Alors, évidemment, quand on parle de Zabou Breitman, on ne peut s'empêcher - quand on est un peu français ou beaucoup parisien - de sortir des grands "
Ouaaah, j'adore ce qu'elle fait !". A vrai dire, je mens complètement car ce n'est pas mon cas et je me méfie largement de ce genre d'allégations. Je n'ai vu aucun autre film de la dame et c'est poussé par des amis que j'ai été contraint d'y aller.
Pourquoi contraint ? Car je redoutais de voir ce film. J'en avais vu la bande-annonce ; une histoire qui semblait être celle d'un couple hétérosexuel et d'un homme homosexuel. Franchement, ça ne m'inspirait pas. Soit ça allait être un énième film se voulant traiter de l'homosexualité (et ça ne m'intéressait pas), soit ça allait être un film avec un homosexuel tentateur qui finirait avec le mec et le couple détruit (pas de pot), ou sans le mec et avec un couple finalement reconstitué. Par ailleurs, soit j'allais aimer mais en sentant que ça allait me déprimer, soit j'allais trouver ça banal et ça n'avait alors aucun intérêt.
Bref, j'étais franchement pas motivé pour aller le voir.
Il convient, à ce stade de la critique, de préciser que je ne suis pas franchement friand des films français en général et des films intellos en particulier. Je n'aime pas le côté minimaliste et/ou trop réaliste du cinéma français pour ses avatars emblématiques. Je me suis fait d'ailleurs la réflexion sur le chemin m'amenant jusqu'à la salle de projection que ce que j'aimais dans le cinéma c'était de sortir du quotidien. Que je m'attendais à ce qu'on me montre autre chose que ce quotidien que je ne connais que trop bien. Bien sûr, ceci est très subjectif et n'est qu'un critère personnel : j'aime ce qui me sort de l'ordinaire.
J'aime aussi, beaucoup, quand un scénario est élaboré. J'aime qu'on me raconte une histoire avec un suspens et une intrigue. J'aime que cette histoire soit au service de réflexions sur la condition humaine, sur les sentiments, sur le sens métaphysique ou sur les fonctionnements sociaux et politiques de notre / d'une société. C'est pourquoi, sans doute, j'aime beaucoup la science-fiction qui remplit très bien cette tâche-là.
Remarque mise à part, c'est sans doute pourquoi, également, je n'aime pas vraiment le cinéma purement d'ambiance et de contemplation. D'ailleurs, je n'aime pas non plus ni le cinéma qui n'offre qu'un scénario sans aucun autre objet que son suspens, ni celui qui ne s'attarde que sur des sentiments humains sans aucune autre forme que la tranche de vie.
Tranche de vie, le mot est lâché : c'est précisément ce qui ne me plaît pas dans le cinéma français. En fait, c'est parce que, très souvent, j'ai tendance à m'impliquer dans cette tranche de vie, de m'y identifier et je ressors généralement de tels visionnages avec un sentiment de malaise. Or, je ne cherche pas le malaise au cinéma. Ou plutôt, pour être exact, je n'apprécie pas le malaise qui n'est qu'un malaise flou et diffus (sentimental, donc) et qui ne se voit attaché à aucune interrogation sur le sens de la vie ou sur ma condition d'homme. Je n'aime pas qu'on illustre mon malaise quotidien et, si on ne peut pas s'en empêcher, j'attends qu'on tente au moins un minimum de me fournir quelques clefs pour le comprendre.
Je n'étais donc pas très bien parti pour voir le film de Zabou Breitman. Il s'agit en effet de ce que je n'aime pas précisément : une tranche de vie, dans une vision sans relief d'une famille française sans grand intérêt. Un couple d'hétérosexuels de la trentaine avec leur enfant vit (ou est en vacances ?) dans une belle et vieille maison près d'un village, en pleine campagne. Il accueille des amis et de la famille pour le temps des vacances et un élément perturbateur va se manifester, le voisin (supposé) libre et homosexuel - qui n'est pas sans rappeler "
l'ange" du "
Théorème" du surestimé Pasolini (j'aime pas Théorème, je me fais chier devant ce film).
On assiste tout au long du film à une longue succession de ces vacances en apparence banales, faites de pique-niques, de balades, de jogging matinaux à travers bois et autres barbecues organisés en soirée. Le héros (le mec du couple, interprété par Bernard Campan) va être troublé par le mec homosexuel (interprété par Charles Berling), pas tant par le fait qu'il soit homo que par ce que peut représenter la philosophie qui se dissimule derrière son style de vie. Il va s'établir une sorte de semblant d'amitié sublimée entre eux deux débouchant sur… quelque chose que vous verrez en allant voir ce film.
Oui, parce que ce film est malgré tout intéressant. Malgré tout parce que je dois dire que cette succession de pique-niques et autres activités m'a apparu franchement d'un lassant affligeant. J'en avais marre, je me suis vraiment fait chier pendant ce film, je l'ai trouvé long, ça m'a gonflé et ça ne m'intéressait pas.
Le thème du couple troublé du mec hétéro trentenaire pas aussi mature qu'il le pensait et avec des problèmes sexuels n'a finalement pas grand-chose d'original (normal, vous me direz : c'est ce qu'on croise dans la vie de tous les jours) et l'homosexuel n'évite pas un seul instant les banalités à la limite de la caricature (il y a même quelques scènes dans une boîte de nuit gay s'appelant le "
Boy's" qui n'évitent pas l'écueil de l'artifice ressassé et n'ont donc pas grand intérêt).
En fait, à propos de ce personnage homo, on a finalement la sensation que le film a été fait pour les hétérosexuels et pas pour un public général (où peut importerait sa sexualité). Ce côté-là n'est donc pas séduisant à mon sens.
A noter également, dans les points insupportables, qu'il y a des gamins dans le film (le garçon est trop mignon, d'ailleurs et joue superbement bien) et qu'ils crient régulièrement dans les aigus. J'avoue humblement que je ne supporte pas quand un gosse surexcité pousse des cris stridents et ils ont été enregistrés sur la bande-sonore du film de telle façon que j'avais l'impression de les avoir à côté de moi, en attendant désespérément que l'un des acteurs adultes vienne leur demander de la fermer.
Je n'ai donc pas aimé cette dimension de la banalité (les tranches de vie de pique-niques, les répliques faussement piquantes des personnages, le couple avec un trentenaire moins mature qu'il ne le pensait et un homosexuel bien comme il faut correspondant parfaitement à l'image actuelle que peuvent s'en faire les hétérosexuels "
ouverts"). C'est une banalité qu'on retrouve trop souvent (à mon sens) dans les films français de ce genre et c'est d'ailleurs cette banalité mise en scène qui va être la base sur laquelle se fonde l'intérêt du film.
J'ai en effet bien compris (me semble-t-il) l'intention de la réalisatrice sur la présentation de cette banalité dans laquelle va naître - parce qu'elle est une banalité - un jeu sur la remise en question de ce qu'elle est. Je ne peux pas trop en dire si ce n'est que le dénouement de ce qui ne semblait pas noué une seule seconde se réalise à la fin du film.
Parce que le problème, en effet, et malgré le fait que je me sois fait chier, c'est que je suis sorti du film scotché. Je ne peux pas dire que j'ai été convaincu mais j'ai beaucoup aimé la fin. Elle ne m'a pas semblé arriver comme un cheveu sur la soupe et venait couronner finalement la banalité - par ailleurs très chiante - qui nous avait été exposée tout le long du film. Je suis donc resté silencieux, sur mon fauteuil, à savourer le générique de fin et en me laissant imprégner de ce sentiment amer que l'on venait de m'instiller.
Je dois dire, par ailleurs, une chose très importante. Il y a, au milieu de la banalité du film, de ses personnages et de l'histoire (inexistante), des scènes absolument sublimes. A vrai dire, je les ai même comptées pendant le film, en me disant "
il faudra que je les énumère sur mon blog quand je ferai la critique". Alors, faîtes attention, je vais faire un petit
spoiler (ça ne vous gâchera pas grand-chose mais, au cas où, je préfère vous prévenir).
Sans trop en dire, il y a une scène qui semble se passer devant un miroir où l'on voit tous les personnages les uns à la suite des autres. Elle tombe un peu abruptement (et on se demande ce que cette scène vient faire là) mais elle est absolument splendide. Une sorte de transition par un mini-clip musical, en fait. Puis, une scène de tango sublime, un peu onirique. Vient ensuite une scène où une adolescente joue de la guitare au bord de l'eau et dont la voix (et la chanson qu'elle chante) m'a donné des frissons dans le dos tellement elle était superbe. Restent une scène étonnante avec un quartet de violons dans une espèce de cabane (et qui est géniale) et, enfin, la scène où Bernard Campan et Charles Berling se retrouvent à travers champs et forêts (c'est la scène qui est illustrée par l'affiche du film).
Finissons avec la fin, sublime et splendide, émouvante et radicale, définitive et excellente.
C'est la raison pour laquelle cette critique de film est aussi longue. Je ne sais pas comment trancher. Je serais par exemple bien incapable de mettre une note à un tel film - même si je ne me prête jamais à ce genre d'exercice. Parce que je me suis vraiment emmerdé, pendant tout le film. Et pourtant, il y a ces scènes sublimes que j'ai énumérées, une fin terriblement émouvante et une bande son vraiment excellente.
Pour des raisons complètement différentes (et en ressortant avec un sentiment très différent), je suis devant l'étrange et similaire dilemme que vis-à-vis du film
Klimt de Raoul Ruiz. Avec la même réflexion que m'avait faite mon amie, à l'époque : "
Je me suis jamais autant fait chier mais je crois que j'adore ce film". Ainsi, je n'adore pas "
L'homme de sa vie" mais il m'est impossible de dire que je ne l'ai pas aimé.
A vrai dire, je pense que le problème vient de ma désaffection de ce genre de films et du cinéma français minimaliste et/ou réaliste habituel. Si ce n'était pas le cas, j'imagine que j'aurais crié au chef d'œuvre. Je ne le peux donc pas mais on va dire que le cœur y est.