Discussion avec môman le jour de Noël
Par Urobore, dimanche 31 décembre 2006 à 06:44 :: :: Errer au quotidien :: #404 :: rss
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Une discussion avec ma mère, le jour de Noël, dans la cuisine, alors, que le reste de ma famille était dans la salle-à -manger, à table.
"- Maman, je peux te demander quelque chose ?
- Vas-y...
- Bon, alors, voilà ... Je me demandais, pour papa et toi...
- Oui ?
hésitation
- ... Je me demandais ce qui t'avait plu, chez lui, quand vous étiez jeunes. Je veux dire... Lui, c'est plutôt un manuel, toi une intellectuelle. Il est pas cultivé du tout, toi tu as fait des études en fac, il adore le sport, toi tu détestes ça, et en plus vous avez des personnalités complètement différentes... Alors quoi, les opposés s'attirent ?
- Je vais te dire, mon fils... Déjà , quand ton père était jeune, il était beau. Avec ses longs cheveux et sa barbe touffue, c'était un mélange entre Jim Morrison et un repris de justice. Et tu sais que, moi, Jim Morrison, hein...
- Hu hu hu.
- Mais la vraie raison, c'est que ton père et moi, on partage les mêmes valeurs.
- C'est-à -dire ? Que vous êtes de gauche tous les deux ?
- De gauche, c'est le strict minimum. Mais surtout - SURTOUT - parce qu'il n'est pas raciste. S'il l'avait été, crois-moi que je l'aurais quitté depuis longtemps. Et c'est rare. Très rare. Surtout sur la Côte d'Azur. Ce sont tous des fachos, ici. Même les gens qui sont sympas, comme (elle cite quelques collègues du boulot qu'elle apprécie) - même eux, tu vois, des gros racistes. On s'engueule systématiquement là -dessus, et c'est pour ça qu'ils ne pourront jamais devenir des amis.
- Et Papa, lui, il est pas raciste du tout... ?
- Pas le moins du monde. Et ça, je vais te dire, c'est précieux. Très précieux. Alors l'amour, oui, c'est sûr, ça change avec le temps. Ton père devient aussi grincheux que ton grand-père, il me fait chier, il est maladroit... Mais une chose est sure : il a un grand coeur. Et ça, je crois que c'est l'une des choses qui font que notre couple a duré aussi longtemps.
- Pourtant, c'était pas gagné, non ? Entre Papy qui était CRS et Mamie qui est bigote, raciste, homophobe et j'en passe des meilleurs ? Comment ça se fait que papa est pas raciste, à ton avis ?
- Parce que ton père a fréquenté des arabes très tôt. C'était pas un ouvrier mais pas loin ; quand il était jeune, il a fait des petits boulots, ici et là . Il en a fréquentés. A appris à les connaître. Et à les comprendre. A les défendre, aussi.
- Mais ses deux frères, eux ?
- Bah. L'un des deux est un con fini sans intérêt, c'est congénital ; l'autre, quant à lui, est passé du Front National au Parti Communiste. Au début, il détestait les arabes et les juifs ; maintenant, les arabes sont ses copains parce qu'ils sont exploités comme classe ouvrière mais les juifs, ce sont de gros capitalistes. Bref, il sait pas où il va et il n 'a lui aussi aucun intérêt, comme son autre frère, de toute façon. Dans la famille corse, il n'y a que ton père qui est intéressant.
- C'est fou quand même que Papa soit le seul qui soit pas raciste, je trouve.
- Ton père a quelque chose qui est plus intéressant que la culture. Il a une intelligence des actes. Parce qu'il vient du peuple. Qu'il a fréquenté des gens du peuple. Qu'on a galérés, lui et moi, avant que tu naisses. Tu n'étais pas encore né mais, au début, on n'avait rien, tous les deux. On bossaient tous les deux pour des agences d'interim. Et quand on a emménagés, c'est une voisine qui nous a donné un sommier, un matelas, une table et des chaises. Parce qu'on avait rien. Donc, ton père et moi, on a pas connu la misère parce qu'on a eu de la chance, mais on est partis de rien. Alors ton père, il a compris ça, pour les arabes. Les arabes l'adorent, de toute façon, et c'est réciproque. Parce qu'il se met totalement à égalité, avec eux. Et il le fait spontanément, sans calculer. C'est ça que j'aime chez ton père. Et ça se retrouve presque physiquement : quand il est bien barbu avec la peau de corse bien mate, tu le mets à côté d'un arabe et tu jurerais que c'est lui qui vient du Maghreb. Tu te souviens peut-être de [Saïd], le gentil marocain qui nous avait passé la moquette à la shampooineuse au black ? Eh bien les gens croyaient qu'ils étaient frères, ton père et lui.
- Tu disais qu'il les défendait, parfois ?
- Oui. Tu te souviens de l'ancien immeuble dans lequel on habitait ? j'acquiesce de la tête Il y avait M. et Mme [Ahmed] qui habitaient au rez-de-chaussée, tunisiens. Et aussi le gros [Habiba], l'algérien. C'était un sacré personnage, celui-là . Un repris de justice, qui se bagarait dans les bars. Eh bien Papa les a défendus contre ce gros connard de [Marcello]. Tu te souviens, de [Marcello] ? (j'acquiesce à nouveau de la tête) Quel enculé, celui-là ... Oh pardon ! (je souris, elle poursuit). Mort d'un cancer généralisé, il y a deux ans. Il a payé sa méchanceté. Un Front National. Copain avec des skin heads. Il voulait faire expulser les arabes du rez-de-chaussée, il avait organisé avec ses copains racistes des opérations pour les faire partir. Tu te souviens peut-être : des vitres cassées, des pneus crevés, des croix gammées sur les boîtes aux lettres, dans le hall d'entrée et sur les portes des arabes. Tu t'en souviens, de ça, non ? (je frémis, et acquiesce encore une fois en silence). Un gros connard de raciste. Quand on pense qu'il était italien, c'est n'importe quoi... Eh ben après l'histoire des tags de croix gammée, ton père est allé le voir. Il l'a attrappé par le col de chemise, il l'a décollé de terre et il l'a balancé contre un mur. Et ton père, quand il est en colère, il est très méchant. Ce jour-là , il était hors de lui.
- Ouaouh... Je me souvenais pas, de ça... D'un autre côté, la violence en retour, c'est pas une solution...
- Ne sois pas si naïf, Philippe. Oui, il faut parfois être violent. Parce que les gens sont violents. Parce que les gens sont cons et violents dans leur racisme. Je ne laisse rien passer, moi. Rien. On ne peut pas laisser passer ça. On ne peut pas et on ne doit pas. Peu importe si ces cons sont vieux, handicapés, pauvres ou ont des circonstances atténuantes. Tu ne peux pas laisser passer ça. Parce que tu deviens complice. Et ça, moi, ça m'est insupportable. Alors, après, au boulot, ils disent que je suis violente. C'est vrai. Je suis violente. Mais parce que je ne supporte pas l'injustice. Je suis violente. Et avec les gros cons de fachos et les gros cons de racistes, je suis TRES violente.
- Je comprends l'idée. Et pour les homosexuels, c'est la même chose.
- Tu en reviens toujours aux homos, c'est obsessionnel, chez toi ! (me fait-elle remarquer, non sans malice)
- Ben oui, c'est normal ! On est une minorité, aussi, et victimes d'homophobie !
- Paradoxalement - et je trouve ça vraiment bizarre - je trouve que les gens deviennent de moins en moins homophobes et de plus en plus racistes. Alors, évidemment, si après tu es arabe, homosexuel, moche et handicapé, comme dirait Coluche à peu de choses près, ça va être très très dur...
- Arf... Mais bon : plus racistes qu'homophobes, tu crois ?
- Oui, je le vois autour de moi, ou au boulot. Tous sont d'accord pour accorder le mariage aux homosexuels alors que les arabes, hein, c'est toujours la même rengaine. Quand je vois des connards de socialistes qui se demandent s'ils ne vont pas voter Sarkozy... On rêve... La gueule comme le cul, je te dis...
- Bah, avec Ségolène Royal... (elle me coupe)
- Ah, me parle pas de cette connasse !
- Tu l'aimes pas ?
- Je la supporte pas. Je la sens pas, yerk...
- C'est parce que tu es misogyne. Quand j'étais gamin, tu me disais que si tu étais un homme, tu serais homosexuel. Et, après, on se demande pourquoi je suis devenu pédé...
- Oui, je suis misogyne. Je déteste les femmes. Les femmes au travail, c'est les pires. Quand elles ont un peu de pouvoir, elles se sentent plus et elles en abusent. Bientôt, elles vont pisser debout. Et hypocrites, en plus. Elles font tout par derrière...
- Elles ne sont pas les seules ! ... ooups, pardon...
- Je suis sérieuse. Le problème des femmes, c'est qu'elles sont injustes parce qu'elles fonctionnent à l'affectif. Et c'est incompatible avec la prise de décision.
- Je ne suis pas d'accord. D'un côté, je connais des femmes qui ne fonctionnent pas qu'à l'affectif ; et de l'autre, la prise de décision se fait aussi en partie à l'affectif.
- Oui, seulement les hommes le font moins. Ils sont plus francs, plus vrais. Et je te parle en connaissance de cause : je ne bosse quasiment qu'avec des femmes, au boulot.
- Bon, admettons... Alors, le vote Sarkozy ?
- Il va faire mal, celui-là . Un gros con raciste... Le petit facho...
- On doit arrêter de dire ça, c'est pas un fasciste... Le fascisme, c'est daté et c'est Mussolini.
- Je sais bien, pour qui tu me prends ? Tu sais très bien ce que je veux dire. Facho, c'est passé dans le langage commun. Ce qui est fascisant n'est pas fasciste, il ne faut pas confondre. Bref, Sarkozy, très dangereux... Beaucoup plus qu'on ne le pense ou que les gens ne s'en rendent compte... Bon allez ça suffit, pour les confessions... Va voir ton père et tes grand-parents, ils vont se demander où tu es passé. Mais avant, aide-moi à sortir le gigot du four, je m'occupe des pommes de terre dans la poêle."
J'aime beaucoup ma môman.










Commentaires
1. Le dimanche 31 décembre 2006 à 12:55, par Pingui
2. Le dimanche 31 décembre 2006 à 18:07, par Urobore
3. Le dimanche 31 décembre 2006 à 20:31, par palpatine
4. Le mardi 2 janvier 2007 à 00:18, par RomainB
5. Le mardi 2 janvier 2007 à 03:52, par eustazio
6. Le mardi 2 janvier 2007 à 09:05, par TarVal, au boulot
7. Le mardi 2 janvier 2007 à 10:40, par tto
8. Le mardi 2 janvier 2007 à 10:55, par XIII
9. Le mardi 2 janvier 2007 à 13:07, par Furyo
10. Le samedi 21 avril 2007 à 09:55, par jean-michel
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