l'entendre lorsqu'il crie à l'aide ? Et quel est ce soudain bourdonnement qui vibre dans la salle de bain ?

Bref, Silent Hill joue sur nos angoisses et nos délires, nos peurs schyzophréniques et nos malaises d'individus contemporains pour nous faire découvrir des histoires surréalistes en mettant en scène nos faiblesses et notre fragilité humaine.

C'est dire si j'attendais le film avec impatience. Mais aussi avec appréhension : Christophe Gans, réalisateur français expatrié aux Etats-Unis, m'insupporte profondément. Très bon réalisateur à l'esthétique soignée (les scènes filmées à la lumière de bougie du Pacte des Loups sont sublimes), il est aussi le type même du pseudo-auteur prétentieux persuadé de réaliser des chefs d'oeuvre par son simple désir mégalomaniaque. Or, comme toujours quand on présume de ses propres qualités, cela capote lamentablement. C'est ainsi qu'un Crying Freeman ne reste qu'une pâle copie de l'excellent manga du même nom alors que la superproduction française du Pacte des Loups part d'une bonne idée pour devenir une connerie absurde avec un boss de fin de niveau digne d'Ivy dans le jeu de baston Soul Calibur (les connaisseurs comprendront la référence).

J'attendais donc Christophe Gans au tournant. Et je dois avouer que j'ai été relativement satisfait. Certes, on ressent un brin la prétention vers l'avant-fin du film (la fin - elle - est excellente car surprenante), mais le tout est soigné, le scénario se tient et l'ambiance est plutôt bien rendue.

Le scénario est original (une petite fille adoptée fait des crises de somnanbulisme à propos d'une ville fantôme appelée Silent Hill et sa mère décide de l'y emmener pour comprendre la raison de ces crises), l'interprétation est bonne (la mère et la femme-flic jouent bien, la gamine s'en sort très bien) et l'image est - comme toujours chez Gans - extrêmement soignée et l'intrigue savamment distillée tout au long du film.

On pourra cependant préciser quelques bémols.

Tout d'abord, quant à la clef de l'intrigue, elle est révélée définitivement vers la fin du film et on trouve cela un peu dommage : tout en respectant le suspens qui est ménagé tout au long du film, peut-être aurait-il été préférable de lacher davantage de lest sur la longueur plutôt que d'amener une longue révélation explicative finale. Ce n'est cependant pas très gênant et a au moins le mérite d'un découpage original.

Ensuite, l'histoire se déroule dans deux cheminements parallèles : celui de la mère de la gamine, à Silent Hill, et celui du père qui tente de retrouver sa femme et de comprendre l'histoire de Silent Hill de son propre côté. Ce choix de révéler une partie de l'histoire par l'enquête du père est discutable. Par ailleurs, cette division père / mère est parfois maladroite : les avancées du père ont parfois tendance à casser le rythme et l'angoisse qui pourrait s'établir du côté de la mère et ceci est dommage.

Puis, découlant en partie de ce problème de découpage, l'angoisse n'est pas aussi présente que dans les jeux vidéos qui inspirent le film : nulle angoisse écrasante qui prend aux tripes sur la longueur en usant psychologiquement le spectateur. On est parfois un peu mal à l'aise, on a des moments de stress mais l'angoisse n'est pas permanente. Ceci est dommage car c'est un des ressorts principaux des jeux vidéos qui aurait été bienvenu dans le film. Si l'univers du jeu est respecté, l'ambiance - elle - n'est que sporadiquement instillée.

Enfin, la saleté de note "Christophe Gans aime les mangas sanglants" fait malgré tout son apparition sur la fin du film où on touche au gore : avec une profusion d'hémoglobine malvenue, on sent que Gans n'a pas pu s'empêcher de laisser parler sa fanitude des Urotsukidoji et compagnie. Si cela reste heureusement anecdotique, cela casse un peu le final du film.

Heureusement, la chute du film est à la hauteur des espérances et me semble emporter le suffrage : la surprise est totale et on sort de la séance satisfait.

En résumé : Silent Hill n'est pas parfait, la narration manque un peu de souffle par la division entre les protagonistes et l'ambiance effrayante aurait pu être davantage renforcée. Ceci dit, il reste un bon film qui - sans respecter l'ambiance des jeux vidéos - en respecte au moins l'univers. Avec un excellent final quoiqu'il en soit, on se dit que Christophe Gans amorce peut-être une avancée vers la maturité. Vivement qu'il sorte des dernières années de son adolescence !

jeudi 18 mai 2006

Culture d'un jour Da Vinci Code - le film

Da Vinci Code

Le Da Vinci Code... Best-seller mondialement connu et source de quelques polémiques pas piquées des hannetons ! Pensez donc : Jésus, marié à Marie-Madeleine ? Quelle blague ou quelle offense, c'est selon.

Bref, Dan Brown, l'auteur, le nouveau et proclamé Michaël Crichton de la religion et de l'histoire un peu ésotérique, s'est fait un maximum de thune avec un roman que je n'ai pas lu.

Par contre, le film, lui, je l'ai vu. Hier soir. Et il paraît qu'il est très fidèle au bouquin (à quelques exceptions près, sur la fin, d'après ce que m'a dit une copine qui avait lu le bouquin et qui était présente parmi le groupe d'amis spectateurs d'hier soir). Peut-être est-il donc possible de juger du livre à partir du film, s'il est si fidèle que cela à l'histoire.

Alors c'est simple : le livre, je n'ai pas envie de le lire. Déjà, avant le film, je n'étais pas convaincu mais là, après avoir vu le film, ouille ouille ouille, on oublie tout de suite !

Comment vous résumer mon opinion en quelques mots ? Voyons voir : mauvais, ridicule, sans histoire, sans intérêt ?

Le jeu d'acteurs est soit mauvais soit inexistant, tant de la part de Tom Hanks, de Jean Reno ou d'Audrey Tautou. Petites mentions anecdotiques pour Ian McKellen (le vieil infirme Sir Leigh Teabing) et Paul Betanny (Silas) dont les personnages sortent un poil du lot. Un poil seulement.

Le scénario, quant à lui, est mauvais et sans intérêt. En résumé : après le meurtre et son étrange orchestration dans une forme rituelle du conservateur du Musée du Louvre, un professeur spécialiste en symboles et une fille dont on ne comprend pas très bien l'intervention au début du film se lancent à la poursuite de l'assassin du conservateur et, en fait, du terrrrrrible secret que le conservateur et l'assassin connaissaient sans doute. Un secret incroyable, mirobolant, fantastique, terrifiant, décontenançant : Jésus était marié à Marie-Madeleine. Oh la la, scandale chez les cathos.

Bref, d'énigmes en énigmes dignes des devinettes du Père Fouras de Fort Boyard (posées post-mortem par le conservateur assassiné qui n'avait que ça à foutre de dissimuler ce grand secret par un jeu de piste), les deux héros vont se retrouver à la recherche... ...
ATTENTION SPOILER INCROYABLE
... du Graal.
/FIN DU SPOILER INCROYABLE

Ajoutons à ces énigmes peu passionnantes qui se suivent les unes après les autres, la singulière impression d'une histoire cousue de fil blanc et l'agaçante sensation d'avoir - en tant que spectateur - environ 40 minutes d'avance sur les deux protagonistes pour toutes les grandes révélations so incredible du film. D'ailleurs, au passage, je ne comprends pas pourquoi ce film (ou ce bouquin) s'appelle "Da Vinci Code" : la référence à Da Vinci est finalement très anecdotique et instrumentale, en étant en grande partie étrangère à l'intrigue (inintéressante) du film.

Le film se termine en eau de boudin sur une supposée révélation ridicule, qui n'a rien de scandaleuse, dont on se contrefout éperdument et qui passe au-dessus de la tête de tout individu normalement constitué.

On résume : scénario cousu de fil blanc, intrigue bateau, énigmes inintéressantes et jeu d'acteur inexistant.

Résultat : poubelle ; 6€70 de gâchés.

Et là, soudain, comble du comble de la drôlerie, à la sortie du cinéma, après la séance, une poignée (une centaine ?) de cathos intégristes, aglutinés comme des mouches sur une merde bien fraîche, se scandalisent au travers d'un micro des outrages faits par Dan Brown à l'histoire et à la religion catholique. Le tout avant de chanter ensemble une délicieuse litanie catho en l'honneur de leur Seigneur Jésus-Christ qui - le pauvre - a dû se retourner dans sa tombe (ou au côté de son Père, selon ce que l'on en croît). Litanie à laquelle mes amis et moi décidons donc de répondre en entonnant à tue-tête soit la Marseillaise, soit l'Internationale, soit une chanson paillarde bien grasse (par exemple : Le condamné à mort). Mais, finalement, on avait tellement faim qu'on a décidé de ne pas accorder à ces cathos intégristes stupides plus d'intérêt qu'ils n'en méritent - vu le ridicule de la situation. Et nous sommes donc allés manger.

La réaction de ces quelques gros cons (oui : beaucoup étaient vieux et gros, et tous - pour réagir ainsi avec véhémence à un pétard mouillé - ne pouvaient être que cons) - la réaction de ces quelques gros cons, disais-je, entonnant leurs litanies, est ridicule à l'exacte proportion du film qui, lui, est mauvais. Quand bien même ce film présente une thèse divergente de la vie de Jésus de l'Eglise Catholique (et encore...), ce n'est qu'une histoire inventée, un roman. Mauvais, qui plus est (pour le film, au moins).

Bref, il n'y a finalement que des cathos intégristes et pathétiques pour faire de ce film quelque chose d'intéressant : il ne s'agit, de fait, qu'un non-événement. On peut même aller plus loin : il y a fort à parier que si Dan Brown eut été français, tout en gardant en mémoire que sa thèse n'est, non seulement, qu'un roman mais, surtout, inspirée de thèses déjà formulée tant dans les évangiles apocryphes de Nag Hammadi découverts en 1945 en Egypte que dans des thèses d'ésotéristes tel que Robert Ambelain dans les années 1970 dans son ouvrage "Jésus ou le mortel secret des Templiers" - il y a fort à parier, disais-je, ceteris paribus, toutes choses égales par ailleurs, que ce livre serait resté au statut de fiction de qualité moyenne, cotoyant de nombreux ouvrages d'aventures et/ou policiers d'ordre équivalent.

Il n'y a finalement que les cathos intégristes Américains pour s'offusquer d'une thèse qui n'a rien de révolutionnaire : ce bouquin de Dan Brown n'a d'intérêt, pour ce que j'en perçois au travers du film supposé fidèle, qu'en tant qu'il ait été surmédiatisé par les cathos intégristes eux-mêmes. En manque et en désir de présence médiatique dans un pays à majorité chrétienne protestante, les "papistes", comme disent les Américains, réagissent avec une véhémence proportionnelle à leur situation minoritaire. Plus on est minoritaire, plus on fait de bruit pour exister, et plus - d'ailleurs - on en fait pour pas grand chose.

Pour résumer : le Da Vinci Code est un film mauvais, mal interprété, au scénario inexistant et cousu de fil blanc, aux intrigues inintéressantes, qui se finit en eau de boudin et dont les révélations successives invitent à se poser la question fondamentale : putain de bordel de merde, ET ALORS ?

lundi 15 mai 2006

Culture d'un jour Mission Impossible 3



Heureuse surprise que ce blockbuster à l'américaine. Je m'attendais à un "nanar" plein d'explosions et ça n'a pas été QUE le cas.

D'abord, il faut dire que j'avais vu le premier opus de Brian De Palma (pas vu le second de John Woo) et qu'il m'avait laissé un lointain souvenir. Or, ce troisième opus m'apparaît comme une suite tout à fait honorable.

On va faire simple : une histoire d'amour, des trahisons au sein d'une agence gouvernementale et une histoire à multiples volets égraînés dans différents lieux de la planète.

En fait, c'est simple : ceux qui aiment la série Alias seront aux anges. Et ça tombe bien, le réalisateur du film (J. J. Abrams) est le créateur de cette série (ainsi que de la série Lost). Bref, pour obtenir Mission Impossible 3, vous enlevez Sidney Bristow et Rambaldi, vous les remplacez par Ethan Hunt et "la patte de lapin", et vous obtenez un gros et long épisode d'Alias plutôt bien construit, avec un bon rythme et sans longueurs. Ce qui est appréciable. Le scénario n'est pas exceptionnel mais il sert ce genre de film honorablement. Au passage, quelques clins d'oeil à Alias, d'ailleurs, ici ou là (l'acteur Greg Gunberg qui joue le rôle d'Eric Weiss dans la série, un génie de l'informatique qui est une copie conforme du Marshall Flinkman de la série, une collaboration "agence gouvernementale / terroristes", le passage de la fin du film avec la femme - histoire de ne pas trop jouer les spoilers, une scène de torture en début et fin du film qui rappelle les fameuses séances de Sidney avec "le chinois" - les afficionados d'Alias comprendront - , etc.).

A la rigueur, ce qui n'est pas très intéressant, c'est la "fin-fin-fin" du film qui est un happy end très classique. Et sans cliffhanger, en plus ! C'est vrai, quoi : dans tout bon épisode d'Alias (en gros, les saisons 1 et 2), il y a toujours un bon gros cliffhanger ou une révélation finale qui accroche et donne envie de voir les épisodes à venir ! Comme dans les bons épisodes de Lost. Et là, évidemment, un film, c'est un film : nulle possibilité pour une fin ouverte, forcément.

Ceci dit, pour un bon "nanar", c'est un bon "nanar". C'est un bon divertissement qui remplit son rôle humblement et sans en faire trop. Le réalisateur a d'ailleurs réussi le tour de main de faire une suite qui n'appelle pas à la surenchère - et rien que pour cela, c'est appréciable. Ah, et pour l'histoire d'amour, rassurez vous, elle n'est pas du tout envahissante, s'insère très bien dans le film et - quoique classique - reste crédible et sans arabesques pompeuses.

En bref : Mission Impossible 3 est un bon divertissement qui fait honneur aux films d'action sans prise de tête et qui plaira tout particulièrement aux adeptes d'Alias. Et puis la musique du générique est toujours aussi tripante, même après toutes ces années !

Ils en parlent : Matoo, Garoo

samedi 6 mai 2006

Culture d'un jour Lost - Saison 2, Episode 20

Lost - Saison 2

Ouh la la la la ! Non content de retrouver enfin [ce personnage], le voici qu'il apprend à ses compagnons qu'en fait les Autres sont [cette chose]. Et alors que tous s'absentent pour préparer [cette chose], le voilà, d'un seul coup, qui se met à [faire cette chose] !!! Et pire encore, [cette autre chose] !!! Et tout cela juste avant de terminer avec [cette chose] !!!

C'est simple : bouche bée, je suis resté complètement bouche bée ! :-o

Y a pas à dire, quand même : depuis