2/3 - Errance sexuelle
Retrouver ses marques. Redéfinir ses priorités. Refixer ses objectifs.
Ces expérimentations virtuelles - qui se sont brutalement rompues sur un retour douloureux à la réalité du monde - conservaient un goût d’inachevé.
Et surtout, j’avais très envie de baiser.
J’en parlais avec un ami il y a quelques semaines à peine. Je me rends compte que, périodiquement, je fonctionne par phases. Le plus gros du temps, je suis dans une phase d’ascèse sexuelle : point de sexualité débridée mais une espèce de tranquillité vis-à-vis de la question, des envies fugaces certes mais rien d’impérieux, et puis une certaine quiétude à ce sujet.
Soudain, un point de rupture se manifeste, par une rencontre, un événement (ou une montée d’hormones). Et là, c’est l’explosion : je baise, je baise et je rebaise encore. Et ensuite… J’en parlerai plus tard.
Cela faisait quelques mois que je fréquentais virtuellement et sporadiquement un garçon sur le net. Quelques mails échangés, rien de bien sérieux, et je lui avais promis de l’inviter prendre un verre à l’occasion. Mais je ne l’avais pas fait tout de suite. Pour plusieurs raisons. D’abord parce que j’avais du mal à fixer mes objectifs (qu’est-ce que je veux exactement en rencontrant un garçon ?), et puis parce que j’avais beaucoup d’occupations, d’inquiétudes et de turpitudes autour de mes travaux d’universitaire en herbe. Mais la véritable raison était toute autre : ce que je savais de lui me fascinait, quelque part. Je savais qu’il baisait souvent et - de ce que j’en savais - il baisait plutôt bien. Or, je me refusais à ça. Je me refusais de le rencontrer parce que je savais que j’avais la chair faible. Appelez ça de la peur de la tentation si vous voulez, mais il s’agissait plutôt d’une espèce de refus de corrompre une sorte d’idéal moral. Je ne voulais pas coucher pour coucher comme j’avais l’habitude de le faire quelques années auparavant : c’était pour moi une forme de régression morale, sociale et intellectuelle. Je m’étais donc imposé une contrainte. Et le problème était que, d’un autre côté, je ne savais pas si je voulais un petit-ami, une relation suivie ou que sais-je encore. Bref, je ne voulais pas rencontrer ce garçon parce que je supputais qu’à la moindre rencontre, nous aurions fini par coucher ensemble, et que ce n’était pas ce que je “voulais” (bien que c’était ce que je “désirais”).
Un samedi soir. J’ai averti ce mec que je sortirai prendre un verre avec des amis dans son quartier et que, s’il le voulait, plus tard, je le recontacterai pour le rencontrer. Je me suis un peu préparé autant que faire se peut (gommages, crèmes, terra cota, j’en passe et des meilleures - cosmétique et autres billevesées, en somme), j’avais dégoté un sous-vêtement comme il fallait (sauf que je m’étais planté en enfilant un boxer qui était synthétique moulant façon pétasse au lieu d’un bon vieux classique en coton, mais peu importe) et j’étais sorti.
Parce que, expérimentant le pouvoir sexuel que je pouvais exercer sur des mecs dans la virtualité d’un Second Life, je m’étais dit que je n’étais pas si mal (malgré quelques kilos en trop dont il faudra que je me défasse un jour ou l’autre) et capable de cela. J’étais rassuré sur mon pouvoir de séduction et je voulais tenter quelque chose. Je voulais savoir si je pouvais séduire.
Et j’avais très envie de baiser. Très.
Je suis donc sorti prendre un verre avec un ami (hétéro) du côté d’Odéon, nous nous sommes quittés un brin précipitamment (je ne rentre pas dans les détails), j’envoie un SMS au fameux mec - appelons-le Paul-Henri - et lui demande ce qu’il fait. La réponse ne se fait pas attendre : il regarde un spectacle de Muriel Robin avec un pote, chez lui. Il me propose de venir les rejoindre ; moi, Muriel Robin, c’est ma copine et ma chérie, je n’hésite pas un seul instant.
“Ok”, me dis-je. “Le temps de déposer deux ou trois trucs chez moi et je vais passer voir ce spectacle avec lui. Il est presque 23h, il me propose de prendre un verre avec un pote à lui, il ne veut donc pas coucher avec moi, bon tant pis, ça sera quand même l’occasion de faire sa connaissance et ça pourrait peut-être même être sympa”.
J’arrive sur place. Une petite chambre de type résidence universitaire, clean et à l’état neuf. Banalités d’usage, Paul-Henri est mignon, je me fais la réflexion que son pote a un petit cul d’enfer, et je me retrouve installé sur un sofa avec un verre de vodka orange dans une main, une clope dans l’autre, devant la télévision.
Tout s’est passé très vite.
J’apprends que le pote de Paul-Henri est plus ou moins maqué avec un mec, Paul-Henri est plutôt mignon et il a un sourire adorable. Verres de vodka orange à répétition - ça y est, je suis complètement bourré, faut dire que je n’ai rien mangé de la soirée - Paul-Henri me demande de rouler un joint, je m’exécute, ça faisait longtemps, malgré mon intention de ne plus en fumer depuis plusieurs mois, je tire quelques lattes dessus - ça y est, je suis complètement pété - les heures passent devant Muriel Robin et Florence Foresti, j’éclate de rire, la tête me tourne, j’ai envie de vomir. Ne jamais fumer du hasch après autant de temps d’abstinence et surtout quand on a autant d’alcool dans le ventre.
Je fais trois allers-retours aux toilettes, j’ai l’habitude, un doigt au fond de la gorge et je me sentirai mieux, ça ne manque pas, je conserve à peu près ma dignité. Sauf quand Paul-Henry, la troisième fois, me demande si tout va bien par la porte des toilettes, je suis démasqué, je réponds difficilement qu’il n’a pas à s’inquiéter, la tête au-dessus de la cuvette, surréaliste moment de défonce comme cela ne m’était pas arrivé depuis longtemps. Mais je m’en fous, parce que je suis bourré et que ma dignité est déjà partie dans la cuvette avec la chasse d’eau tirée. Je me rince la bouche au lavabo, un peu de dentifrice dans la bouche au cas où, je rince à nouveau, et je retourne dans le salon. C’est bon, ça y est, ça va mieux, j’ai éliminé l’excès d’alcool, j’ai soif, je boirais bien un grand verre d’eau, il est 3h00 du matin, trop tard pour les métros, je dis que je vais m’en aller et rentrer à pied, Paul-Henri refuse - peut-être inquiet vis-à-vis de mon état alcoolico-haschichien - m’indique qu’il a un matelas gonflable, j’hésite, j’ai un peu honte de le foutre dans cette situation alors qu’on ne se connaît pas, mais le temps de méditer là-dessus, le matelas est sorti et gonflé au pied avec un souffleur par son pote, callé juste à côté du lit.
A cet instant, petit moment de flottement. Il y a deux possibilités. Soit je dors sur le lit avec Paul-Henri, soit je dors, seul, sur le matelas gonflable. Dans ma tête, je dormirai sur le matelas gonflable, ça sera parfait. Le temps de réagir - les neurones baignant dans de l’alcool fumé au cannabis - je vois Paul-Henri et son pote discuter en aparté, je n’entends pas, je ne vois pas, je ne fais que supputer et deviner, on dirait qu’ils tombent d’accord sur quelque chose. Le pote de Paul-Henri s’installe sur le matelas gonflable, je dormirai donc avec Paul-Henri, dans son lit. Coup arrangé ?
Paul-Henri se déshabille et se met en boxer, j’hésite pour ma part, je suis trop bourré, je n’ai rien envie de faire, je me mets en boxer mais je garde ma chemise pour m’allonger, bonne nuit.
Quelques minutes plus tard, alors que son pote est allongé sur le matelas gonflable juste à côté de nous dans cet espace un peu exigu, Paul-Henri et moi sommes nus, en train de nous tripoter. Il est actif, je le suis aussi, je sens que ça ne va pas être simple.
Nous nous branlons mutuellement, il me suce, je le suce, il me lance : “Ah ouais, quand tu disais que tu avais une grosse bite, tu ne mentais pas ; à côté, moi, je suis monté comme un adolescent”, ça me fait rire, il essaye de m’enculer un brin sans capote, je me mets à penser qu’il ne faut pas, on ne sait jamais, mais j’ai confiance, l’alcool me donne confiance et puis c’est un gars bien, j’en suis sûr. Je me laisse faire, mais ça fait trop mal, j’ai le cul serré, je cherche un peu de gel dans la poche arrière de mon pantalon parterre, il semble ne pas vouloir qu’on s’en serve, je ne comprends pas ce qu’il veut dire, il veut utiliser de la salive c’est ça ?, j’abdique et pose le gel à côté de moi, il essaye de m’enculer à nouveau, mais ça fait trop mal, on arrête - il veut que je le prenne, j’ai du mal à bander, l’alcool m’enivre trop, il faut qu’on dorme, ce n’est pas raisonnable.
Il est allongé sur le dos, je m’assois sur lui, il veut me sucer, j’aime bien ça, je commence à me branler sur son visage, je lui dis que je m’apprête à jouir, il engloutit ma queue à ce moment précis, je gicle dans sa bouche, il avale, j’adore ça. C’est mon tour, je le suce allègrement, il se branle pendant que je joue avec mes lèvres et ma langue sur son gland, il s’apprête lui aussi à jouir, j’engouffre sa queue dans ma bouche, je garde son jus chaud au fond de la gorge, j’en recrache un peu dans ma main pour me lubrifier ma queue, j’avale le reste et je me branle en l’embrassant, je jouis quelques minutes plus tard pour la seconde fois. Caresses, tendresse, baisers, nous nous endormons.
Le lendemain, presque midi, réveil difficile, j’ai la gueule de bois, ça faisait longtemps. J’embrasse Paul-Henri, je joue sur son corps avec mes doigts, on se branle un peu, son pote dort toujours à côté de nous sur le matelas gonflable. Il ne faut pas que je tarde à me préparer, j’ai rendez-vous avec mon directeur de thèse dans l’après-midi pour une galette des rois. Je n’ai pas envie de le laisser, j’ai envie de rebaiser avec lui. Mais pour l’heure, j’ai soif, je meurs de soif, déshydraté par l’alcool de la veille. Le coin cuisine est de l’autre côté du lit, et entre moi et lui se trouve le matelas gonflable avec le pote de Paul-Henri encore tout allongé. Je n’ai pas envie de le réveiller mais je n’en peux plus, je meurs de soif. J’ai mon érection matinale, je suis totalement nu et je pose mes pieds sur le matelas gonflable en restant assis sur le lit. Je me prends la tête entre les mains - ouh la gueule de bois - je me pose la question de savoir où sont mes lunettes de vue, je suis myope, j’y vois que dalle et j’ai mal à la tête.
Il ne faut pas que je réveille le pote, non, il ne le faut pas. Je plisse un peu les yeux pour affiner ma vue et essaye de voir où est sa tête pour ne pas lui marcher dessus et accéder à l’évier pour me servir un verre d’eau… quand je me rends compte qu’il ne dort pas. Qu’il est réveillé. Qu’il me regarde. Assis devant lui, nu, à 20 cm de lui, ma bite en érection.
Moment de solitude. Je réagis comme si je venais de perdre mon pantalon dans un bus bondé : je lui fais un grand sourire et pousse timidement un “bonjour” qui se veut décontracté. Cela a dû fonctionné puisque, quelques jours plus tard, parlant de tout cela avec Paul-Henri, celui-ci m’avouera que son pote lui avai confié la subtilité matinale : “Il n’est pas pudique, il s’est levé à poil, j’ai tout vu, il m’a juste souri en disant bonjour”. J’aurais au moins gardé un brin de dignité.
Son pote se casse pour un rendez-vous, je reste seul avec Paul-Henri, j’hésite à prendre une douche parce que je vais peut-être être en retard chez mon prof, mais il précise “De toute façon, tu passeras à la casserole”. Je ris comme une bécasse, on prend une douche ensemble, quelques caresses, j’ai froid, je me jette sous la couette avec lui. Un peu de salive dans sa main et sur sa queue, cette fois l’excuse de l’alcool ne tient plus mais j’ai bizarrement confiance en lui, et il m’encule allègrement sans préservatif. Point de douleur cette fois-ci, je redécouvre une passivité que je ne connaissais plus depuis longtemps, il me fait jouir, j’ai un orgasme anal pour l’une des premières fois de ma vie (me rappelant du moins ceux que j’avais expérimenté quelques années auparavant), j’en redemande, je ne sais pas comment il fait, si sa bite - pas trop grosse et fine - est particulièrement attitrée pour les cul-serrés comme le mien, mais ça fonctionne à merveille. Il finit par s’interrompre, “Faut que j’arrête ou je vais finir par jouir”, un fantasme passager et récurrent me vient à l’esprit : “Ben… jouis”, que je lui réponds, ne sachant pas si je dois lui demander de jouir sur moi ou en moi. Barebacking à fond, sans filet de sécurité. Mais nous n’allons pas jusque là et nous nous interrompons.
Je me rhabille, je vais être en retard, mais je m’en fous, je suis euphorique, il y a des priorités dans la vie. Il me dit de repasser en fin de journée, de l’appeler quand j’ai terminé. Une nouvelle bonne nuit de baise en perspective.
Dans le métro, je ne sais pas très bien quoi penser. Je suis très heureux de l’expérience, j’ai envie de le revoir, j’ai envie qu’il me prenne, encore et encore, j’ai envie de jouir à nouveau, j’ai très envie de lui.
Chez mon prof, des copines que je n’avais pas vues depuis longtemps et retrouvées chez mon directeur de thèse me proposent de manger un bout avec elles. Alors je rappelle Paul-Henri et lui propose qu’on se revoit un autre jour de la semaine, “je suis dispo toute la semaine a priori “, me lance-t-il en ajoutant, ” je t’appelle demain après-midi, lundi”.
Un super bon coup de baise en perspective. Et je pensais que tout allait s’arrêter là. Au sens que, certes, nous nous reverrions pour du cul et ce serait bien tout.
Pourtant, insidieusement, un putain de sentiment commence à s’instiller en moi. Alors que j’étais parti sur l’idée d’un plan cul amical pouvant se renouveler prochainement, malgré moi, quelque chose est en train de se précipiter. La putain de règle du cœur d’artichaut se remet à s’appliquer implacablement. Résultat : je me couche en pensant à Paul-Henri, je rêve de Paul-Henri et je me lève en pensant à Paul-Henri.
Merde. Merde de merde. Merde de putain de merde.
- Tu nous fais quoi, là, Arnaud ? C’est un plan cul, putain, c’est un plan cul ! Il a un copain, tu le sais bien ! Bon, certes, il a dit que ça n’allait pas très fort avec lui, mais il ne cherche pas plus, alors tu es en train de penser à quoi, là ? Qu’est-ce qu’il se passe ? Je croyais que tu ne voulais sortir avec personne, mon p’tit Arnaud, alors qu’est-ce que tu es entrain de faire ?
- Ta gueule, la conscience ! Tu crois peut-être que c’est prémédité ?! Tu crois que je le fais exprès, de ressentir quelque chose pour lui qui va au-delà du sexe ?
- Teuh, teuh, teuh, comme d’habitude, tu tombes dans le panneau et tu confonds sexe et sentiment. Tu vas encore te ramasser à la petite cuillère, Arnaud, tu vas encore être déçu !
- Mais… Mais j’en sais rien, moi ? Je veux dire : les caresses, les bisous, il voulait que je revienne le voir le soir même, et puis il doit me rappeler aujourd’hui, il est dispo toute la semaine, et on a baisé sans capotes alors qu’on baise toujours avec capotes tous les deux, ça veut dire quoi, si ce n’est un… Un truc embryonnaire de quelque chose, hein ?
- Non mais arrête de fantasmer, Arnaud. Paul-Henri, il baise beaucoup et avec plein de gens différents. Alors quoi ? Tu arrives et ça y est, tu vas l’épouser parce que tu as pris ton pied ? Tu ne le connais même pas !
- Ouais mais bon, on sait jamais. Et puis ta gueule, je suis en train de parler avec moi-même alors ta gueule, la conscience.
Paul-Henri ne m’appelle pas. Je reste suspendu comme figé dans le temps - il m’appelle pas, putain, il m’appelle pas, il a pas envie de me revoir, j’ai dû lui déplaire, et voilà, me suis fait des films, putain, j’en ai marre de ces pédés, j’ai envie de pleurer, putain !
J’appelle une copine pour ne pas devenir trop schizophrène et je lui raconte toute l’histoire, en insistant sur ces putains de sentiments qui montrent le bout de leur nez alors que je n’avais rien demandé à personne :
- Arnaud… Tu ne peux pas tomber amoureux d’un mec avec qui tu as un bon coup de baise. Tu as joui d’une nouvelle façon, il t’a donné un orgasme et tu confonds tout.
- Hé, je suis pas amoureux, hein, c’est pas ça, mais… Mais, pff, sans capotes, les caresses, les baisers, il voulait me revoir le soir-même et m’appeler le lendemain, alors quoi ?
- Arrête tes conneries, Arnaud. Et viens manger à la maison. S’il ne t’a toujours pas appelé d’ici 23h, tu lui passes un coup de fil et tu verras bien ce qu’il en est.
- Putain, fais chier, j’en ai marre de mon gros cœur à la con… Pfffff…
- Et rappelle-toi la règle : l’in-dif-fé-rence. Tu joues la carte de l’indifférence. Ne propose pas de le revoir ; c’est lui qui doit le faire. Montre lui juste que tu peux venir s’il en a envie. En restant indifférent, tu seras fixé : s’il tient à toi, il viendra te chercher. Et s’il ne tient pas à toi, alors il ne réagira pas. Et tu sauras ce qu’il en est.
- Bon, bon, d’accord, ok. Indifférence, indifférence.
23h, pas de nouvelles, je l’appelle. Je ne fais pas référence au fait qu’il devait m’appeler cet après-midi, je lui demande s’il fait un truc le soir-même, il dit qu’il veut se reposer pour récupérer du week-end, j’acquiesce et lui indique que, dans ce cas, je vais resté chez mes amis et que je suis occupé mais, en raccrochant, je rentre chez moi, dégoûté, pensant qu’on ne va plus jamais se revoir.
Le mardi matin, mes sentiments sont très amenuisés, je me rends compte que j’avais confondu l’extase sexuelle et les sentiments pour l’autre, cela me rassure même si j’ai très envie de jouir à nouveau avec lui. Je me dis que je ne dois rien prévoir en fonction de lui, au cas où il aurait envie de me revoir, et je ne propose rien de particulier, même si je lui demande quotidiennement - merci MSN - quelles sont ses occupations du moment. Pendant ce temps, je me dis que je dois briser ce cercle “sexualité / sentiment” et je décide de recontacter des plans cul potentiels que je garde sous le bras depuis plusieurs mois.
Le mardi soir, Paul-Henri se sent seul et me demande à 2h00 du matin de venir chez lui parce qu’il a envie de se faire enculer. J’hésite, je me dis que ce serait m’abaisser à ses envies mais je m’inquiète pour lui puisqu’il semble déprimé. J’accepte finalement mais il joue les allumeuses et finit par me dire qu’il va se coucher : quel con, je me suis fait avoir ! Est-ce qu’il était en train de me tester, ne serait-ce inconsciemment ? On ne m’y reprendra plus, je déteste ce genre de petit jeu du chat et de la souris, et je m’endors sur cette idée.
Le mercredi matin, je ne ressens presque plus rien pour Paul-Henri, ça y est, je suis sevré sentimentalement de ce bon coup de baise d’un dimanche matin, même si j’ai encore très envie de baiser. Du coup, je programme toutes mes soirées de la semaine avec des amis ou avec des amants. Sûr de moi, je décide que je baiserai quand j’en aurai envie et avec qui j’aurai envie. Remonté à bloc, je fais du rentre dedans aux différents plans cul en attente que j’ai mis de côté.
Pourtant, le mercredi soir, une petite explication s’impose sur MSN entre Paul-Henri et moi : alors que je lui demande s’il fait quelque chose ce jeudi, il m’interpelle et me demande pourquoi je veux absolument le voir dans la semaine. Un frisson de malaise me parcourt l’échine : aurais-je été démasqué pour mes sentiments des jours précédents au risque de lui faire peur ? Il rappelle qu’il est bel et bien en couple (ou du moins essaie de l’être) et s’interroge sur la raison pour laquelle un fuck buddy cherche à le voir absolument cette semaine. Prends ça dans ta gueule, Arnaud : tu étais donc bel et bien un fuck buddy.
Je me remémore rapidement les derniers jours : concrètement, les seules propositions de se revoir était de son fait :
- le dimanche, il voulait me voir le soir même mais j’avais changé d’avis.
- puis, il m’avait précisé qu’il était dispo toute la semaine pour qu’on puisse se revoir.
- le lundi soir, je lui avais certes proposé qu’on se voit (il avait refusé) mais c’est lui qui, le mardi soir, voulait absolument que je vienne chez lui l’enculer.
- quant au mercredi, j’avais programmé toutes mes soirées et recontacté mes plans cul potentiels.
En clair, c’est lui qui avait formulé le désir qu’on se revoit, ne serait-ce que pour un plan cul. Je lui réponds donc que je trouve sa question étrange puisque c’est précisément lui qui a demandé qu’on se revoie à plusieurs reprises, que j’ai cependant très envie de le revoir parce qu’il m’a fait jouir, que j’ai un plan cul en attente pour le jeudi mais que mieux vaut miser sur un plan cul dont on sait déjà la qualité (Paul-Henri m’avait donné plusieurs orgasmes) plutôt que sur un plan cul inconnu.
Nous avons donc une petite explication sur la question, je me fais la réflexion que je n’ai finalement aucun sentiment pour lui et que c’est tant mieux, nous abordons même le fait d’avoir baisé sans capotes, je le rassure en lui disant que je suis à jour dans mes tests mais que je pourrais faire prochainement un test à l’occasion d’une analyse de taux de glycémie pour le rassurer définitivement. Chose que je fais d’ailleurs plus de trois semaines plus tard, m’assurant de ma séronégativité, en ayant tout de même assez attendu pour vérifier ne rien avoir attrapé avec lui dans notre barebacking d’un samedi soir.
Les jours passent et, sans le vouloir, je me retrouve donc à jouer la carte de l’indifférence auprès de Paul-Henri. Conformément à la règle du “Fuis-moi, je te suis ; suis-moi, je te fuis”, les résultats ne se font pas attendre. En l’espace de 7 jours, il me propose par trois fois de venir l’enculer, fantasmant sur ma grosse bite, mais je refuse à chaque fois, ne voulant pas me déplacer à pieds à 2h00 du matin (en travestissant un stketch de Muriel Robin : “Moi, à 2h00 du matin, je ne baise personne : je DORS.”).
Mieux : le dimanche d’après, à 7h00 du matin, alors que je dormais, je me rends compte qu’il a tenté de m’appeler à 11 reprises (j’ai 11 coups de fil en absence sur mon portable), m’a laissé deux messages sur le répondeur et envoyé deux SMS, réclamant de vouloir se faire enculer, me reprochant de dormir et que sais-je encore. Pourtant, je le prends bien, suis même plutôt flatté et je me mets à rire. La situation est d’autant plus amusante que je ne ressens plus rien pour lui si ce n’est l’espoir de pouvoir me faire enculer à nouveau ; ou de l’enculer prochainement, dans les jours / semaines / mois à venir.
(à suivre)
(


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