01/x - Le Rayon Jaune

Arnaud Seldon le 2 mars 2008

Le Rayon Jaune

 
 Le Rayon Jaune - (partie 01/x) [18:44m]: Play Now | Play in Popup | Download

C’était il y a quelques mois à peine. Comme les lecteurs réguliers de mon blog le savent, je m’étais rendu à Vichy, la ville où habite ma grand-mère, pour lui rendre visite (et d’ailleurs voir également ma mère, montée de Nice pour l’occasion). J’ai hésité avant de parler de cette histoire. J’ai hésité parce que je ne savais pas si je devais en parler : ce que j’ai découvert me semblait tellement intriguant que je ne pouvais en aucune façon décider à la légère d’en parler publiquement.

Et puis, finalement, les événements se sont précipités. J’y ai bien réfléchi et il n’est plus possible pour moi de me taire. Les choses dont il s’agit me dépassent complètement. Je ne sais pas quoi en penser. Mon Dieu, je ne sais vraiment pas quoi en penser. C’est tellement poignant : dois-je lui accorder un quelconque crédit ? Je n’ai pas osé en parler à ma grand-mère, ni même à ma mère. Un jour, peut-être, je devrai leur en toucher mot. Mais en attendant, ce secret est trop dur à conserver. Voilà pourquoi j’en parle aujourd’hui.

Nous étions un mercredi. Ma grand-mère avait profité de ma présence pour me demander de l’aide pour une tâche bien ingrate : l’aider à ranger son grenier. Il faut dire qu’elle a tendance à être voutée et qu’elle a des difficultés pour se déplacer. J’avais donc bien évidemment accepté de lui donner un coup de main, non sans soupirer un brin devant l’immensité de l’office ! Vieux meubles, vieilles malles et autres cartons s’offraient donc à moi ce jour-là, dans un grenier exigu seulement éclairé par une lucarne sale.

Cela faisait plusieurs heures que je tentais de trier tout ce que je pouvais y trouver : des boîtes à cigares qui avaient appartenu à mon grand-père et remplies de vieilles photos jaunies, des vieilles factures soigneusement reliées entre elles par des bouts de ficelle et néanmoins posées nonchalemment au fond d’une malle, et tout une somme incroyable d’objets hétéroclites telles que ces étranges épingles sculptées en forme de chat appelées aussi épingles à thé. Ces petites épingles servaient à maintenir une petite éponge sous le bec verseur d’une théière afin d’en recueillir les gouttelettes qui risquent de glisser le long de la théière une fois qu’on a versé le thé. Et je ne parle pas de tous ces objets dignes d’un antiquaire, ou du moins d’une vente au marché des trouvailles dans quelque foire à l’étalage organisée le dimanche matin !

Et puis, ce fut à ce moment-là que je le trouvai.

Il y avait cette petite commode. J’avais fait jouer mes mains sur la surface rugueuse de ce vieux meuble en bois massif : j’y laissais ce faisant les petites traces de mes doigts sur la couche de poussière. Dans le tiroir, que je dus forcer un peu pour ouvrir, il y avait différents papiers, des vieilles factures, d’autres photographies jaunies. L’une d’elles représentait mon arrière-grand-père, Edmond, en uniforme de poilu. Je savais qu’il avait fait la première guerre mondiale – il avait 26 ans quand l’Allemagne avait attaqué la France, en 1914. 26 ans. Presque l’âge que j’ai aujourd’hui. Il s’en était sorti avec une balle dans la jambe qui l’avait ramené à l’arrière et lui avait sauvé la vie ; on savait ça, dans la famille, on m’en avait parlé de nombreuses fois. Il avait rencontré mon arrière-grand-mère, Madeleine, dans l’entre-deux guerres et ma grand-mère, Odile, fruit de leur union, était née en 1933. Quelques années plus tard, Madeleine, mon arrière-grand-mère, s’était réveillée un beau matin et Edmond les avait quittées dans la nuit, et elle n’avait plus jamais entendu parler de lui. Sans doute avait-il rencontré quelque femme pour refaire sa vie, m’avait toujours dit ma grand-mère.

Accompagnant ces photos, dans le même tiroir, je découvris une petite boîte en bois verni. Rectangulaire, elle était fermée par un petit fermoir doré. Une mosaïque en céramique représentait sur le dessus du couvercle le dessin d’une jeune fille sur une balançoire. Fait étrange, il y avait sur le côté de la boîte une espèce de petite manivelle dorée ; en la tournant plusieurs fois, elle finit par se bloquer juste après un drôle de cliquetis. Je décidai d’ouvrir la boîte : je sursautai. Je ne m’y attendais pas : c’était une boîte à musique et les premières notes m’avaient pris par surprise. La boîte m’avait échappé des mains avec fracas sur le sol. La petite peur passée, je ris nerveusement de ma couardise et rouvrit la boîte : elle marchait toujours. Il y avait une danseuse avec un tutu blanc qui tournait sur la fine mélodie. Je ne savais pas de quand datait l’objet mais il devait avoir une sacrée valeur, surtout considérant que le mécanisme fonctionnait encore. Mais c’est à cet instant que je ressentis un frisson me parcourir l’échine : lorsque la boîte m’avait échappée des mains, j’en avais abîmé le socle.

Comme lorsqu’un enfant est pris la main dans le sac après avoir fait une grosse bêtise, je me sentis paniqué, désireux de réparer ma maladresse : si ma grand-mère, ce tyran, se rendait compte que j’avais abîmée cette boîte, j’aurais droit à des reproches culpabilisants. Et Dieu sait qu’elle excellait dans ce genre de situation ; ma mère en savait quelque chose. Je tentai de réinsérer la petite plaque de bois du socle dont elle s’était détaché. Je me rendis compte alors qu’elle s’y insérait parfaitement, comme si la brisure avait toujours été là. Cette plaque de bois détachée n’était rien d’autre… que le couvercle d’un compartiment secret ! Le socle de la boîte à musique était donc creux !

Tout excité à l’idée de découvrir quelque trésor, je retirai la plaque à nouveau et plongeai mes doigts dans l’interstice à la découverte de quelque bijou caché. Ils se refermèrent sur quelque chose. Je tentai de pencher la boîte pour faire sortir l’objet par cette ouverture. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je découvris qu’il s’y cachait un carnet relié de cuir noir. Je l’attrappai avec dextérité du bout des doigts et le sortis de sa cachette. Ce faisant, des morceaux de papiers jaunis et déchirés tombèrent de l’orifice de la boîte.

Je choisis d’abord de jeter un oeil au petit carnet. Au centre de sa couverture, il y avait un cercle doré et – en son coeur – une lettre grecque, dorée elle aussi : la lettre du chiffre magique de la racine du cercle : Pi, 3,14. J’entrepris de découvrir quels secrets de famille le carnet révélait. En l’ouvrant, de la tranche, une vieille coupure de journal pliée en deux s’échappa. Il s’agissait d’une page arrachée du « Moniteur » de mars 1918. Le gros titre parlait de terribles offensives allemandes sur la Somme et en Flandre. Mais, un peu plus bas, un article de seconde importance avait été entouré au stylo-plume : « Une femme et son fils sauvagement assassinés ». L’article parlait d’une certaine Catherine S., et de son enfant, dont les corps avaient été découverts un mois après leur soudaine disparition. Je reposai la coupure de journal et feuilletai rapidement le carnet.

Il était écrit à la plume avec ce genre d’écriture que seuls les anciens peuvent avoir, prenant le temps de coucher chaque lettre avec méticulosité sur le papier. Les lettres étaient fines, très petites, véritables pattes de mouche dessinées avec une incroyable attention. Je me rendis compte qu’il s’agissait d’une sorte de journal intime : chaque chapitre qui y était écrit, chaque épisode, était précédé d’une date. Il commençait en 1918 et la dernière entrée s’achevait en 1937.

Un fait m’interpela tout de suite : chaque date était suivie d’une phrase qui faisait référence à la première guerre mondiale. J’imaginai le choc que cela avait dû être pour l’auteur de ce journal de vivre une telle époque. La « grande guerre », la « der des ders ». Le commencement de la confrontation des hommes à l’horreur mise en scène avec la guerre technologique. Les gazs moutarde, les bombes, l’aviation guerrière, les lance-flammes. J’imaginai et je me fis la réflexion que ce ne serait jamais assez. On regarde aujourd’hui ces événements lorsqu’ils ornent nos livres d’histoire mais on ne parvient pas à imaginer. C’est trop lointain, et pourtant si présent autour de nous. Las, lorsqu’on en parle à la télévision, on zappe pour regarder un film un peu plus agréable. Mais ceux et celles qui l’ont vécue furent marqués à jamais par l’horreur de ces jours de cendres. Je me remémorai à cet instant un ouvrage d’un philosophe, Emile Chartier, dit Alain, et de son oeuvre terriblement humaine, « Mars ou la Guerre Jugée ».

Bref, chaque date de ce journal intime était suivie d’une phrase qui faisait référence à la première guerre mondiale. Elle ne pouvait être dénommée ainsi à l’époque : ce ne fut qu’à la lueur de la seconde que la « grande guerre » devint la « première ». En ces temps là, cette première guerre devint un nouveau point immuable de référence dans l’échelle du temps. Ainsi, je pouvais lire, en entête du dernier épisode couché dans le journal : « 14 avril 1937, l’an 19 après la grande guerre ».

Mais ce qui m’intrigua le plus fut le premier épisode de ce journal, le premier chapitre, la première date, sur la première page. Il s’intitulait : « 12 mars 1918, dernière année de la grande guerre ». Je feuilletai encore les pages : tous les épisodes de 1918 étaient intitulés ainsi, les mois se succédant, précédant toujours cette dénomination de « 1918, dernière année de la grande guerre ». Ce n’est qu’à partir de 1919 que le titre changea comme « l’an 1 après la grande guerre ». Comment l’auteur de ce journal pouvait savoir, s’il écrivait en 1918, que cette année serait la dernière du premier conflit mondial ? Je me dis que la seule possibilité était que le journal avait été écrit sans doute après la fin de la première guerre, après ce fâmeux armistice, encore célébré aujourd’hui, du 11 novembre 1918.

Bien décidé à lire ce journal intime avec application, je le reposai un instant, intrigué par les morceaux de papier déchirés qui étaient tombés à l’ouverture du socle de la boîte à musique. Méticuleusement, j’essayai de les réassembler. Il s’agissait en fait d’une lettre qui avait été déchirée et dont les morceaux avaient été placés dans la cache. Je découvris qu’elle était de la plume de mon arrière-grand-père, Edmond, et qu’elle s’adressait à mon arrière-grand-mère Madeleine que je n’avais jamais connue. Elle était inachevée et rayée de part en part. Visiblement, Edmond avait décidé de ne pas la lui donner et l’avait ensuite déchirée. Restait le mystère de la raison pour laquelle ces morceaux de papier se trouvaient dans la cachette de la boîte à musique. Les morceaux rassemblés, j’en entamai la lecture :

« 17 avril 1937, l’an 19 après la grande guerre,

Ma chère Madeleine,

Je ne sais par quoi commencer. Bien que cela ne soit point de coutume, je devrais prendre le temps de te dire que je t’aime. Lorsque tu liras cette lettre, je serai parti. Nous ne nous reverrons sans doute jamais. Je ne peux pas te dire où je vais, cela pourrait te mettre en danger.

Ô Madeleine, j’ai fait des erreurs par le passé. J’étais guidé par le désespoir, j’ai joué avec ce qui devait resté enterré. Dans l’inconstance de ma jeunesse, j’ai entrouvert une porte que j’aurais dû laissée close. Et voici qu’elle me rattrappe et qu’ils en ont après moi.

Je t’ai menti. Je t’ai menti tant de fois. Chaque mercredi, tous les soirs, tu me croyais avec mes amis à jouer à la belote. Ce n’était pas le cas. Chaque mercredi soir, depuis mars 1918, je fréquente un cercle très spécial de spirites, pour contacter les esprits des trépassés. Tu dois me prendre pour un fou mais Madeleine, ô Madeleine, si tu savais ce que j’ai vu et ce que je vois chacun de ces soirs depuis lors, tu ne douterais pas un seul instant.

Je t’ai menti encore, mon amour, car je suis veuf et que je ne t’en ai jamais touché mot. C’était inexprimable, ça l’est encore aujourd’hui. En 1918, la dernière année de la grande guerre, j’ai perdu ma femme et mon fils. Elle avait 20 ans, il en avait 4 seulement. L’âge de notre fille. La police ne trouvait aucune piste mais je savais qu’ils étaient déjà morts. Et c’est là que mon frère m’a parlé de ce cercle de spiritisme. J’étais désespéré, Madeleine, j’étais désespéré au point de vouloir en mourir. Je voulais les revoir, je voulais revoir ma femme - Catherine - je voulais revoir mon fils. Et c’est ce qui est arrivé. Chaque mercredi, sans manquer un seul rendez-vous, chaque mercredi je me rendais auprès de ce cercle pour les contacter, leur âme ou que sais-je, errant, là, auprès de nous, dans l’éther.

Notre fille a eu 4 ans la semaine dernière. Et je crains pour toi et pour elle. Il s’est passé quelque chose, à la séance de mercredi dernier, et je ne puis pas te dire ce que… »

La lettre s’arrêtait là. Elle avait été raturée, rayée, froissée et déchirée.

Je saisis le carnet de cuir orné de son cercle doré avec la lettre Pi en son coeur. Comme un enquêteur sur une piste, fasciné par ces étrangetés ésotériques et découvrant que mon arrière-grand-père avait de bien étranges occupations, je tournai les pages pour lire la fin du carnet. 14 avril 1937. Le dernier épisode retranscrit. La lettre, elle, était datée du 17 avril de la même année. Il avait donc écrit dans son journal intime ce qui s’était passé, trois jours avant de rédiger cette lettre qu’il avait fini par déchirer. Mon arrière-grand-mère l’avait elle seulement lue ? Etait-ce Edmond qui avait inséré tout ceci dans cette boîte à musique, ou mon arrière-grand-mère comme un indicible secret de famille ? Je débutai la lecture :

« 14 avril 1937, l’an 19 après la grande guerre »

Il s’est passé quelque chose d’effrayant, ce soir. Je crains pour la vie de ma femme et de ma fille. Je crains de devoir faire ce qu’il dit : comment pourrait-il en être autrement ?

Comme chaque mercredi, je me suis donc saisi des deux objets pour contacter ma femme et mon fils décédés. J’ai embrassé ma femme lui prétextant comme toujours mes parties de belote, ai fait un détour par le bureau, et ai saisi la pince à épiler appartenant à mon ex-femme et le doudou de mon fils. J’ai enfilé mon manteau et me suis rendu comme d’habitude à l’adresse du Cercle. Mon frère, par qui j’ai connu le Cercle la dernière année de la grande guerre, m’avait prévenu, le soir de l’anniversaire de ma fille – la semaine dernière – que l’adresse avait changé. C’était donc au 314 rue des Trois Potiers que les séances s’organiseraient désormais.

Je me suis rendu à l’adresse, il n’y avait pas un chat. Les lampadaires à gaz éclairaient pâlement la ruelle et, comme un mauvais augure, celui censé éclairer la porte d’entrée ne fonctionnait pas. J’ai tapé à la porte, ai donné le mot de passe, et c’est mon frère qui m’a accueilli.

Nous avons fait le même rituel comme chaque mercredi. Le Maître, aussi calme et léthargique que d’habitude, nous as fait nous asseoir en cercle autour de la table ronde. C’était la même que nous utilisons depuis les débuts du Cercle, toujours avec ce nombre Pi brodé en doré sur le bleu sombre du napperon posé au centre de la table. Le Maître, dans son état de médium, est rentré en catalepsie et ses yeux se sont révulsés. Nous nous sommes donnés la main, cela a été à mon tour de placer les objets sur la nappe – la pince à épiler et le doudou de mon fils – et j’ai fermé les yeux. C’est là que tout a commencé.

Je me suis retrouvé comme d’habitude à voyager dans l’éther. Mais cette fois-ci, contrairement aux voyages astraux habituels, ce ne sont pas ma femme et mon fils qui me sont apparus. J’ai senti l’obscurité fondre sur moi, je me sentais très mal à l’aise et j’ai commencé à avoir peur. Je me suis retrouvé dans le noir. Et c’est là que la voix s’est à nouveau faite entendre. Cette même voix que j’avais entendue une seule fois dans ma vie précédemment. C’était la voix caverneuse de celui qui s’était adressé à moi en mars 1918, la première fois que je tentai une expérience de spiritisme avec le Cercle. Cette même voix qui m’avait dit, presque 20 ans plus tôt, que cette année serait la dernière année de la grande guerre. Je la croyais bénéfique, voix d’un ange ou de quelque Supérieur Inconnu s’adressant à moi et m’accordant de pouvoir converser avec ma femme et mon fils par delà les limbes. Mais j’ai appris ce soir que je m’étais trompé.

Car, ce soir, cette voix a trouvé son visage : celui d’Henri Désiré Landru. L’assassin de ma femme et de mon fils il y a maintenant 19 ans.

Pris d’effroi, j’ai essayé de revenir à la conscience mais je n’y arrivais pas : j’étais tétanisé de peur et prisonnier de cette bulle dans l’éther, hors de l’espace et du temps, piégé avec l’homme que je haïssais le plus au monde !

Et c’est là qu’il s’est adressé à moi. Il m’a dit que, comme tous les autres, j’avais été choisi. Que ma femme et mon fils servaient un plan qui me dépassait et dont je ne comprendrais que plus tard les rouages. Il m’a dit qu’il existait par-delà la mort. Qu’il m’avait élu pour être un de ses disciples après avoir délivré ma femme et mon fils de leurs vies, auxquels il avait, dans la mort, apporté un sens. J’ai vu son rictus, sur son visage, j’ai vu ce même rictus qu’il arborait lors du procès qui l’avait condamné à mort 16 ans plus tôt. Et c’est là qu’il m’a dit que je devais être heureux, car je serais choisi pour la seconde fois dans mon existence : Madeleine et ma fille devraient lui être apportées.

J’ai senti à cet instant la présence de tous les autres membres du Cercle autour de moi. J’ai su qu’ils voyaient la même chose que moi. Et c’est là que le rayon jaune m’est apparu – nous est apparu. J’ai vu son regard pénétrant qui me disait de le rejoindre. J’entends encore ses paroles résonner dans mon crâne : « Vois le secret du rayon jaune. Vois et rejoins moi. » Et à cet instant précis, j’ai compris de quoi il voulait parler.

C’est là que je suis retourné à la conscience. J’étais toujours assis autour de la table, en sueur. Le Maître avait toujours les yeux révulsés, en catalepsie. Tous les autres étaient en transe et voyageaient encore dans l’éther : j’étais le seul qui avait retrouvé son corps ! C’était la première fois que je voyais ça.

J’ai pris peur pour ma vie et pour celle de ma famille. Profitant de ce que tout le monde était encore en transe, j’ai saisi à la volée les objets qui appartenaient à ma première femme et à mon fils et je me suis enfui. Je suis retourné chez moi, ma femme et ma fille étaient couchés. Après m’être assurés qu’ils allaient bien, je me suis installé dans le fauteuil devant la porte et j’ai pris mon fusil : si les autres membres du Cercle avaient vu la même chose que moi, ma famille était en danger. J’ai veillé toute la nuit, mais – finalement – rien ne s’est passé.

Ce matin, je suis allé voir mon frère mais sa porte était close et il n’y avait personne chez lui. Il en était de même au 314 de la rue des Trois Potiers.

Ma femme et ma fille. Qu’est-ce que j’ai fait… Je ne comprends pas comment Landru a pu me contacter de son vivant, en 1918, la dernière année de la grande guerre, alors qu’il n’avait pas encore été arrêté par les autorités. Comment est-ce possible ? Et le rayon jaune… S’il s’agit bien de ce que j’ai compris, les enjeux sont terrifiants. Ce que j’ai vu était-il bien réel ?

Je dois partir, c’est la seule solution. Je dois partir pour leur sauver la vie. Puissent-elles comprendre mon départ. Je ne vois pas d’autre échappatoire. »

Et le carnet s’achevait par ces lignes. C’est à ce moment que ma grand-mère m’appela pour me prévenir que le repas était prêt. Je lui criai que je m’apprêtai à descendre du grenier. Machinalement, je pliai la coupure de journal et la réinsérai au milieu du carnet. Je mis ce dernier dans ma poche droite, avant de ramasser les morceaux de la lettre déchirée et de les engouffrer dans l’autre poche de mon pantalon.

Je m’apprêtai à entamer une enquête sur un passé familial bien insoupçonné.

(à suivre)

3 réponses à “01/x - Le Rayon Jaune”

  1. De : Diabolito
    Le mercredi 31 mai 2006 à 13:46
    Site : http://journal.gayattitude.com/-diabolito-

    Dévoré d’une traite ! :)


    De : jerem*
    Le jeudi 1 juin 2006 à 00:12
    Site :

    Idem! Je sais pas si c’est de la fiction (le tout est qd même assez ahurissant) mais j’ai hâte de lire la suite!


    De : Arnaud Seldon
    Le jeudi 1 juin 2006 à 05:48

    Content que ça plaise. :-) Mon objectif : faire mieux que Lost et le Da Vinci Code réunis ! J’espère que le prochain “Dis Moi Dix Mots” de Kozlika arrivera prochainement - à la base, il s’agit bien d’un exercice intégrant des contraintes (mais je les ai prises comme des contraintes scénaristiques, pas simplement “typologiques”). Enfin, j’ai déjà pas mal de trucs en tête sur la façon dont l’histoire va évoluer, en laissant des indices et des pistes de réflexion auprès des lecteurs.

    Dommage que mes outils statistiques soient pas géniaux, par contre : je ne sais pas dans quelle mesure cette histoire est lue (5, 10, 20, 40 personnes ?). :-/


    De : Sekhmet la Rouge
    Le jeudi 1 juin 2006 à 12:36
    Site : http://jerrine.free.fr/blog/index.php

    Lu, vu et approuvé.
    Et sans voix…


    De : farf
    Le dimanche 11 juin 2006 à 13:42
    Site :

    Un lecteur silencieux par ici :)


    De : Vinalys
    Le jeudi 27 juillet 2006 à 00:32
    Site :

    Enorme !!
    Mais où est-ce que tu vas chercher tout ça ??


    De : mathias
    Le lundi 4 septembre 2006 à 10:24
    Site :

    slt alors moi c mathias j’ai decouvert ton journal et tes podcst et bien je te trouve cultivé et instrui j’aime beaucoups ta personnalité et j’aime beaucoups tes confession en l’occurence ce que je trouve dommage c’est que tu ne met pas tout tes article de ton journal en podcast c cela qui est domage!!!! opourez tu me donnez la raison stp!!!!

    merci tu peu m’envoyer un mail stp

    et continue c’est vraiment bien moi j’aime!!!!!!!!

  2. je viens de remarquer que tu l’as écrit il y a deux ans en 2006 !!
    et j’ai écouté le podcast, tu parles très bien en français, en fait tu parles comme un natif !!!!
    CREUX ! … UN DRÔLE DE CLIQUETIS …
    Ô MADELEINE … superbe

    je ressentis un frisson me parcourir l’échine

  3. Ira> Merci, Ira. Ceci dit, tu sais… je SUIS un natif français, MDR ! Alors j’imagine que cela ne m’est pas trop difficile de parler en français. ;-)

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